dompteur

Dans la cage aux lions

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bebe-dompteurBostock, le dompteur très populaire chez les Parisiens de Montmartre, vient de se faire à moitié dévorer par son lion favori. On espère qu’il en reviendra, mais il est blessé grièvement. 

A propos de cet accident, on raconte des histoires émouvantes. Je n’en sais pas de plus drôle que celle de ce lourdaud de paysan qui avait été engagé à l’improviste pour  remplacer le garçon d’une ménagerie, renvoyé. Le patron lui avait simplement dit qu’il devait, le matin, balayer la cage des lions. Mais, au lieu de le faire comme on le fait d’ordinaire, en passant le balai dans l’espace laissé libre entre les barreaux, le naïf balayeur était entré dans la cage aux lions… Comme ceux-ci grognaient, il les avait crosses à coups de balai sur le mufle, en les appelant « sales bêtes ». Et, ceci, sans inconvénient. 

On dit que les fauves prisonniers, du seul fait de se sentir captifs, perdent la moitié de leur énergie. Les dompteurs ont, du reste, un moyen scientifique de réduire les fauves : c’est de se laisser mordre deux ou trois fois le bras recouvert d’une cuirasse hérissée de pointes. L’animal, qui raisonne et ne se trompe jamais dans les raisonnements simples, en conclut que l’homme est une sorte de porc-épic terrible auquel on ne peut toucher sans se blesser. De là, lui vient cette terreur que des dompteurs habiles ont laissé croire due à la puissance du regard de l’homme et à une sorte d’admiration que son courage cause à la bête. 

Tout de même, le métier a ses périls. Bostock en sait quelque chose. 

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1905.

Le cabotinage des animaux 

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franck-bostockSi nous en croyons Bostock, le célèbre Franck Bostock, qui peut avoir la prétention de connaître les animaux, les terribles fauves du désert ne seraient que des cabotins, une fois mis en cage.

Tout d’abord, ils ont le trac, comme une demoiselle du Conservatoire qui va débuter. Et c’est le trac qui les rend dangereux, car ils sont furieux s’ils ne réussissent pas leurs exercices en public. Mais ensuite, quand ils sont habitués, ils sont aussi enchantés que des « m’as-tu vu ». Et ils jouent beaucoup mieux devant une salle pleine que devant une assistance clairsemée… même les lions.

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Quant à l’ours, c’est le cabotin, par excellence. Il est ravi dès qu’on l’applaudit, se balance avec satisfaction et jouit de son succès comme un bas comique pérorant au milieu du café des artistes.

Bostock, après toutes ses études, se sentit pris un jour de scrupules, et se demanda s’il n’accomplissait pas une vilaine action, en développant ces qualités humaines parmi ses fauves. Et il nous confie qu’il s’interrogea :  ne devait-il pas les renvoyer à leurs forêts ? Sa conscience lui répondit, et sans doute aussi son caissier, qu’il ferait mieux de les garder.

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Et, comme conclusion, le fameux dompteur se sent de plus en plus pris d’admiration pour ses-bêtes, « qui sont très-sensibles aux personnalités distinguées », et qui détestent, par exemple, les employés qui commencent à boire. Et, en effet, un dompteur très brave d’habitude, étant entré en zigzagant dans la cage des lions, se vit tout à coup regardé avec tant de mépris par Brutus, à moins que ce ne fût par Alexandre, qu’il sortit de la cage et n’osa plus aborder les fauves.

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

L’Anglaise et le dompteur

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françois-bidel

Les risques professionnels des dompteurs ?… Il y a des gens qui les nient. Bast ! disent-ils, tous les dompteurs meurent dans leur lit…

N’empêche que, ces jours derniers encore, l’un d’eux a failli succomber sous la griffe d’un tigre. S’il est vrai qu’un certain nombre de dompteurs sont morts, suivant l’expression populaire, « de leur belle mort », il n’en est peut-être pas un, même parmi les plus heureux, qui n’ait été blessé dans l’exercice de sa profession.

Connaît-on, à ce propos, l’origine de la légende de l’Anglais féroce qui suit un dompteur de foire en foire, avec l’espérance de le voir dévorer ?…  Nous la trouvons dans l’histoire de François Bidel. Comme toutes les légendes, elle a un fond de vérité.

Bidel s était marié tout jeune à Mlle Maria Lécuyer, fille d’un montreur de figures de cire. Or, quand il demanda la jeune personne en mariage, le papa Lécuyer, homme à cheval sur les moeurs, lui dit d’abord :

Mon garçon, vous me plaisez; mais, si vous voulez épouser ma fille, il faut renoncer à votre Anglaise.
Mais !…
Mais, parbleu ! celle qui suit toutes vos représentations. Vous ne direz pas qu’elle n’est pas amoureuse de vous. Elle vous dévore des yeux.
Ma foi, dit Bidel, j’aime mieux être dévoré de cette façon-là que de l’autre. Mais je n’avais pas remarqué cette dame. Venez donc à la représentation. Vous l’interrogerez devant moi.

Ainsi fut fait. Et le père Lécuyer demeura fort ébaubi quand la dame lui répondit :

Amoureuse, moi ?… Non ! Seulement, je suis veuve et j’ai besoin de distractions. Je veux être là quand mister Bidel sera mangé.

 
« Le Conteur Vaudois. »  Journal de la Suisse Romande. 5 mai, 1934.