duc de Brunswick

Impôt sur les fausses dents

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Le duc régnant de Brunswick vient de frapper d’un impôt les fausses dents de ses sujets. Voilà une nouvelle manière d’enrichir le fisc, à laquelle les souverains n’avaient pas encore songé.

Ceux du nord devaient naturellement s’en aviser les premiers, car les mâchoires des personnes habitant les pays humides et froids est, en pareil cas, comme une mine à exploiter. Chaque bouche apportera son offrande au trésor, et les plus maltraitées seront les mieux venues de l’administration !

Mais qui fera l’inspection des mâchoires ? Les registres de cette imposition nouvelle seront-ils publics ? Voilà deux questions délicates qui s’élèvent, et auxquelles la nouvelle qui nous instruit de ce bizarre impôt ne satisfait pas. La liberté individuelle ne sera-t-elle pas blessée par des gens qui viendront visiter chaque râtelier ? Comment les Brunswikoises encore jeunes, et que l’on dit si jolies, supporteront-elles l’idée d’être taxées publiquement pour leurs appâts fallacieux ?

En vérité nous craignons une nouvelle révolution dans ce pays, et nous aimons à croire que jamais en France le gouvernement n’imitera ce scandaleux exemple. Ce n’est pas toutefois que cette taxe ne produisît beaucoup dans notre patrie, car les vapeurs humides de la Seine seraient de puissants auxiliaires pour alimenter une semblable imposition.

Quoi qu’il en soit, puisqu’il a si bien commencé, le duc de Brunswick pourrait continuer ses exploits de fisc en imposant les faux toupets, les perruques, les fausses hanches, et mille autres faussetés semblables : dans ce cas, nous ne conseillons point à certaines personnes des deux sexes d’aller vivre dans les états de ce prince avare, vu qu’elles pourraient, à la lettre, s’y trouver chargées d’impôts.

« Le Messager des dames : Ladies’ magazine. »  Paris, 1833. 

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Pierre François Gossin, le résigné

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Rien ne prédisposait à une mort violente et infamante le sieur Pierre François Gossin, honnête bourgeois lorrain né à Souilly le 20 mai 1754. Gossin est fils d’un procureur à la chambre des monnaies de Metz: lui-même lieutenant général civil et criminel de Bar-le-Duc, il est plus habitué à poursuivre des coupables qu’à subir des sentences.

Mais le tourbillon de la Révolution va en décider autrement. Elu député du tiers aux états généraux, Pierre François Gossin devient un personnage public qui prend part à des réformes importantes: rapporteur du comité chargé de diviser la France en départements, il est aussi l’auteur d’un rapport sur l’organisation des Archives nationales et l’un des orateurs à demander la création d’un jury populaire en matière criminelle. Enfin, c’est sur la proposition du député Gossin que les restes mortels de Voltaire sont portés au Panthéon.

Son mandat prend fin avec la Constituante, le 30 septembre 1791, et le citoyen Gossin rentre en Lorraine où il vient d’être élu procureur-syndic de la Meuse. Hélas, les Prussiens envahissent la contrée; Gossin conserve ses fonctions, obéissant ainsi aux ordres du duc de Brunswick, l’ennemi juré de la Révolution. Après la retraite des envahisseurs, difficile d’expliquer ce revirement tactique aux membres de la Convention… Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, l’ancien constituant est condamné à mort le 4 thermidor an II (22 juillet 1794).

Le lendemain, il est dans la cour de la prison avec ses codétenus, qui montent l’un après l’autre dans la charrette fatale. Et là, il se produit un extraordinaire coup du sort, tel qu’aucun prisonnier ne pouvait l’espérer : Gossin est oublié dans l’appel des condamnés à mort ! Il a la vie sauve et, mieux encore, personne ne fait attention à lui : quand les portes s’ouvrent devant le convoi, il sort aussi, libre comme l’air !

Gossin alors a quarante ans, le voici lâché dans une grande ville pleine de cachettes, une chance unique s’offre à lui de détaler pour sauver sa tête ! Résignation ? Sens du devoir d’un ancien magistrat ? L’évadé suit à pied la charrette jusqu’à la guillotine et monte sur l’échafaud.

« La tortue d’Eschyle et autres morts stupides de l’Histoire. » Bruno Fuligni, Les Arènes, 2012.