duc d’Orléans

Grande estime…

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stratoniceLorsque Jean-Auguste-Dominique Ingres eut terminé sa Stratonice pour le duc d’Orléans, ce prince lui demanda :

 Franchement, M. Ingres, êtes-vous content de votre tableau ? c’est votre avis que je veux avoir. 
— Monseigneur, répondit l’artiste, permettez-moi de ne pas vous répondre aujourd’hui.  Je ne vois plus mon tableau, à force de l’avoir sous les yeux. Dans quelques jours j’irai chez vous; je vous demanderai à le revoir, et alors je vous dirai franchement mon avis. 

Quinze jours après, en effet, Ingres arrive aux Tuileries. Le prince le conduit devant le tableau. Ingres met sa main devant ses yeux, se recueille pendant quelques instants, puis il lève la tête et regarde son œuvre. Peu à peu il se redresse, il grandit dans sa petite taille, son regard s’anime, ses yeux se mouillent. 

 Monseigneur, dit-il au prince, je puis vous le dire aujourd’hui. Vous avez là un chef-d’œuvre. 

Il est bon qu’un artiste ait le sentiment de sa valeur. La modestie n’est souvent qu’une
hypocrisie de la vanité. Mais pourtant il y a des choses qu’il vaut mieux s’entendre dire  que de se les dire à soi-même. 

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1857.

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La naissance d’Henri V

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Naissance-duc-de-bordeaux

Un érudit, M. Albert Malet, agrégé d’histoire, a découvert à la Bibliothèque nationale une copie des Mémoires inédits de la duchesse de Gontaut-Biron.

Née en 1773, elle mourut seulement en 1855. Sous la Restauration, elle devint gouvernante des Enfants de France, et comme telle elle dut assister officiellement à la naissance du duc de Bordeaux. Ici nous laissons la parole à M. Albert Malet, qui nous donne, d’après les Mémoires en question, la bien curieuse anecdote qui suit :

Mme de Gontaut, qui habitait aux Tuileries comme gouvernante de Mademoiselle, venait de se coucher, quand l’on frappa violemment à sa porte :

Venez vite, vite ! lui crie-t-on, Madame accouche ! Dépêchez-vous ! 

Prête à se lever au premier signal, elle prend à peine le temps de passer un peignoir et se précipite dans la chambre de la duchesse. Celle-ci la salue de ce cri :

C’est Henri !

Et les deux femmes s’embrassent éperdument.

Vite des témoins ! ajoute Madame…

Le duc d’Orléans arrivait. Avant d’aller présenter ses félicitations à l’accouchée, il entra dans le salon où l’on avait porté l’enfant. Il le regarda attentivement. Puis, marchant au duc d’Albuféra :

Monsieur le maréchal, lui dit-il, je vous somme de déclarer ce que vous avez vu. Cet enfant est-il réellement le fils de la duchesse de Berry ? 

Mme de Gontaut ne put réprimer un vif mouvement d’impatience.

Dites, Monsieur le maréchal, dites tout ce que vous avez vu. 

Le maréchal attesta énergiquement la légitimité de l’enfant.

Je le jure sur mon honneur ! ajouta-t-il. Je suis plus sûr que monseigneur le duc de Bordeaux, ici présent, est l’enfant de Mme la duchesse de Berry, que je ne le suis que mon fils soit l’enfant de sa mère.

Il y eut un long silence, puis le duc d’Orléans salua et sortit. 

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.