duchesse de Berry

Les premiers bains de mer

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alexandre-dubourg

Sait-on qu’au temps jadis, cette expression : « bains de mer » ne pouvait éveiller
dans l’esprit aucune idée d’agrément ? 

Mme de Sévigné écrit, en 1671, à Mme de Grignan :

« Si vous croyez les filles de la reine enragées, vous croyez bien. Il y a huit jours que Mme de Ludres, Coëtlogon et la petite de Rouvroi turent mordues d’une petite chienne qui était à Théobon; cette petite chienne est morte enragée, de sorte que de Ludres, Coëtlogon et Rouvroi sont parties ce matin pour aller à Dieppe et se faire jeter trois fois à la mer. » 

Les bains de, mer n’étaient pas seulement recommandés pour « la rage du corps », mais aussi pour « la rage de l’esprit », c’est-à-dire pour le, maboulisme, le dingotisme, le crétinisme, l’imbécillité, la folie. Nombreux furent les agioteurs qui, après l’effondrement du système de Law, s’aperçurent qu’ils travaillaient un peu trop fiévreusement du couvre-chef et prirent en hâte la direction de Dieppe dans l’espoir de trouver, sur ce point de la côte, le traitement qui leur convenait. 

Ce traitement n’était pas des plus doux. Les baigneurs se voyaient emmenés, au large, attachés au moyen d’une longue corde, puis jetés par-dessus bord comme des indésirables et des malpropres. Après trois plongeons consécutifs, ils jouaient les noyés avec beaucoup de naturel, et les marins, qui les soignaient, avaient parfois grand’peine à les ramener dans le monde des vivants, en leur tirant énergiquement la langue. 

edouard-hostein

Dès 1778, Dieppe s’enorgueillissait de posséder à l’usage des baigneurs un établissement spécial, autorisé par le gouvernement. C’était une construction plutôt modeste et que l’on appelait « la Maison de santé », car il était encore communément admis qu’il fallait être malade, mordu ou piqué pour songer sérieusement à se mettre à l’eau. 

Les bains de mer, tels que nous les pratiquons aujourd’hui, ne datent que de 1812. Ils furent créés par un certain Monsieur de Paris, qui n’avait rien de commun avec les bourreaux bien connus. On lit dans une thèse publiée à cette époque par un médecin normand :

« Il y a à Dieppe, sur les bords mêmes du rivage, un établissement où l’on peut prendre des bains à tous les degrés de température. Lorsqu’on les prend à la mer, on a des tentes pour se déshabiller et s’habiller. Des guides très sûrs conduisent et soutiennent les baigneurs.« 

En 1822, une société se forme pour l’exploitation de la plage et les nouveaux bains sont solennellement inaugurés par la duchesse de Berry. A cette occasion, Mme Marie-Caroline entre tout habillée dans l’eau, en compagnie du maire de la ville.

Peintures : Alexandre Dubourg & Edouard Hostein.

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La naissance d’Henri V

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Naissance-duc-de-bordeaux

Un érudit, M. Albert Malet, agrégé d’histoire, a découvert à la Bibliothèque nationale une copie des Mémoires inédits de la duchesse de Gontaut-Biron.

Née en 1773, elle mourut seulement en 1855. Sous la Restauration, elle devint gouvernante des Enfants de France, et comme telle elle dut assister officiellement à la naissance du duc de Bordeaux. Ici nous laissons la parole à M. Albert Malet, qui nous donne, d’après les Mémoires en question, la bien curieuse anecdote qui suit :

Mme de Gontaut, qui habitait aux Tuileries comme gouvernante de Mademoiselle, venait de se coucher, quand l’on frappa violemment à sa porte :

Venez vite, vite ! lui crie-t-on, Madame accouche ! Dépêchez-vous ! 

Prête à se lever au premier signal, elle prend à peine le temps de passer un peignoir et se précipite dans la chambre de la duchesse. Celle-ci la salue de ce cri :

C’est Henri !

Et les deux femmes s’embrassent éperdument.

Vite des témoins ! ajoute Madame…

Le duc d’Orléans arrivait. Avant d’aller présenter ses félicitations à l’accouchée, il entra dans le salon où l’on avait porté l’enfant. Il le regarda attentivement. Puis, marchant au duc d’Albuféra :

Monsieur le maréchal, lui dit-il, je vous somme de déclarer ce que vous avez vu. Cet enfant est-il réellement le fils de la duchesse de Berry ? 

Mme de Gontaut ne put réprimer un vif mouvement d’impatience.

Dites, Monsieur le maréchal, dites tout ce que vous avez vu. 

Le maréchal attesta énergiquement la légitimité de l’enfant.

Je le jure sur mon honneur ! ajouta-t-il. Je suis plus sûr que monseigneur le duc de Bordeaux, ici présent, est l’enfant de Mme la duchesse de Berry, que je ne le suis que mon fils soit l’enfant de sa mère.

Il y eut un long silence, puis le duc d’Orléans salua et sortit. 

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

Un prince peu galant

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colin-maillard

Louis XIV ordonna à la duchesse de Berry de montrer au prince électoral de Saxe tout Marly. Il se promena une grande heure avec elle, sans lui offrir la main et sans lui dire un seul mot. Pendant qu’ils gravissaient un monticule, le palatin, son gouverneur, le poussa dans le coté; et comme le prince ne comprenait pas ce qu’il voulait, il fut obligé de crier :

—  Présentez donc la main à madame la duchesse de Berry !

Le prince le fit, sans dire un mot. Quand ils furent arrivés en haut, Mme de Berry dit en plaisantant :

Voici une belle place pour jouer au colin-maillard.

Alors le prince répond :

Oui, j’y jouerai volontiers.

Mme de Berry était si fatiguée qu’elle ne put jouer. Mais le prince joua toute la journée sans penser le moins du monde à la duchesse.

« Correspondance. »  Duchesse d’Orléans.