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Les bas bleus

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Le romancier et critique littéraire Albert Cim  a publié, chez Savine, un volume bien cruel contre les bas bleus. Le livre est impitoyable, et abonde en exemples curieux et en citations topiques empruntés aux plus célèbres auteurs qui ont écrit sur la matière.

Qu’est-ce qu’on peut bien leur apprendre, aux filles, dans un lycée ? demande un bambin à sa maman.
Mon enfant, on leur apprend ce qu’on t’apprend à toi-même, à devenir des hommes.
—  Eh bien, mais alors, qui qui sera les femmes ?  riposte le gamin.

Toute la question est là, en effet : qui remplacera les femmes ? « Qui qui sera les femmes ? »

« Si, par malheur, j’étais forcé d’épouser une femme de lettres, je sens que je la tuerais, déclarait un jour Mérimée. Un bas bleu ferait de moi un bonnet vert. »

Et Sainte-Beuve, toujours si précieux à consulter, a noté dans ses Pensées :

« Si j’avais un jeune ami à instruire, je lui dirais : Aimez une coquette, une dévote, une sotte, une grisette, une duchesse, n’importe qui vous voudrez, vous pourrez réussir, et la dompter et la réduire; mais un bas bleu, jamais ! »

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration  :Daumier & Gavarni.

Le dîner

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dînerC’était à un dîner, dans une de nos plus aristocratiques familles, qui a fourni à la République des ministres, des académiciens, des savants. La maîtresse du logis, la duchesse douairière de L.., avait à sa droite Mgr P… l’un des plus illustres membres du clergé français.

Le dîner fut charmant. Mais pourquoi donc, au moment de passer au salon, vit-on la duchesse douairière et l’illustre ecclésiastique donner des signes d’inquiétude et, enfin levés, quitter la salle à manger l’un boitant, l’autre traînant la jambe ?

La chose fut si apparente que la duchesse, qui a son franc-parler, l’expliqua vertement. Elle porte gaillardement ses quatre-vingts ans, mais elle a la goutte au pied droit et, à table, elle a l’habitude de quitter discrètement son soulier et de le remettre prestement au moment de se lever.

Or, Monseigneur avait aussi la goutte, au pied gauche lui, et il avait la même habitude que la douairière. Alors un fâcheux hasard avait voulu que le soulier de la duchesse et celui de Monseigneur se fussent trouvés intervertis, et l’un et l’autre, après avoir vainement cherché leur bien, s’étaient résignés à garder, qui un soulier trop grand, qui une chaussure trop petite.

En achevant son histoire, la duchesse sortit brusquement de dessous son fauteuil ses deux pieds, dont l’un était finement chaussé et dont l’autre traînait un soulier noir, un vrai soulier d’ecclésiastique.

Monseigneur dut s’exécuter à son tour, et l’échange se fit coram populo.

« Lectures pour tous. »  Hachette, Paris, 1920.