duel

Duel

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duel.

Hier, deux gentilshommes, à l’heure où les ménagères descendent chercher leur lait, se sont rendus au bois de Vincennes. 

Non loin de ces fossés du donjon, où Napoléon fit fusiller le duc d’Enghien, ils mirent habits bas, devant un médecin et quatre de leurs amis. Ils étaient l’un et l’autre de fines lames. Après quatre ou cinq passes, ils se sont tendu la main, sans qu’ils se fussent blessés ou même eussent blessé leurs témoins. Mais leurs vêtements étaient transpercés en mille endroits. Cela a suffi, paraît-il, à ce que leur honneur et leur tailleur fussent déclarés satisfaits.

« La Lanterne. » Paris, 1877.

Duel groupé

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alexandre-dumas

On sait à la suite de quelles circonstances Alexandre Dumas père quitta Naples. L’illustre écrivain avait émis, dans le journal qu’il publiait en cette ville, une opinion passablement cavalière à l’endroit de la nationalité italienne… 

Le journal paraissait à huit heures du matin… A dix heures, Alexandre Dumas avait reçu trente provocations… A midi, trente autres… A une heure, il réunit les cent vingt témoins de ses soixante adversaires : 

— Messieurs, leur dit-il, je pars ce soir. Je n’ai donc pas le temps de me battre en particulier avec chacune des personnes que vous représentez. Cependant, comme je tiens essentiellement à leur donner satisfaction, voici ce que j’ai décidé : ayant le choix des armes, je prends le pistolet. Mes adversaires formeront un groupe, nous ferons feu à un signal, ils tireront tous ensemble sur moi, et je tirerai dans le tas. 

L’affaire n’eut pas de suites ! 

Duel dans les airs

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ballons

Il n’est pas une invention, une découverte dont l’homme n’ait fait un instrument de meurtre. Les ballons mêmes, que l’on n’a pas encore pu diriger, ont vu, le 25 septembre dernier, une lutte fratricide qui a épouvanté une petite ville des Etats-Unis.

Johnny Freeman, ardent abolitionniste, se faisait remarquer dans les meetings et les prêches de l’Union par ses opinions favorables à la liberté des esclaves. A la puissance de la parole, Johnny voulut joindre des actes plus significatifs. Il acheta à ses frais trente mille exemplaires de la Case de l’oncle Tom, et les fit distribuer dans les Etats-Unis du sud. Un possesseur d’esclaves de la Virginie, Henri Albright, essaya de s’opposer à cette propagande. De là une haine ter-rible entre Henry et Johnny, et il devint manifeste pour tous deux que l’un ou l’autre était de trop sur cette terre.

Il fut convenu que l’on se battrait à mort. Les deux adversaires seraient placés chacun dans un ballon, ils auraient le droit d’emporter avec eux les armes qu’ils voudraient, canons, mortiers, fusils ou carabines.

Henry et Johnny ne communiquèrent leur projet à qui que ce soit, de peur que l’autorité n’en eût connaissance et ne mît obstacle au combat. Ils prirent en secret des leçons d’un célèbre aéronaute français, et, le 25 septembre, ils convoquaient la population à assister à leur ascension. A trois heures, les deux ballons s’élevèrent majestueusement. Henry emportait dans sa nacelle un petit mortier, quant à Johnny, ils’était contenté de prendre une douzaine de ces longues carabines qui servent aux coureurs des bois.

Les spectateurs se demandaient dans quel but les deux voyageurs se chargeaient de ces armes. Leur curiosité ne tarda pas à être satisfaite. En effet, les ballons, qui d’abord avaient évolué presque côte à côte, venaient de se séparer brusquement. Johnny, par une manœuvre des plus savantes, s’élevant au-dessus de son ennemi, lui tira un coup de fusil. Henry Albright, jetant un peu de lest, put éviter la terrible décharge. Il nous faudrait la plume d’un habile stratégiste pour décrire les péripéties de cette lutte mémorable, les élévations, les descentes, les passages à gauche, les passages à droite, etc.

Bornons-nous à dire qu’à quatre heures les adversaires n’avaient pu encore s’endommager, lorsque Henry mit le feu à son mortier, la bombe vint frapper le ballon de Johnny. Celui-ci se sentit perdu, mais il ne voulut pas mourir seul : au moment où son ballon passe auprès de celui d’Albright, Freeman vise son ennemi et l’atteint à la tempe.

Quelques secondes après, on relevait deux cadavres sanglants !

Pillet ainé. « Almanach de la Champagne et de la Brie. » Troyes, 1856.

Bêtise cent pour cent

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On apprend que M. Mc Kay, homme de théâtre, et Arthur Robinson, nouvelliste, se sont battus en duel à l’épée, près de Provincetown, dans le Massachusetts.

La fameuse actrice suédoise Greta Garbo était le sujet de cette querelle. Mc Kay prétendait que Greta Garbo était « un présent des dieux à un monde en détresse » (sic). Robinson, au contraire, assurait qu’il ne voudrait pas lui confier un rôle de blanchisseuse.

Là-dessus, les deux hommes décidèrent de se battre.duel

Robinson reçut une éraflure au cou et Mc Kay eut le poignet traversé. L’honneur est satisfait.

Bassesse stupide, niaise, idolâtrie. Allons ! le cinéma développe l’esprit…

« L’Avenir de Bougie / l’Oued-Sahel . » 1932.

Duel

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duel

Un vent de discorde semble souffler, en ce moment, sur nous. Jamais, depuis bien longtemps, on n’avait si fort bataillé que maintenant. Les colonnes des journaux sont remplies chaque jour de procès-verbaux de rencontre, de lettres de témoins à leurs clients.

Pour la chose la plus futile on met flamberge au vent, et il est à craindre que le ministère, effrayé de cette fureur destructive, ne songe à remettre en vigueur le terrible édit du cardinal de Richelieu. Les duels n’ont pas toujours, fort heureusement, de dénouement fatal, et nous pouvons citer plus d’une rencontre qui s’est terminée à la satisfaction des témoins et des adversaires, sans qu’une goutte de sang ait été versée.

On ne connaît guère d’anecdote plus crâne que celle qui arriva au père d’Emile de Girardin. Il entre un jour dans un tir au pistolet. Un gentleman, qu’il ne connaissait pas, y faisait mouche à tout coup. Quelques spectateurs, admirant la précision de ce tir, ne tarissaient pas d’éloges sur l’adresse de ce gentleman.

En effet, dit assez haut M. de Girardin… monsieur tire parfaitement… mais cela ne prouve pas grand-chose ! Dans un duel, quand on a un homme devant soi au lieu d’un morceau de carton, toutes les conditions sont changées, et le plus habile tireur, qui trouerait une pièce de cent sous à vingt-cinq pas, peut très bien manquer un homme à la même distance.

Le tireur, qui avait entendu ces paroles, se retourne alors vers M. de Girardin :

J’estime que vous vous trompez, monsieur, et je crois pouvoir affirmer que si je vous avais devant moi, je ne vous manquerais pas.

Les assistants voulurent s’interposer devant cette provocation, mais M. de Girardin répondit froidement :

Quand vous voudrez !
— Tout de suite ! alors !
— Soit !

On choisit des témoins et on alla se battre, avec des pistolets de tir, dans les terrains vagues qui avoisinaient alors le Trocadéro. On laissa le sort décider qui tirerait le premier.

Le gentleman fut favorisé. Il tire sur M. de Girardin… et le manque. Puis, comme M. de Girardin ne faisait pas mine de se servir de son arme, un témoin lui cria :

A vous, monsieur. Tirez donc !
— Pourquoi cela ? dit froidement M. de Girardin… Je n’ai aucune raison pour tuer monsieur. J’ai prétendu que le meilleur tireur pouvait manquer un homme à vingt pas… Monsieur a soutenu le contraire… Il doit être convaincu maintenant qu’il avait tort… Je ne puis lui en vouloir pour cela.

Et, s’inclinant devant son adversaire :

—  J’ai bien l’honneur de vous saluer, monsieur.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

 

L’incognito

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Etienne Arnal, le célèbre comique, était aller passer sa Soirée à un des bals d’été des environs de Paris, et il avait si bien pris la physionomie de l’incognito, qu’à le voir il était impossible de ne pas le regarder comme un honnête bourgeois endimanché.

Il portait un habit marron, un pantalon de nankin, un chapeau gris, un gilet chamois. La spirituelle malice de son regard s’éteignait sous le verre de ses lunettes, commodément posées sur un nez si original par sa forme, si respectable par ses proportions. Il dissimulait de son mieux cet air railleur et narquois qui lui est habituel. Ce jour-là, d’ailleurs, ainsi que cela arrive souvent aux hommes qui savent le mieux provoquer et répandre la gaieté, Arnal était d’humeur triste. Il avait un accès de demi-spleen qu’il essayait de dissiper par le spectacle des plaisirs qui s’agitaient autour de lui.

Pendant qu’il était là, errant seul au milieu de la cohue et s’applaudissant. de ne pas être reconnu, un monsieur l’aborde, le salue et lui dit :

Monsieur, ma femme désirerait danser avec vous.
— Avec moi ? Etes-vous bien sûr de ne pas vous tromper, monsieur ?
— Non, vraiment, c’est bien avec vous, avec monsieur Arnal, que ma femme brûle de danser.
— Se voyant reconnu, Arnal fronce le sourcil et répond d’un ton brusque :
— Je ne danse pas.

Le mari ne perd pas courage et continue :

Veuillez jeter un coup d’oeil sur ma femme, et peut-être changerez-vous d’idée. Ma femme est très bien.
— Je ne danse pas, reprend Arnal.
— Ma femme, ajoute l’opiniâtre mari, n’est pas obligée de courir après les danseurs. Elle n’a jamais dansé avec un comédien et elle en meurt d’envie.
— Très flatté… mais je ne suis pas ici pour me donner en spectacle. Je ne danse pas.
— Savez-vous, monsieur, que ce refus obstiné ressemble à de l’impertinence ? s’écria le mari que la colère gagna.
— Impertinent vous-même ! riposta Arnal non moins irrité. Vous moquez-vous de moi, de venir ainsi me jeter votre femme à la tête ? Pour qui me prenez-vous ? Apprenez, monsieur, que je suis un homme très dangereux, et que si je dansais avec votre femme, il est probable qu’il vous arriverait malheur ! Mais fort heureusement pour vous, je ne danse pas.

A ces mots, le mari ne se contint plus, et il donna à Arnal sa carte, en lui demandant raison de ses outrages.

 — Un duel ! j’aime cela ! s’écria le vaillant comédien.

Et le duel aurait eu lieu sans l’intervention de quelques personnes raisonnables, de quelques amis communs, qui mirent fin à ce débat, où les plaisirs du public jouaient
si gros jeu. L’affaire s’est terminée par un souper, ce qui vaut infiniment mieux qu’un coup d’épée ou de pistolet.

« Le Carillon stéphanois : journal des théâtres, de la littérature et des beaux-arts. »  Saint-Etienne, 1856.

 

La comtesse et l’officier

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Madame-de-Saint-Baslemont

L’un, des plus extraordinaires duels de femmes fut celui que, dans ses mémoires, raconte l’abbé Arnaud.

La comtesse de Saint-Baslemont, fille d’un seigneur de Lorraine, mariée à un valeureux soldat sans cesse occupé à guerroyer, loin de son château, gérait avec vigilance et énergie les propriétés familiales durant l’absence de son mari et ne permettait point que nul roturier ou noble y commit des déprédations ou molestât quelque paysan de ses terres.

Un jour, un officier de cavalerie, de passage dans un hameau dépendant de la seigneurie, s’y conduisit fort mal vis-à-vis des habitants, ce dont ils se plaignirent à la comtesse. Aussitôt celle-ci, fort poliment, envoya un messager au malotru pour lui faire d’énergiques remontrances. L’autre n’en tint pas compte et se moqua du message. Voyant cela, la comtesse de Saint-Baslemont lui fit tenir un billet dans lequel elle le provoquait en duel, fixant le lieu, le jour et l’heure, pour venger, disait-elle, l’insulte faite à sa belle-soeur et elle signa :  « Le chevalier de Saint-Balmont. »

L’officier accepta le défi. A l’endroit fixé, il trouva la comtesse qui i attendait déguisée en homme. Comme elle était de taille assez élevée avec un visage aux traits presque masculins, l’officier ne s’aperçut point de la supercherie. Les deux adversaires se battirent avec acharnement, mais la comtesse, qui était une escrimeuse de première force, fit sauter l’arme de son adversaire et lui dit alors galamment en se faisant connaître : 

Monsieur, ce n’est pas contre le chevalier de Saint-Baslemont que vous vous êtes battu, mais contre sa femme. Ramassez votre épée et désormais ayez plus de considération pour les prières des dames. 

Puis elle s’éloigna, laissant son adversaire plein de honte. Le lendemain, il quittait le village à la première heure et jamais plus on ne le revit sur les terres des Saint-Baslemont.

« Midinette. Journal. »  Paris, 1937.