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Duel dans les airs

ballons

Il n’est pas une invention, une découverte dont l’homme n’ait fait un instrument de meurtre. Les ballons mêmes, que l’on n’a pas encore pu diriger, ont vu, le 25 septembre dernier, une lutte fratricide qui a épouvanté une petite ville des Etats-Unis.

Johnny Freeman, ardent abolitionniste, se faisait remarquer dans les meetings et les prêches de l’Union par ses opinions favorables à la liberté des esclaves. A la puissance de la parole, Johnny voulut joindre des actes plus significatifs. Il acheta à ses frais trente mille exemplaires de la Case de l’oncle Tom, et les fit distribuer dans les Etats-Unis du sud. Un possesseur d’esclaves de la Virginie, Henri Albright, essaya de s’opposer à cette propagande. De là une haine ter-rible entre Henry et Johnny, et il devint manifeste pour tous deux que l’un ou l’autre était de trop sur cette terre.

Il fut convenu que l’on se battrait à mort. Les deux adversaires seraient placés chacun dans un ballon, ils auraient le droit d’emporter avec eux les armes qu’ils voudraient, canons, mortiers, fusils ou carabines.

Henry et Johnny ne communiquèrent leur projet à qui que ce soit, de peur que l’autorité n’en eût connaissance et ne mît obstacle au combat. Ils prirent en secret des leçons d’un célèbre aéronaute français, et, le 25 septembre, ils convoquaient la population à assister à leur ascension. A trois heures, les deux ballons s’élevèrent majestueusement. Henry emportait dans sa nacelle un petit mortier, quant à Johnny, ils’était contenté de prendre une douzaine de ces longues carabines qui servent aux coureurs des bois.

Les spectateurs se demandaient dans quel but les deux voyageurs se chargeaient de ces armes. Leur curiosité ne tarda pas à être satisfaite. En effet, les ballons, qui d’abord avaient évolué presque côte à côte, venaient de se séparer brusquement. Johnny, par une manœuvre des plus savantes, s’élevant au-dessus de son ennemi, lui tira un coup de fusil. Henry Albright, jetant un peu de lest, put éviter la terrible décharge. Il nous faudrait la plume d’un habile stratégiste pour décrire les péripéties de cette lutte mémorable, les élévations, les descentes, les passages à gauche, les passages à droite, etc.

Bornons-nous à dire qu’à quatre heures les adversaires n’avaient pu encore s’endommager, lorsque Henry mit le feu à son mortier, la bombe vint frapper le ballon de Johnny. Celui-ci se sentit perdu, mais il ne voulut pas mourir seul : au moment où son ballon passe auprès de celui d’Albright, Freeman vise son ennemi et l’atteint à la tempe.

Quelques secondes après, on relevait deux cadavres sanglants !

Pillet ainé. « Almanach de la Champagne et de la Brie. » Troyes, 1856.

Bêtise cent pour cent

greta-garbo

On apprend que M. Mc Kay, homme de théâtre, et Arthur Robinson, nouvelliste, se sont battus en duel à l’épée, près de Provincetown, dans le Massachusetts.

La fameuse actrice suédoise Greta Garbo était le sujet de cette querelle. Mc Kay prétendait que Greta Garbo était « un présent des dieux à un monde en détresse » (sic). Robinson, au contraire, assurait qu’il ne voudrait pas lui confier un rôle de blanchisseuse.

Là-dessus, les deux hommes décidèrent de se battre.duel

Robinson reçut une éraflure au cou et Mc Kay eut le poignet traversé. L’honneur est satisfait.

Bassesse stupide, niaise, idolâtrie. Allons ! le cinéma développe l’esprit…

« L’Avenir de Bougie / l’Oued-Sahel . » 1932.

Duel

duel

Un vent de discorde semble souffler, en ce moment, sur nous. Jamais, depuis bien longtemps, on n’avait si fort bataillé que maintenant. Les colonnes des journaux sont remplies chaque jour de procès-verbaux de rencontre, de lettres de témoins à leurs clients.

Pour la chose la plus futile on met flamberge au vent, et il est à craindre que le ministère, effrayé de cette fureur destructive, ne songe à remettre en vigueur le terrible édit du cardinal de Richelieu. Les duels n’ont pas toujours, fort heureusement, de dénouement fatal, et nous pouvons citer plus d’une rencontre qui s’est terminée à la satisfaction des témoins et des adversaires, sans qu’une goutte de sang ait été versée.

On ne connaît guère d’anecdote plus crâne que celle qui arriva au père d’Emile de Girardin. Il entre un jour dans un tir au pistolet. Un gentleman, qu’il ne connaissait pas, y faisait mouche à tout coup. Quelques spectateurs, admirant la précision de ce tir, ne tarissaient pas d’éloges sur l’adresse de ce gentleman.

En effet, dit assez haut M. de Girardin… monsieur tire parfaitement… mais cela ne prouve pas grand-chose ! Dans un duel, quand on a un homme devant soi au lieu d’un morceau de carton, toutes les conditions sont changées, et le plus habile tireur, qui trouerait une pièce de cent sous à vingt-cinq pas, peut très bien manquer un homme à la même distance.

Le tireur, qui avait entendu ces paroles, se retourne alors vers M. de Girardin :

J’estime que vous vous trompez, monsieur, et je crois pouvoir affirmer que si je vous avais devant moi, je ne vous manquerais pas.

Les assistants voulurent s’interposer devant cette provocation, mais M. de Girardin répondit froidement :

Quand vous voudrez !
— Tout de suite ! alors !
— Soit !

On choisit des témoins et on alla se battre, avec des pistolets de tir, dans les terrains vagues qui avoisinaient alors le Trocadéro. On laissa le sort décider qui tirerait le premier.

Le gentleman fut favorisé. Il tire sur M. de Girardin… et le manque. Puis, comme M. de Girardin ne faisait pas mine de se servir de son arme, un témoin lui cria :

A vous, monsieur. Tirez donc !
— Pourquoi cela ? dit froidement M. de Girardin… Je n’ai aucune raison pour tuer monsieur. J’ai prétendu que le meilleur tireur pouvait manquer un homme à vingt pas… Monsieur a soutenu le contraire… Il doit être convaincu maintenant qu’il avait tort… Je ne puis lui en vouloir pour cela.

Et, s’inclinant devant son adversaire :

—  J’ai bien l’honneur de vous saluer, monsieur.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.