Duse

Délires

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cesare-lombrosoDans un article de revue, un écrivain italien, Cesare Lombroso, a soutenu la thèse de l’infériorité intellectuelle de la femme vis-à-vis de l’homme. Après avoir remarqué que, chez tous les animaux vertébrés, la femelle est inférieure au mâle à ce point de vue, et que, chez les fourmis et les abeilles, la supériorité de la femelle n’existe qu’aux dépens de la sexualité, c’est-à-dire que l’abeille n’est laborieuse qu’à la condition de cesser d’être femelle, il ajoute :

« Il est avéré qu’il n’y a peut-être pas autant de centaines d’hommes qu’il y a de milliers de femmes qui jouent du piano. Cependant on ne voit point parmi les femmes se dresser de grands génies musicaux, bien qu’elles ne rencontrent dans ce domaine aucun obstacle, soit de nature sexuelle, soit de nature sociale, pouvant expliquer ce phénomène. Le nombre des femmes peintres surpasse, dans l’Amérique du Nord, de beaucoup celui des hommes, et le nombre des doctoresses y atteint, à l’heure qu’il est, le chiffre de 3 000. La statistique établit qu’il y avait en France, en 1889, presque autant d’instituteurs que d’institutrices (environ 100 000 pour les deux sexes). Or, à part les très rares exceptions qui, comme Madame Kowalewski, Rosa Bonheur, la Cattani, ont surnagé dans le flot des médiocrités, où sont les femmes qui ont doté la médecine, la peinture ou l’enseignement de données nouvelles ou d’observations importantes ? »

Pour tout dire, Mesdames, ce peu galant physiologiste vous accorde le talent, mais vous refuse le génie, car le génie se traduit par l’invention, et les femmes, attachées bien plus que l’homme aux vieux usages et aux vieilles croyances, n’aiment pas les choses neuves; leur organisme dépense surtout dans la perpétuation de l’espère la force vitale à laquelle l’homme doit sa supériorité physique et intellectuelle. En revanche, il vous accorde une ingéniosité supérieure dans le gouvernement des peuples, et nous paraît précisément encourager ainsi, de votre part, les revendications des droits politiques assez  à la mode en ce moment.

« John Stuart Mill, dit-il, affirme que lorsqu’un Etat indien est gouverné avec vigueur et vigilance, on peut être sûr d’avance, et cela trois fois sur quatre, que c’est une femme qui y tient les rênes. Mais n’a-t-on pas remarqué que partout où les femmes règnent, il y a des hommes qui les gouvernent, ce qui explique, ainsi leurs succès gouvernementaux. Rappelons-nous, du reste, le célèbre dicton : Videbis, fili mi, quam parvo ingenio regitur mundus; et sachons qu’on peut se passer du génie lorsqu’il s’agit de gouverner un peuple (en Italie, les preuves abondent à l’heure qu’il est). La connaissance du monde et le tact et l’astuce suffisent pleinement en politique.  Or, les femmes possèdent ces dons plus que les hommes. Le nombre des femmes qui se sont distinguées sous ce rapport est, du reste, trop minime, par comparaison avec les hommes. IL devient donc presque impossible de baser là-dessus une comparaison quelconque. »

Goncourt a dit : « Il n’y a pas de femmes de génie; lorsqu’elles sont des génies, elles sont des hommes. »   M. Cesare Lombroso trouve cette observation infiniment juste; il la reprend pour son compte ,en affirmant que l’ingéniosité concorde toujours chez la femme avec certaines anomalies organiques. Presque toutes les femmes éminentes de lettres ont quelque chose de masculin, non seulement dans leurs œuvres, mais aussi dans leur physionomie et dans leurs gestes.

George Sand avait la voix d’un homme et portait volontiers le costume masculin. Madame de Staël avait le visage  d’un homme. Presque toutes les femmes géniales de l’Amérique et de l’Angleterre, qui se sont rendues célèbres dans les derniers temps, avaient des traits virils. Pour, des raisons compréhensibles, je m’abstiens d’y insister. Disons seulement que presque toutes ont la mandibule (mâchoire inférieure) de l’homme. Chez les deux tragédiennes Sarah Bernhardt et Duse, Fabrizi a constaté que la mandibule avait même la forme de sabre courbé. Ajoutons que presque toutes ont une écriture virile et souffrent des anomalies de la névrose.

L’égalité des sexes ne serait donc qu’une chimère, même pour la science positive, et le monde ne serait pas si mal régi que le prétendent les apôtres en jupons des droits des femmes. La parole est aux dames dans ce grave débat.

Léo. « Journal du dimanche. » Paris, 1893.

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