échoppe

Pour la Science

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edouard_branlyEdouard Branly, inventeur de la T. S. F., ne possède pas encore de laboratoire digne de ses hautes recherches. Ce savant, dont la découverte a enrichi des foules d’individus dans le monde entier, vit presque pauvrement et poursuit ses travaux dans une sorte d’abri qui tient beaucoup plus de l’échoppe que du laboratoire. 

« Alors, ça continue ? s’écrie Sacha Guitry. Dans un pays comme le nôtre, un homme comme M. Branly n’a pas le nécessaire ? Mais c’est navrant, voyons, et ce n’est pas admissible ! » 

Bien sûr, mais que faire ? Le gouvernement, les facultés, semblent se désintéresser de cette situation précaire. Nous faisons nôtre l’indignation de Sacha Guitry lorsqu’il dit encore : 

« Est-ce qu’on va attendre que cet homme de génie-là, aussi, nous soit enlevé pour l’honorer comme on le doit  ? Est-ce que dans notre merveilleux pays on ne saurait rendre que des honneurs funèbres ?« 

Ce n’est que trop vrai !

Mais le geste que ni les pouvoirs publics, ni les grandes institutions, ni les riches particuliers n’ont pas eu, les Français possesseurs d’un appareil de T. S. F. pourraient peut-être l’esquisser. Si chacun d’eux envoyait seulement la somme misérable d’un franc papier à M. Branly, cela ne ferait pas loin de deux millions offerts par une multitude d’amis reconnaissants au grand savant. Quelle belle revanche sur l’indifférence passée ! Et quelle satisfaction pour l’isolé d’hier d’être à même de poursuivre ses recherches en toute quiétude et avec le secours de tous les instruments
perfectionnés qui lui font défaut ! 

Telle est l’idée de Sacha Guitry. Elle a sa valeur et elle porterait des fruits magnifiques si tous les postes de transmission se mettaient d’accord pour la propager chez leurs auditeurs, sans oublier— ce détail est de première importance — d’indiquer où seraient centralisés les fonds recueillis.

Jean Gaulois. « L’Écho de Bougie. » Bougie (Béjaïa), Algérie, 1931.