économistes

Chapeaux 

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jules-pascinParce que quelques dames ont adopté la mode des chapeaux de cuir, les « économistes » ont trouvé là une nouvelle occasion de fulminer. 

 Porter des chapeaux de cuir, quand le cuir est si cher ! Vraiment à quoi pensent-elles ? 

Bon. Adoptons pour un instant les théories des « économistes » et conspuons les chapeaux de cuir. 

 Messieurs, en quoi voulez-vous les chapeaux de femme ? En papier ?
— En papier, alors que la crise dudit papier est à l’état aigu ! En papier ? Quelle folie ! 

Bon. Adoptons pour un instant les théories des « économistes » et conspuons le chapeau de papier.

— Messieurs, en quoi voulez-vous les chapeaux de femme ? En étoffe ?
— En étoffe, alors que par suite de la fermeture de tant d’usines, les prix ont quadruplé, qu’il s’agisse de soie, de velours, de drap, de gabardine, etc. En étoffe ? Oh ! 

Bon. Adoptons (voir plus haut). 

 Messieurs en quoi voulez-vous les chapeaux de femme ?
— En paille.
— En paille, vraiment ? Mais il vous suffirait, messieurs, d’acheter un balai ou de faire rempailler vos chaises pour comprendre qu’un chapeau de la paille la plus commune est aussi coûteux, à l’heure actuelle, qu’un chapeau d’étoffe ou de cuir. Et c’est peut-être un peu enfantin de croire et d’essayer de faire croire que le salut de la France économique serait assuré si les femmes (les femmes seulement) consentaient aller nu-tête et nu-pieds.

Gazette de Paris, 1917.
Peinture de Jules Pascin.