Edison

Le télectroscope

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telectroscopeLe télectroscope est un téléphone perfectionné qui permet non seulement d’entendre, mais de voir le correspondant posté à l’autre bout de la ligne, et vous savez aussi bien que moi l’importance de ce progrès vainement cherché par Edison.

Plus de supercherie possible, plus de vol au téléphone. Les entrepreneurs du plaisir public n’y perdront rien et les particuliers y gagneront. Les misanthropes, les malades, tous les gens contraints, pour un motif quelconque, de garder la chambre, n’auront qu’à tourner un bouton pour avoir un Footit ou Polin à domicile.

Après les clowns, les orateurs… L’abonné, se transportant sur une autre ligne, verra apparaître un grave conférencier…

L’abonné du télectroscope pourra varier ses plaisirs, passer du pesage d’Auteuil au foyer de la Danse, de la mer à la montagne. On n’aura plus besoin de traverser le bois de Boulogne… ou la Manche pour voir l’arrivée du Grand Prix de Paris ou le Derby anglais. Les Parisiens, confortablement assis à l’Opéra, assisteront à la grande course d’Epsom ou encore au match Oxford-Cambridge.

Tout cela vous paraîtra sans doute un peu fantastique. Mais les savants nous ont déjà tant de fois démontré que le vrai n’était pas vraisemblable, qu’avec eux il faut s’attendre à tout.

« L’Universel. » Paris, 1903.

Qui inventa le téléphone ?

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graham-bell

L’Allemagne vient de célébrer (article rédigé en 1934) le centenaire de la naissance d’un modeste savant, Johann Philipp Reis, simple petit instituteur hessois, né en janvier 1834, mort en 1874, et qui aurait été le premier réalisateur du téléphone. 

Ce fut une révélation. Personne, jusqu’à présent, n’avait entendu parler de Reis et de son invention. Graham Bell, qui passe pour le véritable inventeur et Edison, qui perfectionna l’invention, ignoraient jusqu’à son nom. Il est cependant certain, d’après tout ce qui vient d’être publié en Allemagne sur Johann Philipp Reis, que celui-ci inventa et expérimenta, en 1860, un appareil qui transmettait les sons à distance, et auquel dans un mémoire adressé à la Société de Physique de Francfort, il donna le nom de Téléphone.

Les Allemands, après avoir laissé si longtemps dans l’oubli le nom du modeste savant hessois, viennent de l’en tirer avec fracas. Sans doute, mieux vaut tard que jamais. Leurs journaux exaltent le souvenir de Reiss, qu’ils appellent « le véritable inventeur du téléphone ». C’est fort bien. Mais des journaux français font chorus et attribuent au seul Philippe Reis tout l’honneur de l’invention. Et c’est sur quoi il nous parait bon de protester.

Six ans avant que Philippe Reis fit connaitre son invention, le principe du téléphone  avait été établi par un Français qui s’appelait Charles Bourseul. Que les Allemands ignorent ce détail, c’est fort naturel : nous ignorions bien nous-mêmes, jusqu’à présent, le nom de Johann Philipp Reis. Mais que des journaux français partagent cette ignorance, voilà qui semble moins explicable. C’est ainsi que s’affirme et que se perpétue la vieille légende de l’indifférence des Français à l’égard des inventeurs de leur pays.

Rappelons donc, pour ceux qui l’ignorent, l’histoire de Charles Bourseul, précurseur de Reis et de Graham Bell dans l’invention du téléphone moderne. Au début du Second Empire, le nommé Charles Bourseul, originaire de Douai, était employé comme commis des télégraphes au bureau de la Bourse à Paris. Esprit ingénieux et réfléchi, fonctionnaire modèle, très savant dans sa profession, Bourseul avait imaginé un appareil dont le principe était la transmission de la voix par la conductibilité électrique.

Quand son idée fut au point, il alla, en fonctionnaire discipliné, la soumettre à ses chefs. Ceux-ci lui rirent au nez, et l’un d’eux, qui remplissait les hautes fonctions de directeur du service télégraphique, lui déclara textuellement que c’était « de la blague », et l’invita à se tenir tranquille. Le téléphone, « de la blague » !… Voilà comment, trop souvent, l’administration ou la science officielle jugent les inventions les plus fécondes, les plus utiles au progrès humain.

Rebuté, l’inventeur se tint coi, mais ce ne fut pas sans avoir publié dans L’Illustration du 26 août 1854 une étude complète de son invention. Bien lui en prit, car, en 1882, au Congrès international d’électricité qui se tint à Philadelphie, Graham Bell qui, vingt ans après Bourseul, avait réinventé le téléphone, et Edison qui l’avait perfectionné, rendirent un hommage éclatant à l’inventeur français, et saluèrent en lui le génie méconnu à qui l’on devait le principe même de l’invention  nouvelle. De Reis, il ne fut pas question un seul instant. L’inventeur allemand était alors totalement ignoré.

Or, en 1882, Bourseul, retraité de l’administration des P.T.T., vivait de sa maigre pension à Saint-Ceré, dans le Lot. Devant la reconnaissance officielle des deux savants américains, le gouvernement, soucieux de réparer le tort que l’inventeur avait subi naguère, augmenta sa petite rente de deux mille francs et lui octroya par surcroît un bout de ruban rouge. Ce fut tout !… Le génie ne se paie pas cher en ce pays. Une fatalité singulière semblait, d’ailleurs, poursuivre les inventeurs du téléphone. Graham Bell, lui aussi, eut toutes les peines du monde à faire connaître son invention.

téléphone-inventeurs

Il avait commencé ses expériences en 1874. Le 14 février 1876, il déposait sa demande de brevet pour l’invention du téléphone. Or, le même jour, un autre inventeur américain, nommé Elisha Grey, déposait une demande ayant le même objet. Mais ce dernier, ayant commis une omission de forme, le brevet fut délivré à Graham Bell seul. Ce brevet, d’ailleurs, passa inaperçu. En vain, Bell conviait-il le public aux expériences qu’il faisait dans son atelier de Boston, le public demeurait indifférent et ne répondait pas à ses appels.

En 1878, à l’exposition du centenaire de Philadelphie, l’inventeur avait exposé son appareil, et personne ne daignait y prêter attention. Le public défilait sans s’arrêter devant le stand du pauvre savant. Les membres du jury eux-mêmes étaient passés sans s’arrêter. Pendant des semaines, on vit le malheureux inventeur assis, triste et solitaire, devant la petite table qui supportait son merveilleux appareil, dédaigné de tous.

Or, un jour, l’empereur du Brésil, Dom Pedro, vint visiter l’exposition : il s’approcha de Graham Bell, qu’il avait connu professeur de physique dans un collège de Rio-de-Janeiro, et lui demanda quelques explications sur sa découverte. Un fil allait d’un mur à l’autre, traversait tout le hall. L’empereur prit le récepteur, tandis qu’à l’autre bout, Graham Bell se penchait sur le transmetteur. Et soudain, Dom Pedro releva la tête, frappé de stupeur :

— Mais il parle !… il parle !… s’écria-t-il.

Les visiteurs accoururent. On félicita Graham Bell. Le lendemain, les journaux étaient pleins de détails sur la nouvelle invention.

Et c’est ainsi que fut lancé le téléphone en Amérique.

Aujourd’hui, la plus grande compagnie téléphonique américaine, qui comporte plus de dix millions de postes, porte le nom de Graham Bell, et ce nom est illustre dans l’univers entier. Par contre, dans les pays d’Europe, jusqu’à présent, tout le monde ignorait Johann Philipp Reis, le petit instituteur hessois qui, dès l’année 1860, avait réalisé le téléphone. Et chez nous, je gagerais qu’il n’y a pas un Français sur cent mille qui connaisse seulement le nom de Charles Bourseul.

Les grandes inventions modernes sont, en général, des œuvres collectives. Elles doivent presque toutes quelque chose aux savants, aux ingénieurs des pays les plus divers. Il en résulte que, dans chacun de ces pays, on ne connaît (et encore quand on le connaît) que le nom de l’inventeur national, et l’on ignore celui des inventeurs étrangers qui ont collaboré à la même œuvre.

Il serait temps de remédier à cela. On charge aujourd’hui l’assemblée de Genève des besognes les plus diverses. Or, voilà un problème qui semble de son ressort. Pourquoi ne réunirait-elle pas un aéropage de savants choisis dans tous les corps scientifiques d’Europe et d’Amérique, et ne le chargerait-elle pas d’établir l’histoire précise des grandes inventions en fixant exactement la part qui revient à chacun des inventeurs qui y ont contribué ?

Un tel travail montrerait que ce sont les Français qui ont la part la plus considérable dans la mise au point définitive de tous les grands progrès d’à-présent.

Ernest Laut. « Le Monde illustré. » Paris, 1934.

Le « Club des anciens vendeurs de journaux »

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Et voici quelque chose de « très américain » : le « Club des anciens vendeurs de journaux ». Il est notoire que la haute tradition américaine exige que tout millionnaire ait commencé par être crieur de journaux.

Aussi, les membres de ce club sont-ils recrutés parmi ceux qui, ayant à un certain moment de leur vie exercé cette profession peu lucrative, n’en sont pas moins arrivés à posséder au minimum un million de dollars. Le premier président d’honneur du Club fut Edison. Tous les ans, le jour anniversaire de la fête de l’indépendance, un banquet réunit les membres, chaque fois dans une ville différente. A table, ils échangent leurs souvenirs. Le lendemain, une cérémonie bizarre a lieu. Les millionnaires, gens respectables par définition, revêtent leurs anciennes défroques, coiffent leur vieille casquette, et à la queue-leu-leu se dirigent vers l’imprimerie du plus grand journal local. Chargés de journaux, ils s’égaillent à travers la ville en criant à tue-tête les titres d’articles sensationnels, tout comme ils l’ont fait dans leur lointaine jeunesse.

Ayant ainsi repris pour un jour leur métier, au grand étonnement des passants ignorants, et à la joie des initiés, ils se réunissent le soir dans le restaurant le plus chic et mettent en commun leur « recette ».

Chacun y ajoute mille dollars, et la somme ainsi constituée est employée pour des buts de bienfaisance.

« Le Monde illustré. » Paris, 1936.

L’inventeur du phonographe

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invention-phonographe1Est-ce vraiment Edison ? Non, puisque le génial Américain prit son brevet le 19 décembre 1877, alors que, huit mois auparavant, Charles Cros avait déposé, sur le bureau de l’Académie des Sciences, un pli cacheté qui ne fut ouvert que le 3 décembre de la même année et qui contenait la description exacte et complète de ce merveilleux appareil.

Mais Charles Cros lui-même avait été devancé, si l’on peut dire, par Théophile Gautier, qui, en 1847, envisageait la possibilité de conserver les modulations de la sonorité. Et Théophile Gantier n’était pas encore le premier ! Ouvrez les oeuvres de Savinien Cyrano de Bergerac, telles qu’elles nous ont été restituées par l’éditeur Maurice Bauche. Un paragraphe de L’Autre Monde ou Histoire Comique des Etats et Empires de la Lune dit expressément :

« A l’ouverture de la boîte, je trouvai, dans un je ne sais quoi de métail presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quelques petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un Livre, à la vérité; mais c’est un Livre miraculeux, qui n’a ni feuillets, ni caractères; enfin, c’est un Livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles; on n’a besoin que des oreilles. Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec grande quantité, toutes sortes de petits nerfs, cette machine; puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter et, au même temps, il en sort, comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands Lunaires, à l’expression du langage … »

Ne sont-elles pas merveilleuses, ces lignes tracées dans la première moitié du dix-septième siècle ? N’y a-t-il pas là le phonographe en germe? Qu’elle ait pour père Cros, Gautier ou Cyrano de Bergerac, la machine parlante est certainement française; ce qui ne diminue en rien les mérites d’Edison, le grand réalisateur.

Les Annales politiques et littéraires.  Adolphe Brisson, Paris, 1927.