Edmond Rostand

Le calembouriste

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marquis-bievreBien avant Willy et M. Edmond Rostand, l’art du calembour compta en France des pratiquants qui surent conquérir la notoriété. Le « Tout Paris » du Gaulois nous restitue la plaisante figure du marquis de Bièvre, mousquetaire dont les mots avaient grand succès dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Bièvre fit imprimer, en mars 1770, une Lettre écrite à Mme la comtesse Tation, par le sieur de Bois-Flotté, étudiant en droit-fil, ouvrage traduit de l’anglais. Toute la brochure est rédigée dans le même style que le titre. Il y était question de la mort de « l’abbé Quille », qui naguère avait fait « faire » par son tailleur de pierre, un habit de velours à ramages de rossignol, brodé en argent comptant, avec des revers de fortune.

Il voulut aussi aborder le théâtre et ce ne fut pas sa faute si aucun directeur, nulle troupe de comédiens ne se sentit le courage de représenter sa pseudo-tragédie : Vercingétorixe (sic), œuvre posthume du sieur de Bois-Flotté. Vercingétorix y parle ainsi à ses officiers généraux :

Il faut de nos malheurs rompre le cours-la-reine;
Amis, vous dont l’esprit est plus mur
mitoyen,
Donnez-moi des conseils dignes d’un citoyen :
… Il plut à
verse aux dieux de m’enlever des biens.
Hélas, sans eux
brouillés que peuvent les humains ?

L’héroïne, Sylvie, voyant dresser la table d’un banquet où doivent être servis aux convives les restes de son infortuné frère, s’écrie :

Une secrète horreur me glace au chocolat !

Trouvez-vous que cela a beaucoup changé depuis ces temps reculés ?

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1910.

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Un auteur sûr de lui 

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Au cours de la représentation gratuite de Cyrano, M. Edmond Rostand, touché de l’ovation que lui fit le public, voulut témoigner d’une manière tangible sa  satisfaction. 

Il envoya chercher toutes les oranges qu’on pût trouver, et les fit distribuer aux spectateurs.

Voilà un geste qui, pour d’autres auteurs, risquerait dangereusement d’entraîner au jeu de massacre. 

Photo : Daniel Sorano. « Cyrano de Bergerac. » Claude Barma, 1960.

La villa

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Après le théâtre, Edmond Rostand a une prédilection très marquée pour sa retraite de Cambo. C’est ainsi qu’il a dépensé, pour la villa Arnaga, une petite fortune.

Tout d’abord, il a un jardin reproduisant le Petit Trianon, et un jardinier spécialement chargé de l’entretenir. Une autre partie de sa propriété fut dessinée en parc anglais, tel un joli cottage de « Brighton ». Comme ses terrains sont situés sur une hauteur, il a fait capter une source à plus de douze kilomètres.

Ces poètes font des merveilles!…

Un acteur prestigieux

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Personne n’ignore combien Edmond Rostand est un diseur merveilleux. Coquelin a mille fois déclaré que l’auteur de Cyrano, s’il l’avait voulu, eût fait un acteur admirable en plus d’un auteur exquis.

Ce que l’on sait moins, c’est que des offres princières lui ont été faites pour qu’il jouât en public. Ceci se passait à Marseille, où Rostand avait tenu à interpréter lui-même le principal rôle des Romanesques. A la fin de la représentation, pendant que le public acclamait chaleureusement son brillant compatriote, un imprésario anglais se présenta dans la loge de Rostand.

 Monsieur, lui dit l’imprésario, ignorant complètement  la personnalité de son interlocuteur, je viens vous offrir deux cents francs par soirée, pour une série de représentations à Londres.
— Mais, dit en souriant le poète, je suis M. Rostand lui-même.
— Aoh! dit flegmatiquement l’Anglais, vous êtes monsieur Rostand, très bien. Alors, ce sera quatre cents francs !

Aujourd’hui, combien lui offrirait-on ?

« Les Annales politiques et littéraires. »Paris, 1910.

Le monocle d’Edmond

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Un soir, chez Maxim’s. Belles de nuit, tommies bien savonnés, cohue bleu-horizon, cocktails, quelques smokings. L’heure du couvre-feu sonne. Glissant sur les moquettes, Edmond Rostand se dirige vers la sortie du bar, qui est étroite et encombrée. Derrière lui, une suite d’éphèbes équivoques et d’élégantes…

Parfois le poète se retourne et leur jette un regard fascinateur à travers son monocle : un monocle ineffable, jalousé par Henri de Régnier lui-même, et qui eût fait pleurer des larmes de résine au campinois Georges Virrès…

Soudain, un étourdi fait un faux pas. Bousculade. Le monocle choit, se brise… Aussitôt, gérant, larbins, chasseurs se précipitent, balbutient des excuses, se vautrent à quatre pattes, ramassent avidement les morceaux de cristal épars…

Des reliques du Maître, songez-y.

Rostand, drapé dans sa cape de soirée, contemplait sans sourciller. Tout à coup, il porte la main, à la poche de son gilet… Il en extirpe trois autres monocles, s’en réajuste un sous l’arcade, et se tournant vers la valetaille :

« Voici pour vous, mes amis« , dit-il majestueusement.

Et il distribue à ses adulateurs les deux autres carreaux de vitre, en souvenir.

« La Revue sincère. » Bruxelles, 1923.