Edouard VII

Edouard le magnifique

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edouard-VIIJe ne puis m’empêcher d’admirer le soin respectueux avec lequel les journaux anglais s’empressent d’enregistrer toutes les excentricités du prince de Galles.

Un jour, l’héritier du Royaume-Uni se fait recevoir membre du « compagnonnage des garçons chapeliers ». Son Altesse reçoit un diplôme qui lui donne le droit de fabriquer des castors, des gibus et des casquettes. Les feuilles de Londres annoncent l’événement à l’univers entier, et trouvent l’idée adorable. 

Une autre fois, Monseigneur fait une visite à la caserne des pompiers de sa future capitale, et, pour s’en retourner, l’envie lui prend de faire atteler un des engins qu’il trouve dans la cour. De sorte que le promeneur matinal du Strand peut jouir du spectacle grandiose d’un prince de Galles rentrant chez lui à cheval, sur une pompe à incendies. 

Les feuilles de Londres saisissent leurs trompettes de plus belle, et déclarent l’imagination sublime.

« Le Passe-temps. » Caen, 1864.

Le tueur de rats

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jack-blackParmi les moins connus peut-être, mais à coup sûr les plus étranges fonctionnaires attachés, de près ou de loin, à la cour du roi Edouard VII, il faut citer Jack Black, le tueur de rats de Sa Majesté britannique.  

Ne riez pas, car c’est tout à fait sérieux. Ce personnage, que l’on croirait sorti de l’imagination d’un conteur du moyen âge, existe bel et bien à Londres, non loin de Euston Station, et, sur la vitre de sa devanture, s’étalent les armoiries du roi d’Angleterre. En outre, si vous pénétriez dans son magasin, vous y verriez un grand tableau représentant Jack Black en costume de cour, avec la ceinture de cuir traditionnelle, ornée du monogramme royal, les bottes à l’écuyère et le « huit reflets » le plus  impeccable. 

Le tueur des rats d’Edouard VII est chargé de purger de tous les animaux nuisibles, quels qu’ils soient, des neuf palais de la couronne. Il les attrape, parait-il, avec ses mains, sans jamais se faire mordre, et possède, pour dénicher les rongeurs, un flair exceptionnel. 

On les lui paye au taux de 5 shillings la douzaine environ. Chaque jour de chasse, il a une moyenne de 150 à 200 pièces au tableau. 

« Les Nouvelles de Blida. »  1901 

Le roi et le provençal

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Voici une anecdote d’une saveur bien provençale, à propos de l’inauguration du monument du roi Edouard VII à Cannes.

En compagnie de son aide de camp, sir Seymour Fortescue, le roi visitait en automobile les environs d’Aix. Soudain, une pluie diluvienne se mit à tomber et obligea les voyageurs à se réfugier dans une auberge du Tholonet, tenue par un certain Thomé.

L’aubergiste était absent. Sa femme servit le souverain, sans se douter le moins du monde de l’illustre qualité de son hôte. Or, bientôt le brave Thomé rentra paisiblement au logis en tirant de grosses bouffées de sa pipe.

Vilain temps, s’écria-t-il dans son dialecte provençal, et dire qu’il y a des gens qui vont en automobile par cette pluie !

Puis, apercevant le roi assis dans un coin de la salle, il s’exclama :

— Té Gavary Que fas aqui ? Sies beu comme un astre !

Il avait pris Edouard VII pour un de ses amis endimanché. Sir Seymour Fortescue le rappela au sentiment de la réalité. et des convenances : 

 Taisez-vous lui dit-il à voix basse, vous parlez au roi d’Angleterre.
— Moun Diou de que m’arribo !
s’écria Thomé.

Et, depuis, l’aubergiste du Tholonet montre avec fierté la chaise de paille sur laquelle s’était assis Edouard VII, ainsi que le verre grossier qui avait touché ses lèvres royales.

« La Croix. » Paris, 1912.

Il ne s’est rien passé dans la nuit du 4 août

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Alors que la nuit du 4 août 1789 vit l’abolition des privilèges, celle du 4 août 1936 ne vit rien se produire de sensationnel. Bien que les comètes aient « mauvais œil », du moins selon les croyances populaires, celle du 4 août 1936 est passée impunément tout près de la Terre, à peine à 26 millions de kilomètres. A la vérité, personne, cette fois, n’eut peur, et l’époque n’est plus où les comètes étaient considérées comme de sinistres présages de cataclysmes, de morts subites de personnages illustres, d’épidémies, de guerre, et même de la fin du monde !

Donc, cette comète Peltier, ainsi nommée du nom de l’astronome amateur américain qui l’a retrouvée et signalée au début de cette année, ne nous a apporté aucune des catastrophes redoutées. A moins qu’on ne lui attribue la guerre civile d’Espagne, ou le triste été que nous subissons. Le 8 juillet, elle est passée à son périhélie, c’est-à-dire au point de son parcours le plus rapproché du soleil, et l’autre nuit, celle du 4 août, elle était donc à sa plus courte distance de notre monde, c’est-à-dire qu’à part la lune elle était l’astre le plus rapproché de nous. On ne l’avait pas vue depuis Clovis, ce qui n’est rien d’ailleurs à côté de sa révolution autour du soleil qui dure quarante-cinq siècles !

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En tous cas, sa queue n’a pas balayé la Terre ! Les humains ont eu moins peur qu’en 1910, où l’idée de la fin du monde s’était terriblement ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Une inquiétude singulière s’était manifestée, surtout en Hongrie, où plusieurs personnes mirent fin à leurs jours pour ne plus vivre dans l’angoisse.

« Je me suicide avant d’être tué, écrivait un Hongrois, je crains la mort apportée par un astre !« 

La panique fut d’ailleurs telle en Hongrie, que les instituteurs et les prêtres durent multiplier les conférences pour rassurer le peuple. Beaucoup pour faire bombance jusqu’à leur dernière heure, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, tant ils étaient certains de mourir le 18 mai, jour où le phénomène se manifesta. D’autres se jetèrent dans des puits, non sans avoir la précaution d’enfouir dans leurs poches, tout leur argent. Près de Trèves, en Allemagne, une mère devenue folle de terreur, noya son bébé, tandis qu’à Moscou les trois quarts des gens semblaient avoir été gagnés par la folie. Une grande dame jugea bon de s’adonner à l’alcoolisme pour ne rien « ressentir ». A Odessa des prières eurent lieu dans toutes les églises, pour supplier le ciel d’épargner le cataclysme à la Russie.

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C’était la fameuse comète de Halley, visible tous les 76 ans. qui avait provoqué une telle alarme, et qui, d’après certains, annonça la mort du roi d’Angleterre Edouard VII.

La première fois qu’on l’observa, ce fut en 837. Lorsqu’elle apparut dans le ciel. l’Empereur Louis le Débonnaire, affolé, appela son « astronome » qui lui annonça un changement de règne et la mort prochaine d’un prince. Le fils de Charlemagne, qui en avait conclu que sa propre vie était en jeu se livra à la prière et au jeûne. Il devait mourir trois ans plus tard.

Ce fut la même comète qui se manifesta en 1066, lors du débarquement des Normands en Angleterre. Les chroniqueurs prétendirent qu’elle servit de guide aux envahisseurs. A Bayeux, on voit une tapisserie attribuée à la femme de Guillaume le Conquérant où est représenté le roi Harold entouré de ses sujets tournant les yeux vers le ciel et levant les bras vers l’étoile fatale annonçant la bataille d’Hastings.

En 1264, la terreur provoquée par la comète ne contribua pas peu à la mort du pape Urbain IV et en 1456 le pape Calixte III lança l’anathème sur la comète et les Turcs ennemis de la Chrétienté qui assiégeaient Belgrade. Le pontife avait prescrit des prières spéciales, et c’est de cette époque que date l’Angélus de Midi.

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« Voilà mes destinées qui m’appellent ! » s’était écrié Charles Quint en 1531. lorsque la comète qu’Halley devait si bien observer plus tard se signala à nouveau. Celui qu’on put un moment considérer comme le maître du monde abdiqua, et ayant pris la bure monacale pour remplacer sa pourpre impériale, il se retira au monastère de Yuste.

Au printemps de 1773, le bruit s’était répandu qu’une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, la heurter, et infailliblement la broyer. L’alarme fut vive, notamment à Paris bien que l’astronome Lalande s’efforçât de rassurer la population et malgré les railleries de Voltaire dont on se rappelle la strophe :

Comète que l’on craint à l’égal du tonnerre,
Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre
Dans un ellipse immense achevez votre cours.
Remontez, descendez près de l’astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et revenant, sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Déjà Molière par la bouche de Trissotin n’avait-il pas évoqué la frayeur qui causaient les terribles nébuleuses :

Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle !
Un monde près de nous a passé tout au long
Et chu au travers de notre tourbillon,
Et s’il eut en chemin rencontré notre Terre
Elle eut été brisée en morceaux comme verre !

Presque toujours l’annonce de ces phénomènes célestes jetait les peureux dans les monastères ou les poussaient à léguer leurs fortunes aux moines.

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Comme une humble servante, Catherine de Médicis allait consulter l’astrologue Ruggieri sur l’influence que les astres voyageurs pouvaient exercer sur l’avenir de ses fils.

Cependant, « les Filles de l’espace » sont quelquefois bienveillantes : la comète de 1811 coïncida avec de merveilleuses récoltes et surtout des vendanges prodigieuses.

H. Cossira.« Le Monde illustré. » juin 1936.

Charmante vulgarité

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Même la vulgarité, assaisonnée d’un zeste d’insolence et de séduction, peut avoir du charme.

Un soir, au bal des Champs-Elysées, le prince de Galles, le futur roi Edouard VII, est là, dans la salle, bouche bée et le regard fixe. La Goulue le reconnaît, le fixe, poings aux hanches, et lance :

Eh Galles ! Tu payes l’champagne ? C’est toi qu’invites ou c’est ta mère qui régale ?…

La réplique du Prince deviendra célèbre :

Mademoiselle La Goulue, vous êtes l’esprit parisien perché sur de bien jolies jambes !

Clarisse Nicoïdski. »La bible de l’humour féminin(iste). » Ramsay, Paris, 1996.

L’hôte de Paris

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edouard-VIILa semaine dernière, l’hôte de Paris n’était pas seulement, comme vous pourriez vous l’imaginer, le roi Edouard VII, mais son chien très affectionné, un terrier irlandais, du nom de Jack, qu’un piqueur en livrée promenait aux Tuileries, où il voulut s’esbattre avec la liberté anglaise. 

Aussitôt, les gardes des Tuileries se précipitent pour le rappeler au respect des pelouses, et peut-être allait-on avoir un incident diplomatique, quand un agent de la Sûreté survint et annonça que c’était « le chien du roi ». Grande mortification, puis marques de respect des gardes des Tuileries. Et Jack s’esbattit en liberté.

Mais quelques instants plus tard il engageait une partie d’entente cordiale avec le petit chien d’une vieille dame, à qui la chose ne convint pas, et qui appliqua à Jack un solide coup de parapluie. Vainement alors, l’agent de la Sûreté essaya de faire respecter le chien du roi.

Tant pis, cela m’est bien égal ! répliqua la vieille dame, en redoublant les coups.

Et Jack apprit qu’à Paris les chiens de roi ne sont que des chiens comme les autres.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.