Eglise

Le Vatican à la page

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Les gens qui seraient portés à croire que l’Eglise retarde n’ont qu’à lire ce qui suit. On verra que le chef de la chrétienté est « dans le mouvement » et qu’il ne dédaigne aucune des conquêtes de la science, pas même celles qui jadis eussent fait rôtir leur auteur pour magie, sorcellerie et pacte avec Satan. 

Il est question d’éclairer le Vatican à la lumière électrique ! Il y a déjà au Vatican un très bel ascenseur. On y a installé également le téléphone. Un appareil fonctionne dans la chambre du Pape, ou plutôt dans un petit cabinet attenant, qui est tendu de rouge. Il est vrai que Léon XIII téléphone bien rarement. Il l’a fait, pourtant, dans les cas urgents, comme, par exemple, le jour où le P. Cornoldi, qui lui rendait visite, se trouva mal subitement. Le Pape courut à son appareil téléphonique pour avertir lui-même les jésuites. Et la Compagnie put ainsi envoyer chercher sans retard le malade. Mais, généralement, c’est le fidèle Centra qui téléphone pour le Pape. Parfois, aussi, ce sont ses neveux. 

Il y a au Vatican un bureau central, dans le poste des pompiers, on peut ainsi être mis en communication avec une vingtaine de personnes di primo cartello : le Pape, le secrétaire d’Etat, etc. Quand, de la ville, on veut téléphoner, par exemple, au cardinal Rampolla, on s’adresse au bureau de Rome, qui vous met en. communication avec le bureau du Vatican, et c’est celui-ci qui vous permet de correspondre avec le secrétaire d’Etat. Ce n’est qu’après la mort du cardinal Jacobini que l’on a pu établir au Vatican le téléphone, dont il était l’adversaire résolu, craignant que le Pape, qui l’appelait déjà assez fréquemment, ne s’en servît pour le déranger trop souvent… et l’empêcher de faire sa petite promenade.

« La Joie de la maison. »  Paris, 1892.
Dessin de Bénédicte.

Un mariage par surprise

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Un événement, qui occupe vivement la la haute société de Madrid, s’est produit dimanche dernier, dans l’église de la Conception.

Au moment où le prêtre officiant quittait l’autel, deux jeunes gens se jetèrent à ses pieds en se déclarant réciproquement :

— Je t’aime et je consens à t’épouser.

Le jeune homme est un tout petit employé de la Cour des Comptes, Juan Milla, et la  jeune fille s’appelle Josefa Ramirez de Arrellano y Moyano, fille de la richissime marquise de la Fuensenta del Balle. Les jeunes amoureux étaient accompagnés du comte de Jover, du major Estrada et du dessinateur Antunez. Ces mariages, qu’on appelle matrimonios  por sorprisa (mariages par surprise) sont fréquents en Espagne. On les lient pour valables devant l’église.

En tout cas, celui qui nous occupe sera un régularisé : touchée par tant d’amour, la marquise, qui jusqu’à présent s’était obstinément refusée à donner son consentement, vient d’autoriser sa fille à s’unir au roturier Juan Milla.

 « Arcachon-journal » 1899.
Peinture de Antonio López García.

Intermède comique

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Le citoyen Lisbonne  vient  agrémenter d’un intermède comique la période électorale.Voici la proclamation qu’il a fait afficher dans Paris.

Élection législative du 27 janvier 1889.

Citoyens, électeurs de la Seine. Un grand nombre d’électeurs m’offrent la candidature à la Chambre des députés. J’accepte.

Criblé de dettes, dont l’origine remonte à 1865, où j’étais directeur du théâtre des Folies-Saint-Antoine, et comme je suis honnête, je ne puis être élu qu’à une condition : Désintéresser mes créanciers, qui sont au nombre de 1793. Je n’invoque pas la prescription !!!

Mon programme, si j’étais élu, vous le connaissez : Suppression de la Présidence, du Sénat et de la Chambre, étant prouvé que, pendant les vacances, on n’est jamais plus tranquille.

Suppression du budget des cultes, liberté de réunion et d’associations ouvrières, séparation de l’Église et de l’État.

Pour arriver à siéger à la Chambre, il faut que je désintéresse mes créanciers. Je fais donc appel à un terre-neuve financier qui voudra bien me débarrasser des huissiers, notaires et hommes d’affaires, qui me tombent sur le dos chaque fois que j’entreprends une direction ou une industrie quelconque.

Je ne suis pas gourmand. Le citoyen financier assez patriote pour mettre seulement CENT MILLE FRANCS à ma disposition aura bien mérité de la patrie et de mes créanciers. 

Si je suis élu ? Je remplirai fidèlement mon devoir.

Au cas d’un échec, 1793 créanciers, réunis dans un banquet dont mon sauveteur financier sera président de droit, porteront des toasts à l’infini au Manteau bleu politique qui les aura payés beaucoup plus tôt que je n’aurais pu le faire. Il remportera à la sortie leurs bénédictions accompagnées de toutes celles des officiers ministériels de Paris, de la France et de l’étranger.

Vive la République!
Salut et fraternité.

Colonel Lisbonne,
Ex-forçat de la Commune et directeur
des Frites révolutionnaires.

« Gazette littéraire. » Paris, 1889.

Le Suisse de Sainte-Marguerite

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A la neuvième chambre, le Mercredi Saint, que voulait donc la bonne femme au curé ? Hé ! hé ! les promesses de M. Loubet sont tenues : Nous ferons respecter les gens d’église, si on les attaque, et nous les réprimanderons s’ils injurient le gouvernement, a voulu dire le président du conseil, lorsqu’à la Chambre on lui a posé les désagréables questions relatives aux enjuponnés.

Pour faire compensation à la retenue de solde infligée à Narcisse, on vient de prélever sur le maigre salaire d’une pauvre ouvrière parisienne, mère de famille, la, somme de 36 francs doublée d’un procès ! La neuvième chambre, présidée par M. de Boislisle, a, dans son audience du mercredi saint, condamné la prévenue à 25 francs d’amende, pour avoir fait du scandale dans un édifice consacré au culte, à 11 francs d’amende pour avoir égratigné le nez du suisse, et aux dépens du procès.

La chose vaut la peine d’être contée, ne servirait-elle qu’à ouvrir une souscription pour offrir à la pauvre ouvrière une compensation à la peine dont on la frappe.

A l’appel de la cause s’avance à la barre une petite femme maigriotte, un enfant sur les bras.

— Votre âge ?
— Vingt-cinq ans.
— Votre profession ?
— Mécanicienne.
— Vous êtes prévenue d’avoir un soir, vers six heures, fait du scandale dans l’église Sainte-Marguerite, d’avoir injurié le suisse, de l’avoir battu, qu’avez-vous à répondre ?
— Monsieur, j’avais pour des raisons particulières et personnelles à parler à M. le curé.
— Pour lui demander un secours, peut-être ?
— Non, monsieur, je n’ai pas à lui demander cela, c’est d’autre choses qui n’intéressent en rien les étrangers, c’est une affaire personnelle.

Ici, la voix de l’inculpée devient inintelligible. On entend seulement: « Mais m’ayant quittée, à cause du curé… »

Le président l’interrompt pour donner la parole au témoin, un grand diable de suisse qui raconte que cette petite femme est venue pour demander M. le curé à la sacristie, que M. le curé avait dit qu’il ne recevait que le matin, la petite femme a cri » : « Je veux le voir, j’ai à lui parler, il m’attend, et tu ne m’empêcheras pas de passer ! » Et alors elle s’est jetée contre ce colosse, l’a battu. Le colosse a appelé au secours et le sacristain est allé cherché deux agents qui ont conduit la petite femme au poste, et voilà.

On rit, dans l’auditoire, de ce colosse molesté par, cette petite femme. Lorsque la condamnation est prononcée on se demande ce que le curé et son suisse y ont gagné. Pas grand-chose, mais l’Eglise ne pourra plus se plaindre que le bras séculier ne lui prête un tutélaire appui.

« L’Indépendant de Mascara. »  Mascara, 1892.

Origine des oeufs de Pâques

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L’historien Ælius Lampridius dit que le jour de la naissance de Marc-Aurèle Sévère, une des poules de la mère de ce prince avait pondu un œuf dont la coquille était couverte presque entièrement de taches rougeâtres. Cette princesse fut frappée de cette particularité, et elle s’empressa d’aller en demander la signification à un devin renommé.

Celui-ci, après avoir examiné la coquille de l’œuf, répondit que cette nuance annonçait que l’enfant nouveau-né serait un jour empereur des Romains. Pour ne pas exposer son fils à des persécutions, la mère garda son secret jusqu’en 224, année dans laquelle Marc-Aurèle fut proclamé empereur.

Depuis ce moment, les Romains contractèrent l’habitude de s’offrir des œufs dont la coquille était revêtue de différentes couleurs, comme souhait d’une bonne fortune.

Les chrétiens sanctifièrent cette coutume et y attachèrent une pensée de foi. En distribuant des œufs dans le temps pascal, ils se souhaitaient mutuellement une royauté, celle de triompher de leurs penchants, et, à l’exemple de Jésus-Christ, de régner sur le monde et sur le péché. Les œufs de Pâques avaient donc pour but de rappeler à ceux auxquels ils étaient offerts, que, comme Marc-Aurèle, ils étaient appelés à régner, et que, dès lors, ils devaient s’y préparer.

Le jour de Pâques, à la cathédrale d’Angers, deux ecclésiastiques sous le nom de corbeilliers se rendaient après Matines à la sacristie, prenaient l’amict sur la tête, la barrette sur l’amict, se revêtaient de l’aube, de gants brodés, de la ceinture et de la dalmatique blanches, puis sans manipule et sans étole , ils se dirigeaient vers le tombeau. Là chacun d’eux prenait un bassin, sur lequel reposait un œuf d’autruche, couvert d’étoffe blanche, puis se rendait au trône de l’évêque. Le plus âgé des deux s’approchait de l’oreille droite de l’évêque, et en lui présentant le bassin contenant l’œuf d’autruche, disait tout bas, d’un air mystérieux : Surrexit Dominus, alleluia ! Le Seigneur est ressuscité, alléluia ! L’évêque répondait : Deo gratias, alléluia ! Grâces à Dieu, alleluia ! Le deuxième  faisait la même chose du côté gauche. Puis, chacun d’eux parcourait tous les rangs des ecclésiastiques, l’un à droite, l’autre à gauche, en commençant par les plus dignes, répétant la même parole et recevant la même réponse. Les œufs étaient ensuite reportés à la sacristie sur les bassins.

Ces œufs annonçaient la royauté de Jésus-Christ, le commencement de son règne fondé sur sa résurrection. L’œuf de l’autruche avait paru symboliser plus qu’aucun autre la résurrection spontanée de Jésus-Christ, puisque, abandonné à lui-même, il éclot sous l’influence seule du climat brûlant des déserts. Le petit, pour sortir vivant de la coquille qui le retient captif, n’a besoin du secours ni de son père, ni de sa mère, mais il sort triomphant par sa propre puissance.

Dans un certain nombre d’églises, on remarque des œufs d’autruche suspendus devant l’autel principal, comme souvenir de la résurrection de Jésus-Christ, base et fondement de la religion catholique. Dans quelques autres, les œufs d’autruche remplacent le gland placé ordinairement au-dessous de la lampe qui brûle jour et nuit devant le Saint-Sacrement, touchant symbole de ces paroles : « Christus surrexit,jam non moritur. Le Christ est ressuscité, il ne meurt plus, et il répand la lumière, l’onction et la force maintenant et dans les siècles des siècles. »

« Les Veillées chrétiennes.L’abbé Vincelot, Essais étymologiques sur l’ornithologie. » Paris, 1865.

Cordiale rivalité

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On a beaucoup exagéré la rivalité entre Michel-Ange et Raphaël, comme le démontre entre autres l’anecdote rapportée par Cinelli à propos des fresques de la Pace.

Raphaël d’Urbin avait peint pour Agostino Chigi à Santa Maria della Pace quelques prophètes et quelques sibylles sur lesquels il avait reçu un à-compte de 500 écus. Un jour il réclama du caissier d’Agostino le complément de la somme à laquelle il estimait son travail. Le caissier, s’étonnant de cette demande et pensant que la somme déjà payée était suffisante, ne répondit point.

Faites estimer le travail par un expert, dit Raphaël, et vous verrez combien ma réclamation est modérée. 

Giulio Borghesi (c’était le nom du caissier) songea tout de suite à Michel-Ange pour cette expertise, et le pria de se rendre à l’église et d’estimer les figures de Raphaël. Peut-être supposait-il que l’amour-propre, la rivalité, la jalousie, porteraient le Florentin à amoindrir le prix de ces peintures. Michel-Ange alla donc, accompagné du caissier, à Santa Maria della Pace, et, comme il contemplait la fresque sans mot dire. Borghesi l’interpella.  

Cette tête, répondit Michel-Ange, en indiquant du doigt une des sibylles, cette tête vaut cent écus !

Et les autres ? demanda le caissier.

Les autres valent autant.

Cette scène avait eu des témoins qui la rapportèrent à Chigi. Il se fit raconter tout en détail, et, commandant d’ajouter aux 500 écus pour cinq têtes 100 écus pour chacune des autres, il dit à son caissier :

Va remettre cela à Raphaël en paiement de ses têtes, et comporte-toi galamment avec lui, afin qu’il soit satisfait, car s’il voulait encore me faire payer les draperies, nous serions probablement ruinés.

« Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël. » Charles Clément, Paris, 1861.

Cola de communion

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pretre.Extrait d’une lettre adressée par le Révérend R. H. Rice, de l’Eglise libérale de Denvers, à une fabrique de Coca-cola, boisson rafraîchissante : 

Monsieur le directeur,

A cette époque de prohibition, vous avez entendu dire qu’en de nombreuses églises on a remplacé le vin de communion par de l’extrait de grappes non fermenté. Nous sommes fiers d’être les premiers à faire usage du coca-cola.

Dimanche dernier, pendant la communion, une grande bannière portant le nom  Coca-Cola fut déployée.

La pureté. la qualité et le goût excellent de votre breuvage justifient l’usage que nous en faisons, et nous espérons que beaucoup d’autres congrégations suivront notre exemple.

« Mercure de France. »  Paris, 1927.
Illustration : montage personnel.