élégance

Le langage de la mouche

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.mouche

la « mouche » tente un retour offensif : depuis quelques semaines, la plupart des artistes qui « font » la mode ou qui la suivent jalousement, arborent ce nævus artificiel, à la scène et même à la ville, au coin de la lèvre, dans le sillon du sourire, ou à la commissure des paupières. 

La « mouche » qui était, au XVIIIe siècle, l’attribut le plus indispensable de la séduction féminine et qui avait, depuis bien longtemps, rejoint dans les oubliettes de la mode, les paniers, les perruques et tout l’attirail de l’élégance des contemporaines de Watteau. A ce propos, il est amusant de rappeler que le XVIIIe siècle, d’une galanterie si ingénieuse, avait créé le « langage des mouches ».

Selon la place où elle était posée sur le visage la mouche avait telle ou telle signification : au coin de l’oeil, elle était affectueuse. Au milieu du front, majestueuse. Dans la fossette du rire, enjouée. Au milieu de la joue, aimable. Sur les lèvres, coquette. Au-dessous de la lèvre inférieure, discrète.

Flossie. Paris, 1er janvier 1910.

Les premiers fards romains

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Antoine-Watteau

Ce n’est certes pas dans les premiers siècles de la République romaine que l’on trouve l’usage des fards : les femmes partageaient les vertus héroïques et les moeurs sévères de leurs maris et ignoraient tout artifice de toilette. Mais quand, par la conquête du monde, ils introduisirent chez eux la richesse, les Romains y ramenèrent en même temps le luxe et la coquetterie, comme plus tard, les croisés de retour d’Orient, devaient rapporter en  Europe l’élégance musulmane.

Bref, c’est à cette époque que les Romaines commencèrent à se farder, mais d’un fard qui était fort grossier, car ce n’était pas autre chose que de la terre de Chio ou de Samos délayée dans du vinaigre. Puis les Romaines firent usage du blanc de plomb, quoiqu’elles connussent déjà ses inconvénients. quant aux fards rouge, on les tirait des végétaux ou de la dépouille des animaux.

Ce qui était encore plus grossier, c’est la façon dont on appliquait le fard sur la figure. L’esclave chargée de farder sa maîtresse devait mélanger le fard avec sa salive, ainsi qu’un auteur latin l’explique en détail :

« L’esclave, avant de commencer l’importante opération, souffle sur un miroir de métal et le présente à sa maîtresse. Celle-ci sent à l’odeur si la salive est saine et parfumée. Elle sait ainsi si elle a mâché les pastilles qui lui sont ordonnées, parce que c’est avec sa salive que l’esclave doit broyer le fard et l’appliquer, afin de l’étendre également et de le fixer sur les joues de sa maîtresse. »

Brrr… On a heureusement fait quelques progrès depuis. Sans cela nos actrices refuseraient énergiquement de se farder.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.
Illustration : Antoine Watteau.

Le vertugadin

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vertugadin

Du train que va la mode et à en juger par l’appendice bouffant adapté au vêtement des femmes, on peut prédire l’avènement prochain du vertugadin. C’était un des plus ridicules ajustements de la toilette des femmes d’autrefois. Le vertugadin date du seizième siècle. Il avait été imaginé pour donner de l’élégance à la taille en arrondissant les hanches. Il est attribué aux Espagnoles, qui désignaient cet appareil sous le nom de gardien de la vertu, d’où l’on a fait : vertugadin.

Le vertugadin se développa à l’excès sous les règnes de Charles IX et Henri III. Ce fut une fièvre, une folie, qui résista aux édits et aux quolibets dont cette mode fut l’objet. Comme les bourgeoises ne se faisaient pas faute d’imiter les grandes dames de la cour, celles-ci ne trouvèrent d’autre moyen de se distinguer de la bourgeoisie que d’exagérer encore les dimensions de leurs jupes.

On lit dans un discours en vers sur la mode, publié en 1613 :

Et nos dames ne sont pas bien accommodées
Si leur vertugadin n’est large a dix coudées !

L’excès devint tel que les parlements se mirent en devoir de faire exécuter les édits royaux proscrivant l’usage de cette mode.Le parlement d’Aix en Provence se distingua surtout par la sévérité de ses arrêts. Il n’entendit pas, disent les chroniqueurs, que de tels correctifs déshonorassent la taille des belles Arlésiennes. Tout le beau sexe de Provence se conforma aux arrêts du parlement, si flatteurs pour lui. Le vertugadin fut mis de côté ou singulièrement amoindri.

Un seul cotillon se mit en rébellion contre la loi. Ce fut une demoiselle de Lacépède, qui fut citée à comparoir en personne devant la Cour pour port illégal de l’appareil bouffant. Ce fut une cause mémorable dans les fastes du parlement d’Aix. On en lit les détails curieux qui suivent dans une plaquette de l’époque :

« La dame s’avança jusqu’à la barre avec le corps même du délit, c’est-à-dire vêtue d’une robe démesurément vaste dans sa circonférence. Le tribunal fulminait déjà contre une pareille audace, lorsque d’un mot l’accusée fit tomber la colère de ces braves magistrats. Elle déclara sur l’honneur que cette exagération du vêtement que l’on incriminait et qu’on attribuait à l’emploi d’un objet étranger, n’était qu’un don de nature.

« Le ciel, dit-elle, m’a gratifiée d’un vertugadin contre lequel les édits et les arrêts ne peuvent rien.»

La question était délicate. Les juges pincèrent leurs lèvres pour ne pas rire, et se contentèrent de la déclaration de l’inculpée, sans exiger la preuve. Ce procès eut du retentissement et porta un coup sérieux au vertugadin. Les dames de la cour y renoncèrent et furent imitées de la ville et de la province.

Abandonnée pendant cent ans environ, cette parure fut remise à la mode sous le nom de panier vers le milieu du dix-huitième siècle.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

Voir également : https://gavroche60.com/2014/12/21/les-tresors-de-la-reine-margot/

Tact et délicatesse

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coupleUne vieille femme demandait à quelqu’un combien il lui donnait d’années:

— Vous en avez assez, lui répondit-il, sans que je vous en donne d’autres.