emprunt

Autres temps, autres moeurs

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egypte-antiqueLes Egyptiens pouvaient emprunter de fortes sommes en déposant le cadavre de leur père entre les mains de leur créancier. Néanmoins, ils se couvraient d’infamie s’ils ne retiraient pas au bout d’un certain temps ce gage vénéré. 

Au Moyen Age, on mettait sa moustache en dépôt, et l’on obtenait de l’or sur cette simple garantie. Honte jusqu’à la mort pour celui qui n’eût pas racheté sa moustache. 

Aujourd’hui il suffit de donner sa signature, c’est-à-dire de tracer quelques signes bizarres, et l’on est tout aussi engagé que l’étaient autrefois l’Egyptien, l’homme du Moyen Age. 

« Ma revue. » Paris, 1907.

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Emprunt

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surprise.

Le marquis de Favières, grand emprunteur et très connu pour ne jamais rendre, alla un jour chez le financier Samuel Bernard et lui dit :

Monsieur, je vais bien vous étonner. Je suis le marquis de Favières, je ne vous connais point, et je viens vous emprunter cinq cents louis.

Monsieur, lui répondit Bernard, je vous étonnerai bien davantage; je vous connais et je vais vous les prêter.

L’emprunteur

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automobile.

Les journaux signalent l’existence, dans la banlieue parisienne, d’un malfaisant individu qui commence à se faire non pas un nom (il demeure jusqu’ici anonyme) mais une sorte de notoriété dans une spécialité assez singulière.

Toutes, les fois qu’il en trouve l’occasion, ce bougre dérobe les voitures automobiles momentanément abandonnées par leur conducteur le long des trottoirs hors des lieux désignés comme parcs de stationnement. Ce n’est pas une nouveauté, dira-t-on, voici bien longtemps que les voleurs d’autos ont fait parler d’eux pour la première fois. D’accord, mais le voleur qui nous occupe a ceci de particulier qu’il n’est pas un véritable voleur, c’est en quelque manière un emprunteur. Lorsqu’il a cessé de se servir de la voiture dérobée, son plus grand plaisir est d’adresser au propriétaire, dont il a relevé le nom et l’adresse sur la plaque d’identité, Un petit mot ainsi conçu :

« Cher monsieur (ou chère madame s’il s’agit d’une dame), votre bagnole que vous croyez disparue à jamais, se trouve en tel endroit (ici le nom de quelque localité banlieusarde), Vous pourrez venir la chercher quand il vous plaira, je l’ai laissée en parfait état dans le terrain vague qui fait le coin de la rue Gambetta et de l’avenue de la Victoire. Recevez, cher Monsieur, avec mes excuses et mes remerciements, l’assurance de mes sentiments distingués. »

Cette missive, ça n’a l’air de rien, mais il n’en faut pas davantage pour empoisonner le monsieur ou la dame à qui elle est adressée.

Mettez-vous à la place de ce malheureux. Ayant constaté la disparition de votre voiture, un peu démodée déjà et pas mal usée, vous vous êtes empressé de signaler l’événement à la compagnie qui vous assure contre le vol. Peut-être aviez-vous choisi déjà la huit-cylindres qui devait remplacer le tacot fugitif. Peut-être au contraire, revenu des joies de l’auto, aviez-vous décidé de remployer la somme qui vous est due à l’achat d’une petite maison de campagne ou d’un magnifique tableau de Millet, exécuté par Cazot, le peintre à la mode. Et soudain voilà tous ces beaux projets qui s’écroulent. Il vous faut décommander l’assurance, renoncer à la huit-cylindres, oublier le Millet-Cazot*, et prendre tristement le tramway ou le train pour aller dépanner en quelque patelin perdu de la banlieue la bagnole dont vous vous croyiez débarrassé.

  • En 1930, Jean-Charles Millet et Paul Cazot furent arrêtés et condamnés pour fabrication et vente de fausses oeuvres de Millet, Delacroix, Rousseau… et autres artistes de l’Ecole de Barbizon.

Bernard Gervaise. « Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.