enfant sauvage

Pierre, le gars sauvage

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peter-wild-boyIl existe dans le petit cimetière de  Northchurch une pierre tumulaire qui porte une effigie sur l’une de ses faces et cette simple inscription :

« Peter, the wild boy, 1785. »

Peter fut trouvé par hasard dans les bois, non loin de Hamelin, près de Hanovre, en 1725, par des chasseurs qui accompagnaient le roi d’Angleterre George 1er. Il paraissait être âgé de 12 ans, et vivait dans les arbres, comme un singe. Il était complètement nu, mourait de faim et ne savait pas parler.

Nul ne sut jamais d’où il venait.

Le roi l’emmena avec lui en Angleterre, où il vécut dans une ferme du Hertfordshire, aux frais du gouvernement.

Il s’acclimata, travailla industrieusement et mourut en 1785.

D’après : « Nos lectures chez soi. » Paris, 1910.

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Maman l’Ourse 

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oursVous avez peut être déjà lu, dans les pages de quelques quotidiens, cette étrange et troublante histoire qui nous venait de Turquie. 

Des chasseurs, parcourant une région montagneuse aux abords de Brousse, aperçurent une ourse sur laquelle ils déchargèrent leurs fusils. La bête, quoique blessée, parvint à S’enfuir; Ils la poursuivirent à travers les taillis et la virent finalement s’abattre, exténuée, à proximité d’une grotte.

Et soudain, tandis que les chasseurs faisaient cercle autour du fauve mourant, une fillette d’une dizaine d’années, toute nue et les cheveux épars, surgit de la caverne en poussant des grognements. Elle se jeta sur l’un d’eux, qu’elle griffa et mordit. On réussit à la maîtriser et elle fut ramenée à la ville avec le corps de l’ourse. 

Les paysans du voisinage, interrogés, se souvinrent que, quelque sept ou huit ans auparavant, une enfant de douze à quinze mois avait disparu, un jour. On pensa qu’elle avait été dévorée par quelque animal féroce et l’oubli tomba sur ce drame. Mais la découverte de l’enfant sauvage permit de faire un rapprochement entre les deux faits. La dépêche assurait que la fillette, rebelle à toute interrogation, avait été dirigée sur la capitale où des médecins allaient se préoccuper de la réadapter à la vie normale… 

Sans doute y éprouveront-ils quelques difficultés, que l’on peut imaginer en songeant que cette enfant est parvenue à ce que nous nommons l’âge de raison, sans avoir connu les habituels soins maternels qui forment au langage articulé les petits d’homme. Aucune des notions, même frustes, qui constituent la formation d’un enfant dans les villages les plus humbles n’ont baigné ses premières années. 

Vraisemblablement, cette enfant fut-elle, sinon enlevée, du moins recueillie par  l’ourse qui, prise d’une instinctive pitié devant sa faiblesse, l’abrita dans sa grotte, l’allaita, lui permit de vivre. Et les années passèrent durant lesquelles la petite fille en vint à se nourrir de là chair crue des proies rapportées par sa maman velue, entre les pattes de laquelle elle s’endormait, le soir venu… 

Extraordinaire enfance, qui la prépare bien mal à prendre sa place parmi les humains de notre vingtième siècle!… Le temps, sans doute, est un grand maître et quelques semestres permettront probablement aux médecins turcs de faire pénétrer dans cet inculte cerveau ce que l’on est convenu d’appeler « les lumières de la civilisation ». Mais nous attendons ces éducateurs sûrs d’eux-mêmes au moment où, l’enfant ayant été initiée au langage de son nouveau milieu, ils entreprendront de lui expliquer la différence entre les bêtes et les hommes.

L’homme, lui diront-ils, est une créature douée de raison, d’intelligence et de bonté. Ces facultés, qui le différencient des bêtes, lui ont permis, au cours des âges, de s’élever et de régner en maître sur les autres créatures. Le progrès… 

Mais l’enfant, tandis que ce présomptueux verbiage frappera ses oreilles, se souviendra qu’une de ces méprisables bêtes que l’on dit féroces fut pourtant la douce nourrice qu’elle connut pendant longtemps. Et, le coeur bouleversé, elle reverra ce groupe de chasseurs acharnés à la poursuite de l’ourse blessée.

Ces hommes qui se prétendent si bons et qui, les premiers, lui auront appris ce que sont- les larmes, en tuant sa maman…. 

« Le Mutilé de l’Algérie. » Alger, 1937.
Illustration : Frère des ours. » Studios Disney, 2003.

La fille de Champagne

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chalons-en-champagne

La Condamine, et surtout Racine fils, ont donné des détails très curieux sur une fille âgée d’environ quatorze ans, qui fut prise au mois de septembre 1731 , près du village de Sogny, à quatre lieues de Châlons, et qu’on nomma plus tard mademoiselle Leblanc. Racine a réuni dans sa relation, non-seulement tous les documents qu’il possédait, mais tous les bruits publics qui couraient sur cette fille sauvage. Nous transcrirons en abrégé sa narration.

Les domestiques du château de Sogny, en Champagne, ayant aperçu, grimpée sur un pommier, une espèce de fantôme, voulurent s’en saisir : mais, aussi léger qu’un écureuil, le fantôme sauta par-dessus leurs têtes, franchit les murs du jardin, et se sauva dans un bosquet voisin. Le seigneur de Sogny fit entourer, par ses domestiques, l’arbre sur lequel il s’était réfugié; mais au moment où quelques-uns d’entre eux tentaient l’escalade, le fantôme se mit à sauter d’un arbre à l’autre avec une légèreté qui étonna tout le monde.

Après avoir essayé longtemps et vainement de le prendre, la dame du château s’avisa de faire apporter un sceau d’eau au pied de l’arbre, et ordonna à ses gens de se cacher à l’écart. Cette ruse réussit; la fille sauvage, pressée par la soif, sans doute, descendit et alla boire au sceau. On remarqua qu’elle buvait à la manière des animaux, enfonçant le menton jusqu’à la bouche. On la saisit alors, et, malgré la vive résistance qu’elle opposa, on parvint à la conduire au château.

Elle se jeta d’abord sur les volailles crues que le cuisinier préparait, et les dévora en quelques minutes. Ses ongles, longs et forts, lui servaient pour grimper et déchirer sa proie. Sa peau, qui paraissait très brune, reprit la couleur blanche au bout de peu de temps. Elle n’avait aucun langage; seulement elle poussait un cri aigu et savait en outre imiter le cri de plusieurs animaux.

Pendant la saison froide, elle se couvrait de peaux de bêtes; une ceinture, qu’elle ne quittait jamais, lui servait à placer un bâton en forme de massue, qu’elle nommait son boutoir; au moyen de cette arme, elle terrassait les animaux les plus féroces. Elle aimait beaucoup à boire le sang des lièvres qu’elle prenait à la course; avec ses ongles, elle leur ouvrait une artère du cou et suçait leur sang jusqu’à la dernière goutte. Cette jeune fille courait si vite qu’on n’apercevait presque pas le mouvement de ses jambes. Elle nageait aussi avec la même perfection; il lui arrivait rarement de manquer le poisson qu’elle poursuivait. Pendant longtemps, elle ne voulut ni s’habiller, ni vivre, ni se coucher comme nous; il lui fallait de la chair crue et du sang, surtout la liberté de courir dans la campagne, de grimper sur les arbres, ou de s’élancer dans les eaux; aussi, essaya-t-elle plusieurs fois de s’échapper du château de Sogny.

Lorsque, un peu apprivoisée; elle eut appris à balbutier quelques mois, on l’interrogea sur sa vie antérieure; mais elle ne put donner aucune réponse satisfaisante. Cependant, elle se ressouvint avoir vécu avec une compagne de son âge qu’elle dit avoir perdue de la manière suivante :

Un jour, nageant ensemble dans une rivière, elles entendirent une explosion qui les obligea à plonger. Un chasseur venait de tirer sur elles, les ayant prises, sans doute, pour des poules d’eau. Comme elles sortaient de la rivière pour se cacher dans un bois, elles trouvèrent un chapelet, qui fut un sujet de querelle; chacune désirait l’avoir pour s’en faire un bracelet. Notre sauvage reçut alors de sa compagne une tape sur le bras, et lui riposta par un coup de boutoir sur la tète, mais si violent, que, suivant son expression, elle la fit rouge. Touchée de compassion, en la voyant étendue à terre sans mouvement, elle grimpa sur un chêne pour cueillir une gomme qu’elle connaissait, et l’appliquer sur la blessure. Lorsqu’elle descendit de l’arbre, elle ne trouva plus sa compagne.

Probablement quelques voyageurs ayant rencontré cette fille expirante, la portèrent au village voisin, où elle expira. Quelques jours après ce malheur, la sauvage fut prise dans les bois de Sogny.

Le changement de vie causa une violente maladie à cette pauvre fille, et lui enleva presque toutes ses forces vraiment extraordinaires; car, dans les commencements de sa captivité, elle avait renversé huit robustes paysans qui étaient venus pour la garotter. Elle conserva longtemps un goût prononcé pour la chair crue, et lorsqu’elle apercevait un enfant, elle se sentait tourmentée du désir de boire son sang.

Le seigneur de Sogny étant mort, la sauvage fut placée dans un couvent de Châlons. Enfermée dans une cellule, réduite à regarder le ciel et la campagne par une petite lucarne, la fille libre des forêts ne put s’habituer à ce nouveau genre de vie. Une noire mélancolie s’appesantit sur elle; sa fraîcheur, sa santé, le reste de ses forces, tout disparut. Bien des fois, elle eut la tentation de s’enfuir dans les bois pour y reprendre ses anciennes habitudes, sa liberté ! Du couvent de Châlons on la transféra à celui des Filles Catholiques à Paris; puis, en dernier lieu, elle passa au couvent de Chaillot, et l’on n’entendit plus parler d’elle.

« Histoire des métamorphoses humaines. » Debay, A, Paris, 1846.

L’enfant du couvent

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En 1807, M. M… résidant à Vichy, petite ville du Bourbonnais, trouva à la porte de sa maison, vers huit heures du soir, un malheureux jeune homme aveugle, qui mourait de faim. Il allait se coucher sur une pierre à côté de son chien, qui déjà s’y était étendu; M. M… lui donna l’hospitalité.

Cet infortuné lui dit qu’il n’était aveugle que depuis peu de jours, par l’effet, du tonnerre, qui était tombé près de lui. Il assura qu’il ne vivait que de racines, d’herbes et de chair crue, et qu’il avait presque toujours habité les bois : ces détails engagèrent son hôte à lui faire raconter son histoire. La voici telle qu’elle est sortie de sa bouche, on n’a changé que les expressions de son mauvais langage :

« Quand je commençai à marcher et à parler, j’étais dans un bois où je tétais encore une chèvre qui ne me quittait point, et je ne voyais d’autre personne qu’une femme qui me caressait beaucoup, mais qui me laissait souvent seul. Elle m’apprit ensuite qu’elle était religieuse, qu’elle s’était échappée de son couvent pour me mettre au monde; que n’ayant pu me nourrir, elle s’était procurée cette chèvre qui m’avait allaité. Ma mère me dit qu’elle ne s’éloignait de la forêt que pour aller chercher de la nourriture. Chaque soir je la voyais. Un soir elle ne revint pas, et il se passa du temps sans que je pusse la trouver. Enfin, un jour je courais avec la chèvre; je retrouvai ma mère : elle était couchée, immobile, et avait le visage tout décomposé. Je l’appelai, elle ne répondit pas; je pris sa main, sa main se sépara de son corps. Alors je vis que je n’avais plus de mère. J’étais encore bien petit, car je m’en souviens à peine. Je restai dans les bois , je mangeai des racines, de l’herbe et quelques fruits sauvages que je cueillais sur les buissons. Longtemps après, le hasard me fit trouver sur un chemin un homme qui avait une voiture; il me vit, me questionna, et me prit avec lui. Parce que je mangeais de la chair et des herbes crues, parce que j’aime à dormir à l’air, il m’a montré à beaucoup de monde pour de l’argent. Tout ce monde m’a ennuyé, et je me suis un jour échappé avec mon chien; j’avais marché longtemps, lorsque le tonnerre est tombé près de moi. Alors je n’ai plus vu la lumière, et m’étant attaché à mon chien avec une corde, mon chien m’a conduit. »

Cet infortuné pouvait avoir environ quinze ans; sa voix n’était point exercée, et il parlait avec difficulté. Il paraissait peu intelligent et absolument incapable d’inventer ces faits. Il se mit à pleurer quand on l’eut fait mettre au lit, et assura ne pouvoir dormir qu’en plein air. Il ne mangea rien de cuit, seulement il but du vin. On l’engagea vainement à rester quelque temps pour reprendre des forces. Ayant recouvré la vue, il voulut partir, et, bon gré, mal gré, il s’échappa, laissant son trésor, qui consistait en huit sous. Aussitôt que M. M… fut averti de son évasion, il fit beaucoup de recherches pour le retrouver, mais elles furent toutes infructueuses.

« Les merveilles de la nature humaine, ou Description des êtres phénomènes les plus curieux… »   A. Antoine, Paris, 1829.

L’homme ours

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oursOn lit, dans l’histoire naturelle de Pologne, que vers l’année 1661, des chasseurs aperçurent, dans une forêt de la Lithuanie, jouant au milieu d’une troupe d’ours, deux enfants de neuf ans environ, pleins de force et de vigueur. Les chasseurs ayant mis en fuite les ours, cherchèrent à s’emparer des enfants; mais, après beaucoup d’efforts, ils ne purent prendre que le plus jeune et encore leur opposa-t-il une opiniâtre résistance avec les dents et les ongles.

Cet enfant, à cheveux blonds et d’une physionomie très intéressante, fut présenté au roi de Pologne, qui le fit baptiser et lui donna la reine pour marraine, pour parrain, l’ambassadeur de France. Quelque soin que l’on prit pour son éducation, on ne put jamais parvenir à l’apprivoiser entièrement. Il souffrait avec peine les vêtements qu’on lui faisait porter, et les déchirait par lambeaux aussitôt qu’il n’était plus surveillé. La constance et les efforts des maîtres pour lui apprendre à parler, furent inutiles; la bouche du jeune sauvage se refusa constamment à l’articulation des mots, et, jusqu’à vingt-deux ans, époque de sa mort, il conserva toujours le cri et les habitudes des ours ses pères nourriciers.

Connor, médecin anglais, vit à Varsovie, vers la fin de l’année 1694, un autre enfant, âgé de dix ans, également pris parmi les ours, dans les mêmes forêts de la Lithuanie. Lorsqu’on se saisit de sa personne, il se mit à pousser des hurlements effroyables. Il avait le corps tout couvert de poils rudes et touffus; d’une humeur farouche et sauvage, il ne s’habitua que très difficilement à notre manière de vivre. Après plusieurs années de leçons assidues, lorsqu’il fut en état d’articuler quelques mots, on voulut l’interroger sur sa vie précédente, mais il en avait complétement perdu la mémoire et ne put donner aucune réponse satisfaisante.

Des bûcherons d’âge et d’expérience assurèrent au médecin Connor que les ours enlevaient souvent les enfants attardés; que, loin de leur faire du mal, ils les emportaient dans leurs tannières, et jouaient avec eux. Lorsqu’en caressant l’enfant, la patte un peu lourde d’un ours lui arrachait un cri, les autres ours tombaient sur leur compagnon et le châtiaient de sa maladresse.

« Histoire naturelle de l’homme et de la femme depuis leur apparition sur le globe terrestre… »  Debay, E. Dentu, Paris, 1858.