enterrement

Le tableau de Segantini

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Le grand peintre Giovanni Segantini mourut d’une péritonite suraiguë probablement d’origine appendiculaire.

Or, 13 jours auparavant, en pleine santé, il travaillait, à un tableau qu’il désignait par ce titre : « La mort ». Le tableau représente une scène de l’Engadine : au fond chaîne de montagnes couverte, de neige. Au premier plan, un plateau également blanc de neige. Sur le plateau, à droite, un chalet alpestre d’où sort un cercueil accompagné de quelques personnes. Un peu plus loin, un traîneau, attelé d’un cheval, attend.

Le peintre avait esquissé le paysage d’après nature. Le cercueil et le traîneau étaient imaginaires. Giovanni Segantini parachevait son oeuvre dans son atelier, à Majola, à 3 heures de route du chalet qu’il avait peint.

Ce jour-là donc (13 jours avant sa mort) il s’étendit un instant sur un sofa, se reposant de son travail. Tout à coup, il eut la vision qu’il était lui-même dans le cercueil dessiné et que sa femme, en larmes, était dans le groupe des personnes suivant le cercueil. La vision s’accompagna d’une certitude profonde et sans réserve dont il fit part à sa famille. Sa santé se maintint parfaite quelques jours encore, puis, brusquement, il tomba malade dans le chalet même qu’il peignait, et y mourut.

La scène de son enterrement fut exactement celle qu’il avait représentée dans le tableau.

« Annales des sciences psychiques : recueil d’observations et d’expériences. »  Paris, 1916.
 Peinture : Giovanni Segantini

Dix francs l’huissier

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Balzac, dont on connaît les embarras d’argent, n’aimait guère les huissiers contre lesquels il eut souvent à se débattre. Cette antipathie ne l’empêcha pas d’accepter parmi ses amis, sinon parmi ses intimes, un de ces officiers ministériels.

Il est vrai que cela se passait à la campagne, et que l’huissier dont il s’agit n’avait pas fait fortune dans la procédure. Il vivait chichement et mourut, ne laissant pas de quoi se faire enterrer.

Quelques voisins résolurent d’y pourvoir de leurs deniers. Ils fixèrent la cotisation à dix francs et allèrent trouver Balzac qui semblait accepter de faire partie de ce comité funéraire :

Dix francs, et pour un huissier !… s’écria-t-il. En voici vingt, enterrez-en deux !

La cure par les larmes

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Un médecin français qui a longtemps séjourné en Orient raconte qu’en Perse les larmes sont encore considérées comme une panacée souveraine en certains cas. Voici de quelle façon on recueille aux enterrements cette précieuse rosée du coeur :

Le conducteur du deuil remet à chaque membre de la famille une petite éponge qui lui servira à s’essuyer les yeux pendant la cérémonie. L’inhumation achevée, les pleureurs rendent leur éponge plus ou moins humectée au prêtre qui les presse sur un plateau. L’officiant verse ensuite dans un flacon bien bouché ce liquide qu’il emploiera pour soulager ses paroissiens, le cas échéant. 

Il importe pour la bonté du remède que ces pleurs d’héritiers ou d’indifférents soient sincères. Et c’est pour cette raison sans doute que les cures sont si rares.

« Gazette de France. »  Paris, 1903.

Délicatesse

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Poitou

Dans un village du Poitou, une femme, après une forte maladie, tomba en léthargie. Son mari et ceux qui étaient autour d’elle la crurent morte. Ils l’enveloppèrent seulement d’un linge, selon la coutume des pauvres gens du pays, et la firent porter en terre.

En allant à l’église, ceux qui la portaient passèrent près d’un buisson dont les épines l’ayant piquée, elle revint de sa léthargie.

Quatorze ans après, elle mourut; comme on la portait en terre, et que l’on s’approchait d’un buisson, le mari se mit à crier deux ou trois fois:

— N’approchez pas si près de la haie !