Ernest Renan

Sans faille

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 Au sujet des rapports de la Politique, du Pouvoir, et de l’Académie, le vieux mot de l’écrivain et historien Ernest  Renan est toujours bon à rappeler.

Charles de Freycinet était alors Président du Conseil. Il faisait ses visites académiques. Il va voir Renan. 

— Suis-je assuré de votre soutien, cher ami ?
Très certainement, Monsieur le Président du Conseil, répond Renan en s’inclinant, vous pouvez à ce jour considérer que ma voix vous est acquise.

Puis, comme se ravisant, avec une extrême douceur, et jetant un regard de coin à son tout puissant interlocuteur, il ajoute :

— A moins, toutefois, que M. le Président de la République ne me la demande.

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La médaille de Brébant

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Brébant vient de mourir : rappelons une anecdote sur ce célèbre traiteur qui mérita le nom de « restaurateur des lettres ».

Il les restaura surtout pendant le siège. A une époque où Paris mourait de faim, il trouva moyen de donner bonne chère à quelques hommes de lettres et journalistes habitués de son célèbre restaurant.

Le siège fini, ces gastronomes eurent, chose rare, la reconnaissance du ventre (pardon du vilain mot, mais il est consacré par l’Académie en son dictionnaire) et ils firent graver une médaille sur l’une des faces de laquelle on lisait :

Pendant
le Siège de Paris
quelques personnes ayant
accoutumé de se réunir chez
M. Brébant tous les quinze jours
ne se sont pas une fois aperçues,
qu’elles dînaient dans une ville
de deux millions d’âmes
assiégée

Cela est très flatteur pour le maître d’hôtel, mais peu pour les signataires de cette égoïste déclaration.

Sur le revers de la médaille, figurent les noms des hôtes ordinaires de ces dîners bimensuels :

A PAUL BRÉBANT

Ernest Renan.                    Thurot
P. de Saint-Victor.              J. Bertrand
M. Berthelot.                     Morey
Ch. Blanc.                         E. de Goncourt
Schérer.                             T. Gautier
Dumont.                           A. Hébrard
Nefftzer.                            …………………
Charles Edmond.

En tout quinze convives.

Un jour, l’un d’eux a eu un remords et il a gratté son nom sur la fameuse médaille qui est aujourd’hui au musée Carnavalet. Mais, grattage inutile, ce document désormais historique fait partie des annales culinaires et des annales de l’égoïsme. On ne le détruira plus et il faut que les signataires en prennent leur parti.

Ils ont mis leur nom au bas de cette manifestation de l’individualisme satisfait au milieu des affres d’une grande ville. Ces noms y resteront.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.
Illustration : Henri Pille (1844-1897).

L’esprit de Pailleron

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edouard-pailleron.

Candidat à l’Académie française, Edouard Pailleron, célèbre depuis l’immense succès, en 1881, du  « Monde où l’on s’ennuie », commençait par Ernest Renan la série de ses visites obligatoires.

A peine est-il introduit dans le cabinet de l’illustre écrivain, que ce dernier se lève et du ton le plus affable :

Prenez donc une chaise, cher monsieur, dit-il.
Oh pardon, maître, riposta Pailleron,mais ce n’est pas une chaise que je suis venu vous demander : c’est un fauteuil !

« Gazette française. » Paris, 1933.

Le sarcophage de Tabnit

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Osman-Hamdi-Bey
Osman Hamdi Bey

A l’une des dernières séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, M.Renan a communiqué l’inscription phénicienne d’un sarcophage trouvé par Hamdy-Bey dans la nécropole de Sidon. Les savants traduisent ainsi cette inscription :

« C’est moi, Tabnit, prêtre d’Astarté, roi des Sidoniens, fils d’Esmounazar, prêtre d’Astarté, roi des Sidoniens, qui suis couché dans cette arche. 0 homme, qui que tu sois, qui découvriras cette arche, n’ouvre pas ma chambre sépulcrale et ne me trouble pas ; car il n’y a pas d’argent, il n’y a pas d’or, il n’y a pas de trésors a côté de moi. Je suis couché seul dans cette arche. N’ouvre pas cette chambre sépulcrale ; car un tel acte est une abomination aux yeux d’Astarté. Si tu ouvres ma chambre sépulcrale et si tu viens me troubler, puisses-tu n’avoir pas de postérité parmi les vivants sous le soleil, ni de lit parmi les morts. »

Ce qui n’a pas empêché Hamdy-Bey d’ouvrir très irrévérencieusement ledit sarcophage. D’ailleurs, le bon roi Tabnit n’avait pas prévu qu’il pourrait y avoir plus tard des gens qui ne sauraient pas lire le phénicien.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.