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Autre sens

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M. Paul Stapfer, linguiste des plus érudits, nous a enseigné a nous défier de la vraie signification des mots.

Il est, par exemple, fort agréable de s’entendre dire que l’on est un homme émérite. Or, cet adjectif que l’on croit flatteur signifie réellement : « mis à la retraite ». De même mièvre ne veut pas dire réellement mignard et langoureux, mais vif et malin, et truculent n’a aucun rapport avec la richesse des couleurs et des formes, la force ou la gaieté, et n’est qu’un mot latin qui signifie cruel.

Où irons-nous, si cela continue ?

Illustration : J. J. Grandville.

L’homme qui savait tout

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II faut rendre hommage à la mémoire de ce grand méconnu : Nicolas Fréret, qui naissait à Paris le 15 février 1688, et qui tombé dans un injuste oubli, n’en fut pas moins le savant le plus universel, l’érudit le plus fécond et le plus prodigieux qu’ait jamais possédé le monde intellectuel.

Fréret avait tout appris, tout retenu, tout assimilé, l’histoire, la philosophie, la géographie, l’archéologie, les littératures, les langues et les religions anciennes et modernes, la philologie, la grammaire, l’ethnographie, etc., emmagasinait dans son puissant cerveau, grâce à une mémoire positivement miraculeuse, le total des connaissances humaines. C’était une encyclopédie vivante, un phénomène sans pareil.

Nicolas Fréret vécut toujours en véritable anachorète, seul avec ses bouquins et les 1357 cartes géographiques qu’il avait dessinées lui-même, entre son chat, compagnon silencieux, et les familles de rats qui venaient grignoter ses souliers pendant qu’il travaillait. Son existence de bénédictin paraissait devoir être absolument dénuée d’aventures; mais il lui en arriva pourtant une fameuse.

Il avait soumis à son académie le manuscrit d’un traité sur L’Origine des Français et de leur établissement dans les Gaules, qui fut dénoncé comme subversif par un de ses collègues, l’abbé Vertot. Un beau matin, une escouade de police cerna la maison de Fréret, l’arrêta au nom du roi et le mena en prison : ce dangereux « criminel » était accusé d’avoir irrespectueusement falsifié la vérité historique en formulant des hypothèses neuves qui bousculaient les vieilles routines. Enfermé à la Bastille, il prit la chose très philosophiquement. D’un ton presque joyeux, il dit à son guichetier :

Savez-vous ce que je vais faire ? Non ?… Je vais faire une grammaire chinoise.
— Hein ?.. une grammaire ?…
— Chinoise, oui !… Je vais profiter de la tranquillité qui m’est offerte ici pour composer cet ouvrage dont j’ai depuis longtemps l’idée. Cela tombe à merveille.

Et lorsqu’il sortit de la Bastille, quelques mois après, sa grammaire terminée fut envoyée à Pékin… pour apprendre aux Chinois à parler correctement !

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand/Paris, 1938.

D’un érudit au roi d ‘Angleterre.

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salièreL’ambassadeur du roi de Maroc étant en Angleterre, sous le règne de Charles II, présenta au roi une adresse en ces termes :

« Puisse le Tout-puissant saler votre majesté jusqu’à la consommation des siècles. »

L’érudit avait trouvé dans le dictionnaire, que conserver signifiait saler…