escamoteur

Mystifiés

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robert-houdin-louis-comteLouis Comte était un très habile ventriloque, et, comme prestidigitateur, son étoile ne commença à pâlir que lorsque parut Robert-Houdin. Cependant les deux rivaux étaient restés amis, et voici, à ce sujet, une assez curieuse anecdote :

Ils s’étaient rendus ensemble, pour s’entendre au sujet d’une représentation, dans le cabinet du directeur de l’Opéra, qui était alors le docteur Véron. Comme ils redescendaient le grand escalier, Robert-Houdin entendit une voix éloignée, avec le timbre de celle du directeur, qui l’appelait d’une façon pressante. 

 Pourquoi diable Véron me rappelle-t-il ? dit l’escamoteur à son compagnon.
—  Remontez, et vous le saurez, répondit M. Comte.

Robert-Houdin remonte, ne voit personne, cherche dans les corridors, interroge les garçons de service, et, reconnaissant enfin qu’il a été dupe d’une mystification, se résigne à rejoindre Comte, qui l’attendait.

 Que vous voulait donc Véron ? demanda d’un ton naturel ce dernier.
— Oh! réplique tout aussi naturellement Robert-Houdin, il voulait me remettre votre
tabatière, qui vous avait été volée.

En même temps il restitua au ventriloque la tabatière en or qu’il lui avait escamotée, et les deux amis rirent beaucoup du tour qu’ils s’étaient mutuellement joué.

J. Schneider. « L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1859.

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La mort escamoteur

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mort-escamoteur
Cette composition allégorique en dit assez long sur les craintes qui ont agité, en Allemagne, les soutiens de la monarchie. Un artiste dresdois, mort en 1859, Alfred Rethel, a exprimé ces craintes dans une série de gravures sur bois, faites à la manière des anciennes danses macabres, et représentant la mort incarnée dans la révolution.
On se rappelle que Dresde avait eu aussi ses barricades en 1848, et que l’insurrection aurait triomphé sans l’arrivée des troupes prussiennes, qui firent, dès ce temps, présager leur toute-puissance future. Dans la scène saisissante  choisie, la mort se fait agitateur populaire. Descendue à la porte d’une auberge, elle a laissé pour un moment sa faux sous l’enseigne, contre une affiche qui porte en gros caractères une devise bien connue (liberté, égalité, fraternité).
S’emparant de la table d’un escamoteur de la rue, elle montre à la foule assemblée un tour plus nouveau que celui des gobelets à muscade. C’est une balance sur laquelle une pipe de tabac – un simple « brûle-gueule » – pèse autant que la couronne royale. Pour arriver à ce miracle d’équilibre, la mort s’est contentée de tenir la balance par l’aiguille du fléau.
La ruse est bien grossière, mais la foule stupéfiée n’y voit rien. Elle n’a d’yeux que pour la couronne battue par la pipe. Tout le monde applaudit en riant. Un soldat lui-même, dont le bonnet de police porte aussi l’empreinte de cette couronne devenue si légère, semble assez disposé à partager l’illusion générale.
La seule personne qui s’en écarte est une vieille femme aveugle, qui s’éloigne sous la conduite d’un petit enfant. Le chapelet, pendu à sa ceinture, achève de personnifier en elle l’image de la foi ancienne, chassée par le tumulte des excitations nouvelles. Derrière elle, le cheval de la mort, qui ne devrait pas cependant s’impressionner pour si peu, couche ses oreilles en signe d’effroi.
La Mosaïque (Paris,1873)