escrocs

Les honnêtes patriotes

Publié le Mis à jour le

cremieux

Il s’agissait de faire déguerpir des Tuileries les patriotes qui s’y étaient installés après le départ de Louis-Philippe.

M. Adolphe Crémieux, chargé de la commission par ses confrères du provisoire, n’eut pas tout à fait autant peur qu’on voulut bien le dire. Les armes des démocrates en guenilles l’effrayèrent bien un peu, et il eut l’air de leur donner satisfaction. Mais il avait son plan !

— Vive Crémieux! vive Crémieux! hurla cette bande atroce, entourant l’avocat et voulant le porter en triomphe.
— Un instant, citoyens… pardon! Je suis très pressé, et je vais de ce pas au parquet, afin d’y prendre les dossiers de tous les voleurs et de tous les escrocs qui auraient pu se glisser parmi vous. Certes, on ne les laissera pas au milieu de tant d’honnêtes patriotes!

Il s’en alla. Quand il revint au château, deux heures après, il n’y avait plus personne.

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1857.

Publicités

Le dédit

Publié le Mis à jour le

auberge

Trois voyageurs à cheval et assez bien vêtus, descendent dans une auberge peu éloignée de Londres, et se font servir un dîner qu’ils s’empressent de payer fort généreusement. En causant avec l’hôte et sa femme, l’un d’eux leur dit que pour le rétablissement de sa santé il aurait besoin de vivre quelques mois à la campagne, el que l’endroit où il se trouve lui plairait beaucoup. Il leur offre de le loger et de le nourrir, lui et son cheval, à raison de dix guinées par mois. 

La proposition est acceptée, et notre voyageur doit revenir avant huit jours pour jouir de son nouvel établissement. Mais bientôt il paraît douter de la bonne volonté de son hôte, et il veut de son côté lui donner une garantie de sa bonne foi. Il propose en conséquence un dédit, s’empresse d’étaler sur la table une somme de cent guinées, dit à l’aubergiste d’en compter autant, et que tout restera déposé chez ce dernier, qui en profitera, si lui, qui a fait la proposition , ne revient pas sous huit jours. L’hôte objecte d’abord qu’il n’a pas une si forte somme à sa disposition; mais ébloui par l’appât du gain, il court chez son homme d’affaires auquel il raconte son aventure, et qui lui prête l’argent nécessaire.

De retour chez lui, l’aubergiste compte les cent guinées; alors l’aventurier tire de sa poche un bonnet de nuit lié avec un petit ruban; il propose d’y mettre les deux sommes, ce qu’il fait en présence de l’hôte, de l’hôtesse, de ses deux compagnons et d’autres témoins. L’aubergiste lui-même tient le bonnet, pendant que le voyageur le lie avec un ruban. La femme ouvre son armoire, et l’étranger y dépose le bonnet. L’armoire est refermée, et la clef remise au voyageur, qui bientôt monte à cheval, et part avec ses compagnons, en promettant de revenir sous huit jours.

Cependant l’homme d’affaires, frappé de la bizarrerie de cette aventure, vient trouver l’aubergiste, et lui fait plusieurs observations qui commencent à inquiéter celui-ci. Des voisins surviennent, et on décide le maître de l’hôtellerie à vérifier le dépôt renfermé dans son armoire. La serrure est forcée; l’aubergiste prend le bonnet, l’ouvre; mais au lieu des guinées, qu’y trouve-t-il ? Des pierres. On courut après les escrocs, mais on ne put découvrir leurs traces.

« Garde à vous !!! ou les Fripons et leurs dupes. »  Élisabeth Brossin de Méré, 1819.