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Le club des dyspeptiques

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La mauvaise humeur des personnes qui souffrent du foie ou de l’estomac est une chose bien connue. Tandis que les gens qui digèrent bien sont d’un commerce agréable, d’un tempérament jovial, l’infortuné dyspeptique est quinteux, grincheux, insociable.

Un riche Américain, affligé d’une maladie de foie incurable, et conscient de la situation difficile de ses compagnons d’infortune, s’est avisé d’essayer sur lui-même et sur eux, un traitement en quelque sorte homoeopathique. Il s’est dit que, puisque la mise en contact d’un dyspeptique et d’un homme sain produisait de fâcheux effets, une réunion de dyspeptiques dégagerait sans doute, à défaut d’une folle gaieté, une atmosphère tolérable. Afin d’expérimenter ses théories, il a installé un hôtel magnifique, siège social d’un cercle de nouveau genre : le Dyspeptic-Club.

Pour en faire partie, il faut posséder une lésion stomacale bien déterminée, certifiée par un médecin bien connu. Moyennant ce certificat, sont admis au Dyspeptic-Club, tous les malades, quel que soit leur sexe, leur âge, leur nationalité. Les distractions les plus variées sont à la disposition des membres souffrants du cercle : journaux, revues, romans, jeux divers. On y fait de la musique. Tous les instruments, sauf le fatal piano, ont droit d’entrée.

Jusqu’ici, il n’apparaît pas que la cure inaugurée par le philanthrope américain ait donné des résultats bien sensibles. Attendons…

Paris, 1903.

Illustration-montage : Gavroche.