espagnols

Les mangeurs d’agrumes

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bataille-cadix

Au siège de Cadix (1702), l’attaque des Anglais faiblit visiblement.

Avant de tenter un second et ultime effort, leur général, pour leur mettre du cœur au ventre, les harangue en toute vitesse : 

 Anglais, qui mangez tous les jours du bon bœuf et de la bonne soupe, souvenez-vous bien que ce serait le comble de l’infamie de vous laisser battre par cette canaille d’Espagnols, qui ne vivent que d’oranges et de citrons !

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L’Eldorado

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eldorado

Vous avez souvent entendu dire d’un joli endroit : « C’est un Eldorado ». Peut- être, dans les environs du lieu où vous habitez, existe-t-il un théâtre, un concert, un restaurant portant cette enseigne. Vous êtes-vous jamais douté que ce nom avait une origine historique remontant à l’époque de la découverte de l’Amérique ? 

Lorsque les Espagnols, sous la conduite de Pizarro, eurent conquis le Pérou, les Incas, emportant de leurs richesses ce que les vainqueurs ne leur avaient pas ravi, s’enfuirent vers l’est et se réfugièrent dans les forêts situées sur le versant oriental des Andes. Les Espagnols, persuadés que les trésors qui les avaient éblouis à leur arrivée au Pérou provenaient de ces régions inconnues, résolurent de s’en emparer. 

Leur croyance fut corroborée par l’arrivée d’une ambassade indienne qui prétendit être envoyée par un souverain dont l’empire était placé dans les montagnes situées au nord-est, et dont les richesses étaient si grandes que chaque matin, à son lever, ses serviteurs lui enduisaient le corps d’une résine odorante, sur laquelle on lui insufflait, à l’aide de longs chalumeaux, de la poudre d’or. Celle-ci, retenue par la résine, adhérait à la peau et le dorait des pieds à la tête. Le soir, au coucher du soleil, afin de se débarrasser de ce revêtement qui ne devait pas être agréable à porter, le roi se baignait dans un lac où ses sujets offraient en sacrifice à leurs dieux des vases d’or et des objets précieux qu’ils jetaient dans l’eau. 

Cette fable, qui cachait sans doute un piège pour attirer les Espagnols dans des contrées difficiles, trouva créance auprès de ces conquérants crédules et avides de butin. Ce récit fut amplifié en passant de bouche en bouche et on appela ce roi El rey dorado, ce qui, en espagnol, signifie « le roi doré», d’où vint par corruption le mot Eldorado, qui fut attribué à ce pays merveilleux où l’or ruisselait de toutes parts et où les pierres précieuses couvraient le sol. 

Des expéditions nombreuses furent organisées successivement pour trouver cet Eldorado. On le chercha sur le haut Amazone, dans le sud du Venezuela et sur les territoires des Guyanes, mais toutes eurent naturellement pour résultat des désastres, et le plus grand nombre de ces aventuriers qui s’étaient lancés à la recherche de cette contrée fantastique, périrent de maladies, de misère ou de faim.

Gazette de France : 1894.

Une ville pour des noix

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duguesclin

L’histoire a conservé le souvenir de beaucoup de ruses de guerre plus ou moins ingénieuses. Celles du  Breton Duguesclin sont fameuses. Rappelons cependant la façon dont il s’empara du château de Montfort-le-Duc.

Cette place, pourvue de fossés très profonds et d’un pont-levis très élevé, passait pour imprenable. L’avisé connétable, après avoir longtemps réfléchi tout en mesurant de l’oeil les murailles, imagina l’artifice suivant :

Il se déguisa en bûcheron et se présenta à la poterne suivi de quelques bons compagnons grimés comme lui et portant des traces de copeaux. Imitant à merveille l’accent anglais, il obtint le libre accès d’autant mieux que la garnison manquait de bois.

Le pont fut abaissé et aussitôt Duguesclin et ses compagnons jetant leurs sacs à terre, tranchèrent les cordons servant à relever le pont et ouvrirent la route à leurs amis dissimulés aux environs.

En 1597, l’Espagnol Fernand Teillo surprit Amiens par un stratagème analogue. Il déguisa ses soldats en paysans et leur fit conduire jusqu’aux murailles, une charrette chargée de noix. Les défenseurs, à la vue de cette friandise, précieuse pour des assiégés, se hâtèrent d’ouvrir la grande porte.

Alors, les faux paysans laissèrent tomber un sac dont les noix s’éparpillèrent à grand bruit et tandis que l’ennemi s’amusait à les ramasser une à une, un groupe d’Espagnols, embusqué tout proche, accourut et se rendit maître de la ville presque sans coup férir.

« Magazine universel. » Paris, 1903.

Le chocolat chez les Aztèques

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aztèques

Lorsque les Espagnols firent la conquête du Mexique, ils furent étonnés de voir un peuple puissant et d’une civilisation avancée préférer aux aliments les plus succulents la graine d’un arbre qui n’avait aucun rapport avec les grains et les fruits d’Europe, et d’en faire presque sa seule nourriture. C’était le fruit du cacaoyer que, dans leur enthousiasme, Linné et les naturalistes devaient nommer theobroma, nourriture des dieux, mais auquel, malgré les prétentions savantes, on a toujours conservé le nom de cacao qu’il portait chez les Aztèques.

Les Mexicains des hautes classes le consommaient pur, aromatisé de différentes manières et sucré avec du miel. Les grands et les guerriers avaient seuls le droit de se nourrir de certaines espèces — comme du plus restaurant des aliments, du plus capable de réparer les forces épuisées ou d’exciter la vigueur –, d’y joindre le Chillé, de le colorer avec du rucou (suc astringent de couleur aurore obtenu des semences du bixa orellana) et de le sucrer avec la sève du magney (variété de l’agave).

Pour Montézuma seul on y joignait le parfum de la vanille, et à toute heure du jour on entretenait dans son palais des vases d’or pleins de la royale liqueur.

Le peuple mêlait de la farine de maïs au cacao, broyé entre deux pierres, l’aromatisait avec le piment et le prenait cuit dans l’eau. Ces préparations s’appelaient chocolat, de deux mots de la langue mexicaine, choco, son, bruit, alte, eau, parce qu’on le battait dans l’eau bouillante pour le faire mousser. Au dire de Rables, de Cornejo d’Herrera, d’Oviedo, de Bernal Dias del Castillo, qui les premiers en ont parlé, le cacao était la principale nourriture des Mexicains; ils l’estimaient assez pour se servir de ses grains comme  de petite monnaie.

Maîtres du Mexique, les Espagnols apprécièrent bientôt les qualités aromatiques du cacao marié au parfum de la vanille. Ils eurent l’idée d’en combattre l’amertume avec du sucre, et dès lors l’usage du chocolat prit une extension plus grande encore. Introduit en Espagne il devint rapidement une des bases de l’alimentation publique.

La verve gauloise a sans doute ajouté un trait au tableau des pittoresques guenilles dont se drape la vanité espagnole en racontant que les mendiants s’abordent le matin en se demandant entre eux si leur seigneurie ont pris leur chocolat. Mais si un accident quelconque privait la paresseuse Espagne des cacaos de l’Amérique, nous doutons que, malgré sa sobriété proverbiale, elle pût supporter la disette qui l’atteindrait.

« Le chocolat. »  Delafontaine et Dettwiller, Paris 1859.

Nous veillons sur vous

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The_Conquest_of_Tenochtitlan

Les Tlascalans, peuplade de l’ancien Mexique, qui étaient réputés les plus vaillants et les plus habiles guerriers du pays, s’étaient portés au-devant de Fernand Cortès qui marchait vers Mexico. Les Espagnols, fort peu nombreux, durent en maintes occasions compter avec ces ennemis, qui les arrêtèrent assez longuement.

Malgré la force avec laquelle les Tlascalans combattaient les Espagnols, remarque un historien de la conquête du Mexique, ils se conduisaient envers eux avec une sorte de générosité. Sachant que ces étrangers manquaient de vivres, et imaginant sans doute que les Européens n’avaient quitté leur pays que parce qu’ils n’y trouvaient pas assez de subsistances (ce qui, d’après eux, devait être le seul motif plausible d’invasion et de guerre), il envoyaient à leur camp de grandes quantités de volailles et de maïs, en leur faisant dire qu’ils eussent à se bien nourrir, parce qu’ils dédaignaient d’attaquer des ennemis affaiblis par la faim.

En outre, comme la coutume était établie chez eux d’immoler les prisonniers de guerre aux dieux du pays et de manger leurs corps, ils ajoutaient qu’ils croiraient manquer à leurs divinités en leur offrant des victimes affamées, et qu’ils craignaient que, devenus trop maigres, ils ne fussent plus bons à être servis dans les festins qui suivaient les sacrifices.

« Curiosités historiques et littéraires« .  C. Delagrave,Paris, 1897.