esprit

Le plus cher des bruits

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eugene_labicheOn sait ce qu’on pouvait demander comme esprit d’à-propos à Eugène Labiche, l’auteur,  entre autres, du Chapeau de paille d’Italie. Voici une de ses boutades peu connue :

Labiche était dans une soirée où un jeune virtuose de clavier venait d’essayer ses forces sur un Erard.

Applaudissements frénétiques.

Eugène, peu mélomane, ne bronchait pas. La maîtresse de maison s’approche de lui. 

 Monsieur Labiche…
— Madame ?
— Vous devriez dire quelque chose à mon jeun virtuose… Vous le combleriez de joie.
— Volontiers, madame…

Labiche alors va droit à l’exécutant, et lui frappant sur l’épaule : 

 Eh bien, vous voilà content, petit tapageur…

Illustration : Eugène Labiche par Marcellin Desboutin.

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Le fantôme  de Conan Doyle à New York 

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conan-doyleLe fantôme de sir Arthur Conan Doyle a été invité par un juge américain à cesser de parader dans les rues où il gêne la circulation.

A la vérité, cette mise en demeure a été signifiée à Mme Elisabeth O’Hare, une vieille dame qui affirme être le représentant personnel de l’esprit de sir Arthur sur la terre.

Mrs O’Hare, très connue dans les milieux occultistes de New York sous le nom d’Elisabeth la transcriptrice, a dû comparaître devant les tribunaux pour avoir défilé le long de la Cinquième Avenue, porteuse d’une grande bannière par laquelle elle défiait M. Joseph Dunninger de venir discuter avec l’esprit de sir Arthur le problème de la survie.

M. Dunninger avait offert une somme équivalant à 2.000 livres à toute personne qui pourrait lui soumettre une phrase type de dix mots que sir Arthur Conan Doyle lui avait confiée avant de mourir.

Mrs O’Hare a décliné devant ses juges toute responsabilité en ce qui concerne la parade qu’on lui reprochait.

« C’était l’esprit de Conan Doyle,a-t-elle déclaré, je n’avais pas la possibilité d’agir autrement.« 

« L’Intransigeant. » Paris, 8 juin 1937.

L’esprit dans la bouteille

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jean-veberUn esprit hantait les écuries d’un métayer. Les vaches ne donnaient plus de lait, les chevaux furieux rompaient leurs licols.

Que faire en pareil cas ? La sorcière consultée conseilla de clouer sur la porte un morceau de plomb bénit et de placer à l’entrée de l’étable une bouteille vide. L’esprit conjuré devait y entrer. Il suffisait ensuite de boucher la bouteille et de l’enterrer dans un champ. Ce que fit notre métayer. 

Longtemps après ces événements, alors que tout le monde avait oublié la bouteille et l’esprit, une route fut établie dans la région. Un des tournants de cette route était très dangereux et vit maints accidents. Les animaux s’affolaient à ce passage, les chiens hurlaient, les voitures versaient. Une vieille femme explique que l’esprit de la bouteille avait dû s’échapper et que si on creusait au tournant de la route on trouverait certainement des débris de verre provenant de la bouteille enterrée par le métayer.

Ce qui fut vérifié.

L’esprit a été conjuré de nouveau et la circulation en ce passage est redevenue normale. Mais sait-on jamais ? L’esprit qui est enfoui maintenant sous ce tas de pierres ne réussira-t-il pas un jour à se libérer de nouveau

Illustration : Jean Veber.

Le reçu

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fantomeJe vais vous conter une histoire d’esprit follet, dit le journal Light qui l’a prise dans une feuille allemande, ce qui prouve que les Allemands, comme les Anglais, les Américains, les Italiens, les Espagnols, les Belges, les Hollandais, les Hongrois, etc., etc., etc., croient à l’existence d’un autre monde et à l’apparition de ses habitants parmi nous. 

Il s’agit ici d’une dame d’un esprit pondéré et respectable, amie sincère de la vérité, incapable par conséquent de forger des histoires aussi intéressantes qu’incertaines. Elle raconte que son mari, honnête manufacturier, mourut subitement dans toute la vigueur de son âge, sans avoir le temps de mettre ses affaires en ordre, et laissa sa veuve avec cinq enfants dont l’aîné n’avait que dix ans. 

Aussitôt après la mort de son mari, une maison de banque lui réclama par erreur une somme qui avait déjà été payée. Elle et son fils cherchèrent partout sans pouvoir  retrouver le document qui leur était nécessaire. La nuit étant arrivée, la pauvre veuve se coucha inquiète, tourmentée, agitée, sans pouvoir fermer les yeux. Dans sa chambre, il y avait une veilleuse dont la lumière lui permettait de voir ses fils. 

Leur respiration calme indiquait la tranquillité de leur sommeil. Soudain la porte de la  chambre s’ouvrit et le défunt mari entra vêtu de son costume habituel et s’approchant du lit, s’assit dans un fauteuil, prenant la main de sa femme et souriant. 

 Pourquoi nous avez-vous quittés si vite ? Qu’allons-nous devenir, moi et nos enfants ?
— La providence l’a ordonné ainsi, répondit le mari, mais ne vous affligez pas. Vous avez du chagrin en ce moment, mais pensez à l’avenir. Vos fils vous donneront beaucoup de satisfactions : vous aurez un bonheur constant et une vieillesse heureuse. 

Sa femme alors lui raconta la situation désagréable dans laquelle elle se trouvait et la difficulté de trouver le reçu dont on lui réclamait le montant. 

 Je comprends votre ennui, répondit-il; le reçu est ici, dans mon bureau, à droite, dans  le compartiment du haut : cherchez-le demain matin et vous le trouverez sûrement.

Il lui parla ensuite des heureuses années qu’ils avaient passées ensemble, lui fit des adieux affectueux et disparut. Le lendemain la veuve suivit les instructions de son mari et ayant trouvé le reçu  recouvra sa tranquillité. Par la suite sa vie s’écoula heureuse comme il lui avait été prédit. 

Elle vécut jusqu’à un âge très avancé et cependant sa famille ne voulut jamais croire  cette histoire et supposa qu’elle l’avait rêvée, mais elle soutint son assertion jusqu’à ses derniers jours, assurant qu’elle n’avait jamais été aussi éveillée que la nuit en question.

« Le Progrès spirite. » Paris, 1896.
« Sylvie et le fantôme. » de Alfred Adam.

Une nouvelle affaire Landru

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spiritisme

Landru, ses fiancées disparues, sa cuisinière-four-crématoire, Landru, don Juan populaire et ses exploits passionneront sans doute encore longtemps les foules. 

Le seigneur de Gambais a-t-il emporté un secret, après avoir passé, sur une place versaillaise entre les mains expertes de M. Anatole Deibler ? D’aucuns le prétendent et les spirites, qui depuis quelque temps se réunissent, chaque semaine, chez Mlle Jeanne D… espéraient enfin un soir dernier avoir le mot de l’énigme. 

Ces spirites avaient déjà évoqué l’esprit de Napoléon 1er qui, paraît-il, leur avait donné quelques détails inédits sur ses campagnes. Mme de Pompadour leur avait parlé de la guerre des sept ans et de Louis XV. La du Barry les avait entretenus de la Terreur… M. Félix Faure, lui-même, avait répondu à leur appel, de même que le maréchal Mac-Mahon, mais Landru… 

Les mains de douze personnes bien à plat comme il convient sur le guéridon, les doigts se touchant, les coeurs battant, une voix anxieuse (celle de la maîtresse de maison) avait balbutié :  

 Esprit de Landru… es-tu là ?  

Le guéridon, sous les douze paires de mains fébriles, avait fait un grand saut qui en langage de l’au-delà, signifie : oui. 

 Tu es bien l’esprit de Désiré Landru, qui mourut sur l’échafaud à Versailles ?  

Nouveau bond :

 Il n’y a pas de doute, déclara péremptoire Mlle Jeanne D…, c’est bien lui… nous allons lui demander s’il veut nous parler de ses femmes, de ses aventures, de ses amours…. 

Et sur ce dernier mot magique, la voix de la demoiselle spirite se pâma… 

Or, Landru, bon garçon (ou plutôt bonne âme) déclara, toujours par l’entremise du guéridon, qu’il était prêt à parler. Enfin, on allait savoir comment était morte Mme Cuchet, comment il avait envoyé dans un monde qu’on dit meilleur Mme Collomb, comment il avait occis Mme. Mercadier, comment… 

 Mais, dit alors un sceptique, qu’est-ce qui nous prouve que c’est bien l’esprit de Landru ?
— Il n’y a pas de doute.
— Mais si…
— Mais non…
— Imbécile… incroyant…, abruti…, etc., etc. 

Des mots plus aigres que doux étant échangés, on en vint aux mains qui, pour la circonstance, avaient abandonné le marbre froid du guéridon. Et ce fut une mêlée générale : coups de pied, coups de poing, vitres prisées, tableaux arrachés, chaises qui tournaient… sur la tête des combattants. 

Brusquement, la porte s’ouvrit figeant les belligérants sur place. Qu’allait-il se passer ? l’esprit vengeur de Landru réincarné apparaissait-il ? 

Non… le visage légendaire à la barbe noire qu’on vit pour la dernière fois dans le panier de M. de Paris, ne se fit pas voir… un agent, à la bonne figure épanouie, se montrait sur le seuil, suivi d’un collègue et de la concierge de l’immeuble que le bruit fait chez Mlle D… avait inquiétée. Tout le monde s’en fut au poste. Prochainement, cette seconde affaire Landru aura son épilogue devant le juge de paix du 9e arrondissement, spirites et sceptiques se réclamant mutuellement des dommages-intérêts pour coups et blessures.

« Cyrano. » Paris, 1931.

Un mystérieux suicide

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lord-castlereagh (2)

Le docteur Brierre de Boismont a extrait l’histoire présente d’un livre curieux publié par un médecin anglais, sous le titre de Anatomy of suicide. Elle se rapporte à la cause mystérieuse du suicide du marquis de Londonderry (Robert Stewart), qui, sous le nom de lord Castelreagh, fut ministre du Foreign Office pendant la lutte de l’Angleterre et de l’Europe coalisée contre la France, et qui, en 1820, se coupa la gorge dans un accès de folie.

Il y a environ quarante ans, le noble lord était allé visiter un gentilhomme de ses amis, qui habitait, au nord de l’Irlande, un de ces vieux châteaux que les romanciers choisissent de préférence pour théâtre de leurs apparitions. L’aspect de l’appartement du marquis était en harmonie parfaite avec l’édifice. En effet, les boiseries richement sculptées, noircies avec le temps, l’immense cintre de la cheminée, semblable à l’entrée d’une tombe, la longue file des portraits des ancêtres au regard à la fois fier et méprisant, les draperies vastes, poudreuses et lourdes qui masquaient les croisées et entouraient le lit, étaient bien de nature à donner un tour mélancolique aux pensées.

Lord Londonderry examina sa chambre et fit connaissance avec les anciens maîtres du château, qui, debout dans leur cadre d’ivoire, semblaient attendre son salut. Après avoir congédié son valet, il se mit au lit. Il venait d’éteindre sa bougie, lorsqu’il aperçut un rayon de lumière qui éclairait le ciel de son lit. Convaincu qu’il n’y avait pas de feu dans la grille, que les rideaux étaient fermés, et que la chambre était, quelques minutes avant, dans une obscurité complète, il supposa qu’un intrus s’était glissé dans la pièce. Se tournant alors rapidement du côté d’où venait la lumière, il vit, à son grand étonnement, la figure d’un bel enfant entouré d’un limbe. L’esprit se tenait à quelque distance de son lit.

Persuadé de l’intégrité de ses facultés, mais soupçonnant une mystification de la part d’un des nombreux hôtes du château, lord Londonderry s’avança vers l’apparition, qui se retira devant lui. A mesure qu’il approchait, elle reculait, jusqu’à ce qu’enfin, parvenue sous le grand cintre de l’immense cheminée, elle s’abîma dans la terre. Lord Londonderry revint à son lit, mais il ne dormit pas de la nuit, tourmenté de cet événement extraordinaire. Était-il réel, ou devait-il être considéré comme l’effet d’une imagination exaltée ? Le mystère n’était pas facile à résoudre.

Il se détermina à ne faire aucune allusion à ce qui lui était arrivé, jusqu’à ce qu’il eût examiné avec soin les figures de toutes les personnes de la maison, afin de s’assurer s’il avait été l’objet de quelque supercherie. Au déjeuner, le marquis chercha en vain à surprendre sur les figures quelques-uns de ces sourires cachés, de ces regards de connivence, de ces clignements d’yeux, par lesquels se trahissent généralement les auteurs de ces conspirations domestiques. La conversation suivit son cours ordinaire. Elle était animée, rien ne révélait une mystification, tout se passa comme de coutume. A la fin, le héros de l’aventure ne put résister au désir de raconter ce qu’il avait vu, et il entra dans toutes les particularités de l’apparition. Ce récit excita beaucoup d’intérêt parmi les auditeurs et donna lieu à des explications fort diverses. Mais le maître du lieu interrompit les divers commentaires en faisant observer que la relation de lord Londonderry devait, en effet, paraître fort extraordinaire à ceux qui n’habitaient pas depuis longtemps le château, et qui ne connaissaient pas les légendes de la famille. Alors, se retournant vers le héros de l’aventure :

« Vous avez vu l’enfant brillant, lui dit-il, soyez satisfait, c’est le présage d’une grande fortune, mais j’aurais préféré qu’il n’eût point été question de cette apparition. »  suicide-lord-castlereagh

Dans une autre circonstance, lord Castelreagh vit encore l’enfant brillant à la chambre des communes, et il est très probable que le jour de son suicide, il eut une semblable apparition. 

Louis Figuier. « Histoire du merveilleux dans les temps modernes. » Paris, 1860.

L’occultisme ou le ouija américain

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Les Américains sont déconcertants. Un savant du Michigan affirme que le psychisme fait fureur, en ce moment, aux Etats Unis. Les tables tournantes sont vieux jeu.

On vient d’inventer, patenter et lancer le Ouija Board. C’est une planchette triangulaire montée sur un trépied mobile, lequel se promène sur un tableau carré où des lettres sont marquées. On place les doigts sur la planchette, l’Esprit ! la conduit. Il l’arrête sur telles lettres dont l’ensemble forme des mots, puis des phrases. Voilà la communication avec l’au-delà ! Le Ouija est partout et sans cesse consulté pour les moindres événements.

Un procès retentissant met, en ce moment, le Ouija à l’ordre du jour. Un riche veuf américain, Rigal, a promis mariage à Mrs. Cecilia Green, il y a un an. Aujourd’hui, il refuse de conduire à l’autel sa fiancée, sous prétexte que son Ouija l’a gentiment déconseillé de tenter un second mariage. Cecilia exige 50 000 dollars de dédit.

Les juges sont perplexes S’ils donnent raison au Ouija, si de par ce verdict, la rupture du Ouija devient légale, les procès vont affluer et de beaux jours se préparent pour les avocats des Etats-Unis. S’il lui donnent tort les dames sentimentales se récrieront à la pensée qu’on condamne un bel exemple de piété conjugale : un marié qui veut rester fidèle au souvenir de sa défunte épouse.

« Le Semeur algérien. »  Alger, 1920.