Etats-Unis

Satanés préjugés

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train vapeur

Dans un article publié aux Etats-Unis, M. Hoffman, vice président de la Studebaker Corporation, raconte que, en 1828, dans une ville de l’Etat d’Ohio, on avait demandé le local de l’école pour tenir une réunion où serait discutée l’application de la vapeur aux chemins de fer. 

La réponse fournie par la direction de l’école était, négative et disait textuellement : 

« L’école est à votre disposition pour discuter toutes sortes de questions convenables, mais des affaires, comme celles des chemins de fer, sont absurdes. L’évangile n’a jamais parlé des chemins de fer. Or, si Dieu avait voulu que ses créatures raisonnables voyageassent à l’épouvantable vitesse de 15 milles à l’heure, il l’aurait annoncé par le moyen de ses saints prophètes. La vapeur est un artifice de Satan pour emporter les âmes immortelles en enfer ».

« L’Écho de Bougie. » Bougie, Algérie, 1931.

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L’idole de la  jeunesse américaine 

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public-elvis presleyComment luttez-vous, en France, contre Elvis Presley ? Des centaines de fois, aux États-Unis, cette question m’a été posée par les Américains que je rencontrais pour la première fois. 

Qui donc est cet Elvis Presley inconnu hier encore et aujourd’hui au faîte de la célébrité ? Par quel pouvoir magique transporte-t-il les jeunes à un degré d’exaltation qui frise l’hystérie ? Sur son cas, l’opinion américaine est divisée. Si les adultes ne se bornent à juger le roi du Rock N’ Roll qu’à travers les ravages de sa stupéfiante popularité, les jeunes, eux, sont intarissables sur leur idole. 

Elvis Presley est certes un cas peu banal. Chauffeur de poids lourd parfaitement inconnu, il décida à 18 ans de changer de personnalité pour s’élever au-dessus de sa condition. De petit chanteur de campagne qu’il était il battit en moins de 2 ans tous les records de vente de disques et, après avoir conquis la radio et la T.V., il vient de terminer son premier film à Hollywood. Ses chemises de velours, ses longs favoris, son style trépidant et son talent lui rapportent actuellement 1 million de dollars par an. elvisTous ceux qui l’ont approché sont unanimes à reconnaître qu’il est d’un naturel doux et timide, parfaitement conscient de ses limites, ne se sentant réellement à l’aise que sur scène ou parmi ses intimes. On ne l’a jamais vu fumer ou boire et on le dit très attaché à sa mère. Les psycho-sociologues affirment (comment les contredire ?) que le phénomène Presley a surgi à son heure. D’après eux, 10 ans plus tôt, la jeunesse l’aurait rejeté. Quoi qu’il en soit, ce garçon de 21 ans s’est taillé un chemin, dans la jungle hostile de la capitale du cinéma. 

Son succès durera-t-il ? Déjà une autre étoile monte au ciel des vedettes : Pat Boone. Signe infaillible de sa popularité : la vente de ses disques est en passe d’égaler celle d’Elvis Presley. Les supporters de ce dangereux concurrent estiment que le roi du Rock N’ Roll s’habille mal, est vulgaire et manque de culture. Alors que Pat…

 « La Cité : revue de la Cité universitaire de Paris. » Paris, 1957. 

Parlez-moi d’amour…

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femme radioCertaines stations radiophoniques des Etats-Unis ont inauguré une causerie amoureuse. Chaque jour, le « radio-lover » parle d’amour à des milliers de femmes qui sont à l’écoute. Sa voix douce et insidieuse trouble le cœur des auditrices. Il débute généralement en ces termes :

« Maintenant que nous ne sommes plus que trois : vous, le poste et votre amoureux radiophonique, approchez votre chaise plus près de la voix du speaker et laissez-moi vous parler d’amour ».

Il est à noter que ces émissions amoureuses commencent à 10 heures du matin alors que les maris sont au bureau, et que leurs femmes estiment qu’elles ont le droit de se distraire un peu des rudes besognes ménagères. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les maris américains ne se plaignent pas, paraît-il, de ce flirt d’un nouveau genre.

« C’est encore le moins dangereux », pensent-ils sans doute…

« Le Petit journal. » Paris, 1935.

Les petites superstitions  des midinettes américaines 

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Johann HamzaIl n’est rien de tel que la vie en commun pour ramener les hommes à la crédulité de la première enfance. Dans un régiment, dans un atelier ou à bord d’un navire, les articles de foi les plus invraisemblables sont accueillis avec autant d’empressement et de candeur que dans un collège de garçons ou un pensionnat de jeunes filles. Il semble que toutes les superstitions admises dans les magasins des cinq parties du globe se soient donné rendez-vous dans la métropole commerciale des Etats-Unis. 

Lorsqu’une modiste laisse tomber de ses mains un chapeau qu’elle n’a pas encore  achevé, c’est un signe de bon augure, car une coiffure qui a roulé sur le parquet ne peut manquer d’être vendue. En revanche, la chute d’une paire de ciseaux annonce toujours une calamité effroyable si l’ouvrière qui, par sa maladresse, s’est exposée à un semblable malheur, commet l’imprudence de les ramasser elle-même. Il faut qu’elle mette le pied sur les ciseaux et attende qu’une de ses compagnes les ramasse et les lui rende. 

Un chapeau de mariée attire des bénédictions sans nombre sur l’ouvrière qui est chargée de fixer des fleurs d’oranger sur ce fragile édifice de dentelles blanches. Mais pour qu’une pareille tâche porte tout le bonheur qu’il est permis d’en attendre, la modiste doit se servir d’un de ses cheveux pour coudre le dessous de la coiffure nuptiale.

Un mot enfin des éternuements, qui sont un langage aussi difficile à interpréter que les le signaux de la marine. Ils changent de sens suivant le jour de la semaine. Le lundi, ils annoncent un danger, le mercredi une lettre, le vendredi un événement fâcheux, mais c’est surtout le mardi qu’ils sont enregistrés avec soin et donnent lieu à des commentaires sans fin. Une modiste qui éternue ce jour-là embrassera le lendemain un étranger.

A peine avons-nous besoin d’ajouter que ce présage inquiétant ne se réalise jamais. Les demoiselles de magasin de New York sont des jeunes filles fort sages qui ne sauraient se permettre une pareille familiarité.  

Paris, 1908.
Peinture : Johann Hamza.

Un village unique

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villageUn voyageur, qui vient de visiter un village unique en son genre aux États-Unis, en envoie la description à un journal de New York : 

Ce village, nommé Viorle, situé à l’extrémité sud-ouest du Kansas, a une population de mille habitants et constitue un town indépendant. II fait et exécute ses lois civiles, criminelles, sociales et religieuses. Il n’y a ni hôtels, ni restaurants, ni établissements publics quelconques à Viorle, et l’étranger qui se hasarde est généralement expulsé. Cependant, une exception a été faite en faveur du voyageur à qui nous empruntons ces détails. 

Après une longue délibération, les Prudents, dont il sera question plus loin, lui ont permis de passer quelques heures dans le village. Viorle a été fondé, au commencement de 1868, par un certain nombre de toqués religieux, sur le principe de la communauté absolue de toutes choses. Les maisons sont petites et invariablement de briques, avec proscription rigoureuse de tous articles, non seulement de luxe, mais de commodité. Absence complète de meubles et pas de planchers. Des peaux, étendues sur le sol nu, sont le seul siège en usage. Presque tous les membres de la communauté ont l’intelligence bornée, l’es- prit simple. Ils sont grossiers d’aspect et de mœurs, et ignorants comme des carpes. La loi fondamentale est de ne rien vendre et rien acheter. Tous sont tenus de se mettre au travail au point du jour. Mais ils se reposent dès qu’ils se sentent fatigués ou simplement disposés à la fainéantise, et les Prudents sont souvent obligés de rendre des édits recommandant plus de diligence et d’ardeur au travail. 

Les Prudents sont au nombre de douze et exercent leurs fonctions à vie. Quand l’un d’eux meurt, ses collègues nomment son successeur. C’est le conseil des Prudents qui règle les différends, répartit à chacun sa besogne et partage les récoltes. En fait de magasins, on trouve à Viorle trois vastes entrepôts : l’un pour le maïs, les légumes et autres produits de la terre, l’autre pour les étoffes et les peaux tannées, et le troisième pour le whiskey. Il n’y a pas de familles à proprement parler, le mariage n’étant pas reconnu. Il semble que cet état de choses devrait engendrer des jalousies et des querelles, mais il n’en est rien. 

L’existence des mille habitants de Viorle s’écoule dans un abrutissement monotone et paisible. 

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1887.
Photo extraite du film : « Back to the Future Part III » Robert Zemeckis, 1990.

Vers la diminution des heures  et des jours de travail 

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diego-riveraIl y a quatre ans environ, Henry Ford surprit ses concitoyens en instituant dans ses usines la semaine de 5 jours de travail en expliquant les mobiles de sa décision. 

Son idée était que la semaine plus courte laisserait aux travailleurs davantage de temps peur utiliser et consommer des produits de l’industrie. A son avis, l’industrie nationale ne pourrait plus subsister au cas où les fabriques établiraient de nouveau la journée de dix heures de travail. Par exemple, i’ouvrier n’aurait guère le temps de se servir de sa voiture, s’il -devait travailler de l’aube jusqu’au coucher du soleil, A son avis, de la même manière que la journée de huit heures avait conduit le pays à la prospérité, la semaine de cinq jours est destinée à  lui procurer une prospérité encore plus grande.

M. Ford .annonça qu’il paierait pour la semaine de cinq jours les mêmes salaires qu’il payait auparavant pour la semaine de six jours, car autrement le but de la réforme, qui consiste à accroître la consommation, ne serait pas atteint. « Mieux vous payez les heures de repos de vos ouvriers, plus grands deviennent leurs désirs. Et ces désirs deviennent vite des besoins. » Pour satisfaire ces nouveaux besoins les ouvriers dépensent largement leur argent et favorisent ainsi la prospérité générale. 

La crise que traverse actuellement l’économie des Etats-Unis, loin de faire abandonner, le point de vue du grand constructeur de Détroit, n’a fait que le renforcer, En effet, dans la généralisation de la semaine de cinq jours on voit aujourd’hui une solution, tout au moins partielle, au chômage, en particulier à celui qui est causé par le développement du machinisme et la découverte de procédés industriels plus économiques, réduisant la main-d’œuvre. 

On calcule que plus de 500.000 ouvriers travaillent aux Etats-Unis d’un bout de l’année à l’autre par application de la semaine de cinq jours. L’an dernier 150.000 ouvriers du bâtiment ont été placés sous ce régime dans la ville de New York seulement. 

Il faut dire cependant que la National Association of Manufacturers s’oppose vigoureusement à la généralisation de la semaine de cinq jours. Elle déclare que son adoption aurait pour effet d’augmenter de plus de 15 % le coût de la vie, de diminuer la production, de détruire dans les travailleurs toute ambition de progresser, et de rendre le pays plus vulnérable vis-à-vis de l’emprise économique européenne. 

Rappelons que l’ancien gouverneur Alfred E. Smith et John J. Raskob, président de la General Motors, se sont par contre déclarés partisans de la semaine de cinq jours en vue de diminuer le chômage. 

« Le Courrier automobile. » Hanoï, 1931
Illustration : fresque de Diego Rivera.

La belle aubaine. 

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pickford-fairbanks

Les douaniers ont assez souvent à visiter des bagages médiocres pour se précipiter lorsqu’ils ont devant eux une voyageuse de marque.

Mary Pickford ne se doutait pourtant pas, en rentrant aux Etats-Unis avec Douglas Fairbanks, qu’on lui ferait autant d’honneur. Quatre inspecteurs consacrèrent une heure et demie à la visite de ses douze malles.

Ils voulurent voir chaque robe, sentir chaque parfum, toucher chaque objet. Comme Mary Pickford leur disait que tout cela ne lui avait coûté que 7.000 dollars, car dans les
magasins on lui faisait des prix d’artiste, ils lui répondirent :

— Ça nous est égal. Nous vous taxons sur le prix fort.

Le bon Douglas dut payer des droits égaux à quatre-vingts pour cent de la valeur présumée des achats de sa femme.

— Vous n’avez rien d’autre à déclarer ? lui demanda-t-on.
— Si ! que vous êtes bien sévères !

Gazette française. Paris, 1928.