Etats-Unis

Parlez-moi d’amour…

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femme radioCertaines stations radiophoniques des Etats-Unis ont inauguré une causerie amoureuse. Chaque jour, le « radio-lover » parle d’amour à des milliers de femmes qui sont à l’écoute. Sa voix douce et insidieuse trouble le cœur des auditrices. Il débute généralement en ces termes :

« Maintenant que nous ne sommes plus que trois : vous, le poste et votre amoureux radiophonique, approchez votre chaise plus près de la voix du speaker et laissez-moi vous parler d’amour ».

Il est à noter que ces émissions amoureuses commencent à 10 heures du matin alors que les maris sont au bureau, et que leurs femmes estiment qu’elles ont le droit de se distraire un peu des rudes besognes ménagères. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les maris américains ne se plaignent pas, paraît-il, de ce flirt d’un nouveau genre.

« C’est encore le moins dangereux », pensent-ils sans doute…

« Le Petit journal. » Paris, 1935.

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Les petites superstitions  des midinettes américaines 

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Johann HamzaIl n’est rien de tel que la vie en commun pour ramener les hommes à la crédulité de la première enfance. Dans un régiment, dans un atelier ou à bord d’un navire, les articles de foi les plus invraisemblables sont accueillis avec autant d’empressement et de candeur que dans un collège de garçons ou un pensionnat de jeunes filles. Il semble que toutes les superstitions admises dans les magasins des cinq parties du globe se soient donné rendez-vous dans la métropole commerciale des Etats-Unis. 

Lorsqu’une modiste laisse tomber de ses mains un chapeau qu’elle n’a pas encore  achevé, c’est un signe de bon augure, car une coiffure qui a roulé sur le parquet ne peut manquer d’être vendue. En revanche, la chute d’une paire de ciseaux annonce toujours une calamité effroyable si l’ouvrière qui, par sa maladresse, s’est exposée à un semblable malheur, commet l’imprudence de les ramasser elle-même. Il faut qu’elle mette le pied sur les ciseaux et attende qu’une de ses compagnes les ramasse et les lui rende. 

Un chapeau de mariée attire des bénédictions sans nombre sur l’ouvrière qui est chargée de fixer des fleurs d’oranger sur ce fragile édifice de dentelles blanches. Mais pour qu’une pareille tâche porte tout le bonheur qu’il est permis d’en attendre, la modiste doit se servir d’un de ses cheveux pour coudre le dessous de la coiffure nuptiale.

Un mot enfin des éternuements, qui sont un langage aussi difficile à interpréter que les le signaux de la marine. Ils changent de sens suivant le jour de la semaine. Le lundi, ils annoncent un danger, le mercredi une lettre, le vendredi un événement fâcheux, mais c’est surtout le mardi qu’ils sont enregistrés avec soin et donnent lieu à des commentaires sans fin. Une modiste qui éternue ce jour-là embrassera le lendemain un étranger.

A peine avons-nous besoin d’ajouter que ce présage inquiétant ne se réalise jamais. Les demoiselles de magasin de New York sont des jeunes filles fort sages qui ne sauraient se permettre une pareille familiarité.  

Paris, 1908.
Peinture : Johann Hamza.

Un village unique

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villageUn voyageur, qui vient de visiter un village unique en son genre aux États-Unis, en envoie la description à un journal de New York : 

Ce village, nommé Viorle, situé à l’extrémité sud-ouest du Kansas, a une population de mille habitants et constitue un town indépendant. II fait et exécute ses lois civiles, criminelles, sociales et religieuses. Il n’y a ni hôtels, ni restaurants, ni établissements publics quelconques à Viorle, et l’étranger qui se hasarde est généralement expulsé. Cependant, une exception a été faite en faveur du voyageur à qui nous empruntons ces détails. 

Après une longue délibération, les Prudents, dont il sera question plus loin, lui ont permis de passer quelques heures dans le village. Viorle a été fondé, au commencement de 1868, par un certain nombre de toqués religieux, sur le principe de la communauté absolue de toutes choses. Les maisons sont petites et invariablement de briques, avec proscription rigoureuse de tous articles, non seulement de luxe, mais de commodité. Absence complète de meubles et pas de planchers. Des peaux, étendues sur le sol nu, sont le seul siège en usage. Presque tous les membres de la communauté ont l’intelligence bornée, l’es- prit simple. Ils sont grossiers d’aspect et de mœurs, et ignorants comme des carpes. La loi fondamentale est de ne rien vendre et rien acheter. Tous sont tenus de se mettre au travail au point du jour. Mais ils se reposent dès qu’ils se sentent fatigués ou simplement disposés à la fainéantise, et les Prudents sont souvent obligés de rendre des édits recommandant plus de diligence et d’ardeur au travail. 

Les Prudents sont au nombre de douze et exercent leurs fonctions à vie. Quand l’un d’eux meurt, ses collègues nomment son successeur. C’est le conseil des Prudents qui règle les différends, répartit à chacun sa besogne et partage les récoltes. En fait de magasins, on trouve à Viorle trois vastes entrepôts : l’un pour le maïs, les légumes et autres produits de la terre, l’autre pour les étoffes et les peaux tannées, et le troisième pour le whiskey. Il n’y a pas de familles à proprement parler, le mariage n’étant pas reconnu. Il semble que cet état de choses devrait engendrer des jalousies et des querelles, mais il n’en est rien. 

L’existence des mille habitants de Viorle s’écoule dans un abrutissement monotone et paisible. 

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1887.
Photo extraite du film : « Back to the Future Part III » Robert Zemeckis, 1990.

Vers la diminution des heures  et des jours de travail 

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diego-riveraIl y a quatre ans environ, Henry Ford surprit ses concitoyens en instituant dans ses usines la semaine de 5 jours de travail en expliquant les mobiles de sa décision. 

Son idée était que la semaine plus courte laisserait aux travailleurs davantage de temps peur utiliser et consommer des produits de l’industrie. A son avis, l’industrie nationale ne pourrait plus subsister au cas où les fabriques établiraient de nouveau la journée de dix heures de travail. Par exemple, i’ouvrier n’aurait guère le temps de se servir de sa voiture, s’il -devait travailler de l’aube jusqu’au coucher du soleil, A son avis, de la même manière que la journée de huit heures avait conduit le pays à la prospérité, la semaine de cinq jours est destinée à  lui procurer une prospérité encore plus grande.

M. Ford .annonça qu’il paierait pour la semaine de cinq jours les mêmes salaires qu’il payait auparavant pour la semaine de six jours, car autrement le but de la réforme, qui consiste à accroître la consommation, ne serait pas atteint. « Mieux vous payez les heures de repos de vos ouvriers, plus grands deviennent leurs désirs. Et ces désirs deviennent vite des besoins. » Pour satisfaire ces nouveaux besoins les ouvriers dépensent largement leur argent et favorisent ainsi la prospérité générale. 

La crise que traverse actuellement l’économie des Etats-Unis, loin de faire abandonner, le point de vue du grand constructeur de Détroit, n’a fait que le renforcer, En effet, dans la généralisation de la semaine de cinq jours on voit aujourd’hui une solution, tout au moins partielle, au chômage, en particulier à celui qui est causé par le développement du machinisme et la découverte de procédés industriels plus économiques, réduisant la main-d’œuvre. 

On calcule que plus de 500.000 ouvriers travaillent aux Etats-Unis d’un bout de l’année à l’autre par application de la semaine de cinq jours. L’an dernier 150.000 ouvriers du bâtiment ont été placés sous ce régime dans la ville de New York seulement. 

Il faut dire cependant que la National Association of Manufacturers s’oppose vigoureusement à la généralisation de la semaine de cinq jours. Elle déclare que son adoption aurait pour effet d’augmenter de plus de 15 % le coût de la vie, de diminuer la production, de détruire dans les travailleurs toute ambition de progresser, et de rendre le pays plus vulnérable vis-à-vis de l’emprise économique européenne. 

Rappelons que l’ancien gouverneur Alfred E. Smith et John J. Raskob, président de la General Motors, se sont par contre déclarés partisans de la semaine de cinq jours en vue de diminuer le chômage. 

« Le Courrier automobile. » Hanoï, 1931
Illustration : fresque de Diego Rivera.

La belle aubaine. 

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pickford-fairbanks

Les douaniers ont assez souvent à visiter des bagages médiocres pour se précipiter lorsqu’ils ont devant eux une voyageuse de marque.

Mary Pickford ne se doutait pourtant pas, en rentrant aux Etats-Unis avec Douglas Fairbanks, qu’on lui ferait autant d’honneur. Quatre inspecteurs consacrèrent une heure et demie à la visite de ses douze malles.

Ils voulurent voir chaque robe, sentir chaque parfum, toucher chaque objet. Comme Mary Pickford leur disait que tout cela ne lui avait coûté que 7.000 dollars, car dans les
magasins on lui faisait des prix d’artiste, ils lui répondirent :

— Ça nous est égal. Nous vous taxons sur le prix fort.

Le bon Douglas dut payer des droits égaux à quatre-vingts pour cent de la valeur présumée des achats de sa femme.

— Vous n’avez rien d’autre à déclarer ? lui demanda-t-on.
— Si ! que vous êtes bien sévères !

Gazette française. Paris, 1928.

Les croix de flammes

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ku-klux-klan

« Empêchez les nègres de voter par tous les moyens », a dit dernièrement à ses électeurs Théodore Bilbo, sénateur démocrate du Mississipi. Deux jours après, un ancien combattant noir était lynché. Puis à Monroe, en Georgie, quatre noirs dont deux femmes, tombaient sous des coups de revolver à la suite d’une querelle banale. Et derrière ces rapides tragédies, les cagoules blanches du Ku-Klux-Klan, d’un seul coup réapparaissent, à la grande terreur de ceux qui croyaient le Klan à jamais impuissant et dispersé. 

Elle était facile à prévoir, pourtant, cette résurrection des citoyens de l’invisible empire. Après chaque guerre, le Ku-Klux-Klan connaît, aux Etats-Unis, une période d’activité brutale, et les mesures que le gouvernement des U.S.A. semble décidé à prendre contre la secte montre bien qu’il ne sous-estime pas le danger qu’elle peut faire courir à la paix intérieure de la grande démocratie américaine. 

Qu’est-ce que le Ku-Klux-Klan ? Et d’abord, que signifient ces trois mots ? On peut les traduire par Clan ,du Cercle (Kuklos = cercle, en grec). L’insigne de l’association est un cercle entourant une croix de Saint-André, comportant un petit carré dans son centre. Le premier K.K.K. avait été fondé en 1866, après la guerre de Sécession, par les Sudistes, à Pulaski, dans le Tennessee, pour le maintien de la suprématie blanche dans les Etats à esclaves . 

Pour terroriser les noirs superstitieux, les Klansmen imaginèrent tout l’attirail des cagoules blanches, des mains de squelettes, des silencieux défilés nocturnes, des réunions aux flambeaux sur les collines. Le chef suprême du K.K.K. se nommât le grand sorcier, empereur de l’invisible empire. La secte était divisée en royaumes avec un grand cyclope, un grand moine, un grand turc, une grande sentinelle, etc. 

Et l’on peut dire que vaincus sur le plan fédéral, les Sudistes, avec le Ku-Klux-Klan,  parvinrent à empêcher les noirs de bénéficier des principales dispositions de la Constitution américaine. Pratiquement, les noirs, qui sont électeurs, n’ont jamais pu voter aux U.S A. 

Le premier K.K.K. fut dissous par ses propres fondateurs en 1869. Après trois ans de fouet, de lynchages et d’exécutions sommaires, le Klan pouvait disparaître, les noirs avaient compris. Vint la première guerre mondiale, avec tous ses remous. Des éléments protestants, nationalistes et xénophobes des Etats-Unis formèrent un second Ku-Klux-Klan dans l’Etat de Georgie, à Atlanta, en 1916, à l’appel d’un pasteur, petit professeur d’histoire, le révérend Williams I. Simmons, surnommé le Colonel, parce qu’il avait été deuxième classe pendant la guerre de Cuba. 

L’association secrète était, en principe, consacrée en tant que société protestante, à l’enseignement de la religion chrétienne, et s’engageait en tant que société de blancs, au maintien perpétuel de la suprématie de la race blanche. Mais, dans la formule qu’il  devait remplir pour entrer dans le Klan, le candidat jurait qu’il était : Natif des U.S.A., vrai et loyal citoyen blanc, d’habitudes tempérantes, attaché aux articles de la Christian religion, au maintien de la suprématie des Blancs, à ceux d’un esprit de clause honorable et aux principes du pur américanisme

Le pur américanisme des adeptes du Colonel W.-I. Simmons se traduisait par la haine séculaire du noir, une xénophobie farouche, un anti-catholicisme qui voulait priver les catholiques du droit de vote, et allait jusqu’à accuser le pape de coloniser le gouvernement des U.S.A. en peuplant les ministères de ses créatures papistes, un antisémitisme tendant à exclure totalement des Etats Unis les juifs qui travaillent contre la société chrétienne, enfin un anti-syndicalisme des plus agissant. 

Pendant quelques années, le nouveau Ku-Klux-Klan s’organise. Mais, à partir de 1921, il passe à l’action directe. Des noirs ont fait la guerre en Europe, ils ont coudoyé les blancs sans être traités en parias, ils reviennent pleins d’idée, séditieuses. Le K.K.K. ne peut tolérer cela. En février 1921, B.-I. Hobbes, de Houston, dans le Texas, est battu, rasé et doit fuir la ville parce qu’il a fraternisé avec des nègres. Dans la même ville, un mois plus tard, un négociant et un dentiste noirs sont atrocement mutilés pour avoir eu des relations avec des femmes blanches. Trois autres, pour le même motif, sont fouettés au sang et marqués au front des trois lettres K.K.K. 

A Miami, en Floride, un archidiacre anglican, le révérend Ph.-S. Irwin prêche l’égalité des races. Les hommes du Ku-Klux-Klan le saisissent, l’entraînent dans un bois, le mettent nu, le fouettent, l’enduisent de goudron et le roulent dans un tas de plumes avant de le renvoyer chez lui. Au mois de mai 1921, à Dallas (Texas), mille cavaliers K.K.K. en cagoules défilent, de jour, dans les rues avec des bannières où s’étalent des mots d’ordre menaçants.  

Partout, le Ku-KIux-Klan multiplie ses démonstrations, ses sévices, ses lynchages. Des Etats du Sud, la secte gagne le Sud-Ouest et l’Ouest. Faible dans les grandes villes cosmopolites, elle est au contraire très puissante dans les milieux ruraux et les petites cités à majorité protestante. Raciste et anticlérical, le Ku-Klux-Klan puise sa virulence dans l’état d’esprit de l’Américain moyen imprégné de puritanisme qu’épouvante la montée du flot des noirs et des étrangers, Irlandais, Méditerranéens, juifs, etc. 

Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, on assiste en ce moment à un retour de flamme analogue à ceux qui suivirent la guerre de Sécession et celle de 1914-1918. Que pourront la police et l’ Association nationale pour le progrès de la race noire contre les nouveaux déchaînements du Klu-Klux-Klan ? Dans les Etats du Sud, même les G.-Men ne boiraient pas un verre d’eau en public en compagnie d’un noir. D’autre part, dans un document du Ku-Klux-Klan daté du 10 juin 1921, on pouvait lire : 

« Nous venons d’enrôler le chef de la police, il se montre heureux d’avoir été initié, heureux de voir que nous pouvons mettre éventuellement à sa disposition notre organisation militaire. Il nous a promis de mettre à la disposition de nos hommes deux cent soixante fusils à répétition et s’est engagé a reconnaître tout chef désigné par nous comme sous chef de la Sûreté. » 

Le Ku-Klux-Klan de 1946 est-il moins bien organisé, a-t-il moins de complicités qu’en 1921 ? Le doute est permis. Son grand patron actuel, le Dr. Green, d’Atlanta, peut déclencher d’un signe une vague de terreur sur la moitié des U.S.A. En ce qui concerne les noirs tout au moins, les événements de ces derniers jours peuvent faire supposer que les consignes sent déjà lancées. 

« Regards. » Paris, 1946.  

Un couple ordinaire

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Un journal américain a rappelé  la domination que Mary Ann Todd Lincoln exerçait sur son mari Abraham, et il a livré une charmante anecdote.

L’excellent homme d’Etat qui devait périr par la main d’un fanatique exerçait au début de sa carrière, à Springfield, la profession d’avocat. Disert et spirituel, il était adoré par la population. Quand il venait au café, (il y allait volontiers) il était aussitôt entouré d’auditeurs attentifs qui ne se lassaient pas de l’écouter et le retenaient jusqu’à une heure fort avancée. 

Ce manège déplaisait fort à Mme Lincoln qui, d’ailleurs, ne croyait pas à la vocation politique de son mari. Elle finit par le menacer de fermer la porte de la maison à minuit, dû-t-elle le forcer à découcher. 

Le soir de l’élection présidentielle, comme minuit et demi sonnait et comme son mari n’était pas rentré, Mme Lincoln poussa le verrou et se coucha. Réveillée peu après par les appels du nouveau président, elle se pencha à la fenêtre et se mit à invectiver furieusement le premier magistrat de l’Etat. 

 Mais je n’ai pas pu rentrer plus tôt, gémissait celui ci, j’attendais le résultat du scrutin. Je suis nommé président !
— Président ! fit Mme Lincoln indignée. Mais tu es gris, mon ami. Joli président que le pays aurait là ! Va coucher ou tu veux, je ne te connais plus… 

Il fallut à Abraham Lincoln un quart d’heure de pourparlers pour décider sa femme à lui ouvrir la porte.