étrange

Les hommes-loups

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hurlements-joe-danteOn va nommer incessamment quelques lieutenants de louveterie. Il ne faudrait pas en conclure que le nombre des loups a grandi dans ces dernières années. Bien au contraire, ces animaux sont devenus très rares en France, alors qu’autrefois ils y étaient un objet de terreur pour les campagnards, en raison de leur audace et de leur férocité. L’Orléanais, le Poitou, le Berry, la Normandie avec ses vastes forêts, l’Artois, l’Anjou, presque toutes nos vieilles provinces avaient à compter avec les loups, terribles pour les bêtes domestiques, et ne craignant pas de s’attaquer aux enfants, aux femmes, et même aux hommes, lorsqu’ils étaient trop pressés par la faim.

Il faut voir dans cette frayeur générale que causaient les loups, la source de mille légendes singulières, de contes épouvantables, sombres histoires, qu’on racontait au coin du feu dans tous les villages, et particulièrement de cette croyance au loup-garou,  acceptée comme exacte depuis les temps les plus reculés, mentionnée par Virgile, Pline et Strabon, plus tard par saint Jérôme et saint Augustin, et confirmée d’une manière solennelle dans l’assemblée de théologiens consultée à cet effet par l’empereur Sigismond.

Inutile de dire que le moyen âge accepta le loup-garou avec empressement et lui donna une place fort honorable à côté du diable, des sorcières, des revenants, des fantômes et des vampires. Cette conviction était si forte qu’elle survécut à ces temps de naïve crédulité. Je ne voudrais pas assurer qu’elle existe encore aujourd’hui dans quelques hameaux isolés, mais il est certain qu’au moment de la Révolution elle possédait toute sa force. On assassina la châtelaine de la Lande-de-Lougé, dans l’Orne, en 1796, parce qu’on la croyait sorcière et meneuse de loups.

J’ai dit, tout à l’heure, que la croyance au loup-garou remontait à la plus haute antiquité. Hérodote nous en fournit la preuve « II parait, dit-il, que les Neures sont des enchanteurs s’il faut en croire les Scythes et les Grecs établis en Scythie, chaque Neure se change une fois par an en loup, pour quelques jours, et reprend ensuite sa première forme. » En effet, le loup-garou n’est point un loup, c’est un être humain qui, pour un temps plus ou moins long, a pris l’apparence d’un animal.

Les vieilles chroniques d’Auvergne rapportent qu’un chasseur de ce pays, s’en allant à la recherche du gibier, fut appelé par un gentilhomme, comme il passait devant la demeure de ce dernier, lequel lui demanda de lui montrer au retour ce qu’il aurait tué. Le chasseur promit. Un peu plus loin, il vit venir de son côté un loup de forte taille, le tira et le manqua. Attaqué par la bête féroce, il saisit son couteau de chasse et lui trancha la patte droite. Le loup, alors, prit la fuite en hurlant. Le soir, cet homme raconta son aventure au gentilhomme, et celui-ci voulut voir la patte coupée. Au grand effroi des deux amis, il se trouva que cette patte s’était changée en une main de femme, portant au doigt un anneau que le seigneur reconnut pour appartenir à son épouse. Il se rendit aussitôt auprès de cette dernière, l’obligea à dégager son bras droit, qu’elle tenait caché, et vit qu’elle avait, en effet, la main coupée. Livrée à la justice, cette femme loup-garou  fut brûlée vive.

Ici, nous sommes dans le fantastique, mais nous revenons à la réalité avec l’histoire du malheureux Jules Garnier, condamné à mort comme lycanthrope, en 1591, par un arrêt du Parlement de Dôle, arrêt qui figure dans les Archives curieuses de l’Histoire de France.

Ce Garnier se croyait changé en bête féroce. C’était un fou. Au vignoble de Chastenay, à un quart de lieue de Dôle, il étrangla une fillette de douze ans et la déchira avec ses dents. Un mois plus tard, il recommença, mais l’arrivée de trois cultivateurs l’empêcha de dévorer sa victime. Quinze jours après, au vignoble de Gredisans, il mit en lambeaux le corps d’un jeune garçon, et, proche le village de Porouse, il allait en faire autant du cadavre d’un petit berger, lorsque des gens survinrent, qui l’arrêtèrent.

En présence des déclarations formelles d’aliénés de cette espèce, comment être surpris de la croyance universelle au loup-garou? C’est pourquoi Claude Prieur, en 1596, Beauvoys de Chauvincourt, en 1599, et Nynaud, en 1615, écrivirent tour à tour sur la Lycanthropie ou transformations d’hommes en loups, vulgairement dits loups-garous. De son côté, l’Angevin Le Loyer et Bodin, hauteur de la Démonologie, firent une large place à ces êtres fantastiques dans leurs absurdes ouvrages, produits d’une imagination délirante. Les gens instruits reconnaissaient, d’ailleurs, que les lycanthropes étaient des malades, qu’il fallait traiter comme tels. Dans son Traité de la guérison des maladies, l’ancien auteur Donat de Hautemer l’explique avec la simplicité pleine de saveur de sa curieuse époque

« Il y a, dit-il, des lycanthropes en lesquels l’humeur melancholique domine tellement qu’ils pensent véritablement estre transmuez en loups; ceste maladie est une espece de melancholie, mais estrangement noire et vehemente, car ceux qui en sont atteints sortent de leurs maisons au mois de fevrier, contrefont les loups presques en toute chose, et toute nuict ne font que courir par les cœmetieres et autour des sepulchres tellement qu’on descouvre incontinent en eux une merveilleuse altération de cerveau.« 

Donc, pour les savants de jadis, le loup-garou n’existe pas. C’est un misérable insensé qu’il faudrait enfermer. Tel ce villageois qui, se croyant loup, en 1541, blessa ou tua plusieurs de ses voisins. A la fin, on le maîtrisa, et comme on lui disait qu’il n’avait point l’apparence d’un animal, il expliqua que les loups-garous étaient velus entre cuir et chair, au contraire des vrais loups.  Les autres, tranquillement, se mirent à l’écorcher pour s’en assurer, « puis, conoissant leur faute, et l’innocence de ce melancholique, le commirent aux chirurgiens pour le penser, entre les mains desquels il mourut quelques jours après« .

Le mois de février était celui des lycanthropes. A cette époque de l’année, toujours au moyen âge, la maladie devenait quelquefois épidémique. C’est, du moins, la conclusion qu’il faut tirer de certains récits, consignés de bonne foi par des écrivains sincères, et en particulier de l’étrange cas de folie collective qui se produisait en Livonie, où les gens des villages se rassemblaient, à un mystérieux appel, et, se croyant tous changés en loups,  parcouraient les campagnes en hurlant, jusqu’au moment où ils tombaient épuisés sur la terre.

Ailleurs, le loup-garou sautait sur les épaules de l’homme isolé, et le forçait à prendre sa course à travers les champs. Au Salon de 1857, Maurice Sand exposa une scène de ce genre, un paysan surpris dans un large chemin de pâture par l’animal fantastique, et, fou de terreur, s’élançant devant lui avec des gestes éperdus. Cette oeuvre, pleine de force, et où règne un sentiment de mystère, provoque chez les plus sceptiques une impression de malaise, et fait comprendre à quel point la croyance au loup-garou devait démoraliser les habitants des campagnes.

Nous n’en sommes plus là, heureusement. Avec les véritables loups, le loup-garou s’en est allé et ne reviendra pas. Cependant, les lycanthropes n’ont point cessé d’exister. De temps à autre, un de ces sinistres fous se montre parmi nous. C’est Jack l’Eventreur, à Londres, Joseph Vacher, en France, épouvantables bêtes féroces qui, dans les siècles de jadis, eussent été rangés parmi les démoniaques.

Jean Frollo. « Le Petit Parisien : journal quotidien du soir. » 1911.

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Ascension mortelle

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alpinismeUn cas de clairvoyance tout à fait remarquable vient d’attirer l’attention des étudiants des recherches psychiques à Chemnitz, en Saxonie. Ce qui rend le cas spécialement intéressant est le fait que le clairvoyant, astronome et  astrologue, frère du grand astronome Geheimrat Professor Dr. Meyermann, chef de l’observatoire à l’Université de Gottingen, commença ces investigations par l’examen d’une photographie.

Le problème consistait à déterminer si un alpiniste, perdu dans les montagnes vivait  encore. Monsieur Meyermann, au premier coup d’œil jeté sur la photographie, déclara que l’alpiniste était mort; ajoutant qu’à son sens il se produisait un changement sur toutes les photographies après la mort de lapersonne. Se basant sur cette décision, le clairvoyant indiqua la place où on trouverait le corps. 

Monsieur Palitsch, inspecteur du Standesamt à Chemnitz, passa des vacances un peu tardives dans les Alpes Bavaroises. Il était accompagné par sa femme. Un jour ils décidèrent d’entreprendre l’ascension d’une montagne, de 2000 mètres de hauteur, ascension considérée comme dépourvue de danger. Le jour de l’excursion, Mme Palitsch se sentant fatiguée, son mari partit seul. Il ne revint pas. Plusieurs expéditions furent envoyées à sa recherche les jours suivants, mais sans résultat. 

Quelques jours après le retour de Mme Palitsch à Chemnitz, M. Meyermann, clairvoyant et astrologue, ami de la victime, s’offrit pour aider à découvrir là vérité sur cet accident supposé. Ayant consulté une photographie, il déclara de suite que M. Palitsch était mort. 

Comme on ne connaissait pas du tout cette partie des Alpes Bavaroises, une carte à grande échelle fut mise devant lui, ainsi qu’un mouchoir appartenant à la victime. M. Meyermann tira de sa poche un petit appareil qu’il appelle « pendulum sidéral » et, par la nature des oscillations de cette pendule au-dessus de la carte, put découvrir exactement la route suivie par le décédé. Cette route, prise par erreur, l’avait conduit vers les précipices de Hohen Kramer. Le clairvoyant, toujours au moyen de son « pendulum sidéral » (procédé plutôt rhabdomancien), détermina le point exact où se trouvait le corps. 

Bien que ni M. Meyermann, ni Mme Palitsch ne soient allés visiter ces précipices sauvages et presque inaccessibles on pût, grâce à la clairvoyance du voyant et avec l’aide de son pendule, non seulement donner une description très exacte de l’endroit, mais encore le meilleur moyen d’y accéder. Les montagnards des environs d’Untergrainau furent surpris de la précision des données, car peu d’entre eux avaient pénétré cet amas de rochers. L’expédition de recherches  trouva le corps de M. Palitsch exactement au lieu indiqué et dans la position décrite par le clairvoyant. 

La police étonnée soupçonna un assassinat, mais une investigation officielle démontra que la mort était due à un accident, et M. Meyermann prouva abondamment qu’il n’avait pas quitté Chemnitz pendant la semaine. Les officiels ont été forcés d’admettre le fait positif de ce cas de clairvoyance. 

Il est intéressant de remarquer que M. Meyermann descend d’une vieille famille des environs de Chemnitz, et que, suivant la tradition, plusieurs de ses aïeux avaient le don de la clairvoyance ou de « double vue ». 

« L’Astrosophie. Revue d’astrologie ésotérique et exotérique » Traduit de « Psychic Science » (Londres), numéro de Janvier 1931. 

Le réveil de Tout-ank-Amon

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Le réveil de Tout-ank-Amon… ou plutôt le réveil de l’activité dans sa tombe déjà si exploitée. On espère que les travaux pourront reprendre le 25 janvier prochain, mais la concession définitive, accordant à M. Howard Carter le droit de diriger les recherches durant cette saison de fouilles et la prochaine, c’est-à-dire jusqu’au mois d’octobre 1926, n’est pas encore signée. Elle ne le sera que quand M. Carter remettra au gouvernement égyptien un document confirmant l’abandon par les héritiers de lord Carnarvon de tout droit sur la tombe.

Le nouvel arrangement reconnaît au gouvernement égyptien la propriété de tous les objets trouvés. Mais les duplicatas pourront être attribués à M. Carter pour des raisons scientifiques, lorsque leur séparation d’avec le reste ne pourra pas affecter la valeur scientifique de la collection.

Maintes gens trouvent que M. Howard Carter ne manque pas de courage, car, après avoir parlé de la mort de lord Carnarvon, on rappelle que le sirdar, misérablement assassiné depuis, fut, l’an dernier, l’un des premiers visiteurs de la célèbre tombe.

L’autre jour, aux obsèques de M. André Tudescq, M. de Lachevrotière rappelait que le défunt était, après lord Nordcliff et M. Maurice Long, le dernier des trois visiteurs de marque des ruines d’Angkor qui, bravant l’interdiction et les malédictions d’un bonze, avaient pénétré près d’une tombe vieille de plusieurs siècles.

Il y a tout de même des coïncidences bien étranges.

« L’Écho annamite. » Saïgon, 1925. 

Perles hantées

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Tout étudiant des sciences psychiques sait bien qu’il y a des maisons hantées, et des personnes hantées, et cette dernière catégorie se rapporte aux cas qu’on appelle « le poltergeist ». C’est à dire les personnes autour desquelles les objets sont violemment projetés sans aucune action physique. Des cas du caractère le plus étonnant se présentent souvent, mais la question n’est pas encore déterminée si cette « infestation physique » (pour employer le terme du Professeur Bozzano) ne se trouve pas dans de plus petites choses, inanimées par exemple les vêtements ou les bijoux.

L’idée est peut-être un peu inquiétante, car cela nous conduit sur le terrain douteux et glissant des malédictions et des influences malignes, qui, à ce qu’affirme la tradition, sont attachées à bien des joyaux historiques. Toutefois, il est parfaitement certain qu’on ne peut pas toujours négliger ce sujet, et qu’il faudra l’étudier sérieusement un de ces jours. Il faut noter que des cas de ce genre arrivent quelquefois, et tout récemment un cas très frappant vient d’être rapporté dans un numéro du Zeitschrift fur Parapsychologie par la Baronne Von Dalwigk.

C’est l’histoire d’un collier de perles qui, originaire des Indes, était en possession de la famille depuis 1701 et dont les perles sont « vivantes ». En ce moment, il appartient à la Comtesse Ellinor, soeur de la Baronne. Dernièrement, elle fit une visite à sa soeur et cette dernière s’aperçut que le fameux collier de perles était sans éclat, « malade », comme disent les experts, et on persuada la Comtesse de le porter constamment : les perles ainsi guérirent et reprirent leur éclat.

Deux semaines plus tard, la Comtesse reçut un choc nerveux, elle sentit les perles remuer sur son cou, La Baronne Dalwigk se moquait un peu et disait, à sa soeur que c’était seulement de l’imagination, mais la Comtesse pâlit et un étrange silence s’établit entre elles. Quelques nuits après, la Comtesse rêva avoir vu deux Hindoux masqués qui la menaçaient d’une revanche. Le matin suivant, un noeud très compliqué (qu’on appelle un noeud de pêcheur) était fait dans le collier. Noeud impossible à faire sans couper le cordon, car le fermoir était fermé. La Comtesse Ellinor, effrayée, refusa de le porter.

La Baronne la persuada de mettre le collier le jour suivant. Elle faisait une promenade dans le jardin, quand subitement, la Comtesse cria d’une voix rauque en essayant de retirer les perles de son cou. sa soeur la conduisit vers un banc, et vit que le collier avait encore un double noeud, quoique le fermoir n’ait pas été touché.

A ce moment, le mari de la Comtesse commença de se troubler, il prit les perles, défit le noeud, mit le collier dans un écrin, enferma celui-ci dans une boîte dont il garda la clé dans sa poche. A son grand étonnement, le matin suivant, le cordon était noué de nouveau. A dater de ce jour, le phénomène eut lieu tous les jours, quelquefois trois fois dans la même journée.

Quelques semaines plus tard, à une réception donnée chez elle, la Comtesse accepta de porter les perles mystérieuses. Pendant que le collier de perles était sur la table, elle remarqua une chose étrange : son collier remua, se tordit, et après un effort, se dressa perpendiculairement droit comme une bougie.

Effrayée, et le front couvert d’une sueur froide, elle trouva assez de courage pour mettre sa main sur le collier et sentit une résistance qui dura quelques secondes avant qu’il ne retomba. Tout de même, elle trouva le courage d’attacher les perles autour de son cou. Aucun autre fait extraordinaire ne se produisit jusqu’au milieu du dîner, et subitement, la Comtesse cria, sa figure devint livide, ses cheveux se crispèrent et elle tomba inconsciente sur sa chaise.

Autour de son cou était une marque rouge comme du sang, large de deux doigts, et qui encerclait le cou entièrement : le cordon qui retenait les perles était brisé en plusieurs endroits. Pendant deux jours, la Comtesse ne recouvra pas l’ouïe et la marque autour de son cou dura quelques semaines.

Quand les perles furent présentées à un vieux bijoutier avec les morceaux de cordon, il secoua la tête et affirma que le cordon avait une grande force de résistance et ne pouvait être brisé que par un effort violent. Mais il regarda la Comtesse et lui dit :

« Il y a, Madame, de drôles de cas dans les vieilles chroniques de bijoux. N’est-il pas possible que vous soyez une de ces personnes naissant tous les mille ans et sur lesquelles les colliers de perles se nouent toujours ? Il y a beaucoup de tels cas dans l’histoire. »

Voici le sommaire de cette étrange histoire. Devons-nous supposer qu’une influence psychométrique existe dans le collier de perles lui-même, dont la puissance était rehaussée par des pouvoirs psychiques inconnus de la Comtesse, à un tel degré que cela ait produit des mouvements télékinétiques et même l’étrange fait de ce noeud compliqué qu’est le noeud de pêcheur.

C’est une question qui reste encore à étudier.

Dr. Nandor Fodor. « L’Astrosophie. » Carthage/Nice, 1931.
Peinture : Accard Eugène. 

Le nauscope 

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Le Gouvernement français reçut au mois d’avril 1780, un mémoire signé Baltineau, ancien employé de la Compagnie des Indes dans les îles de France et de Bourbon, dans lequel cet homme déclarait pouvoir signaler avec une certitude mathématique les navires se trouvant en pleine mer, à 260 lieues de distance.

Cette prétention parut singulière et ne rencontra que des incrédules. Toutefois, le Ministre de la Marine ordonna aux autorités de l’Ile de France, où vivait Baltineau, d’étudier la chose. Il fut convenu que le nauscope (pour employer le mot forgé par Baltineau lui-même) pré-annoncerait les arrivées de tous, les navires, durant huit mois consécutifs. La série d’expériences fut commencée le 15 mai 1782. Voici la déclaration de la Commission d’enquête :

« Sur 114 pré-annonces faites par Baltineau, signalant la présence de 216 navires, il ne s’est trompé que 4 ou 5 fois. Il justifia ces retards par les contrariétés imprévues du temps. » 

Plusieurs de ces prévisions sont véritablement merveilleuses. Le 20 août 1782, Baltineau affirma que plusieurs navires, se trouvaient à la distance de 4 jours de l’île, retenus par des vents contraires. Ce fut ainsi du 20 août au 10 septembre : le 11 septembre, la brise ayant soufflé favorablement, Baltineau déclara que là flotte n’était plus qu’à deux journées du port. Les navires ne tardèrent effectivement pas à arriver, et grande fut la surprise générale lorsqu’on sut qu’ils étaient réellement, depuis, le 20 août, restés immobiles a la hauteur des îles Rodriguez. 

S’étant embarqué pour la France, Baltineau signala en chemin 27 navires, qu’on ne tarda pas à rencontrer, et trois fois le voisinage de la terre. 

Mais le Ministère de la Marine repoussa ses offres, alléguant que les explications fournies par lui sur le moyen par lequel il découvrait les navires lointains étaient absolument insuffisantes. C’est possible, étant donné que les clairvoyants ne peuvent pas se rendre un compte exact du processus de la merveilleuse intuition qui leur est propre. Mais le Gouvernement français aurait dû attacher de l’importance aux faits, non à la théorie. 

Il importe d’observer qu’il ne s’agit là aucunement de contes à amuser les grands enfants. Le récit concernant Baltineau est tiré des  Mémoires Secrets de la Marine Française (tome XIX), gardés dans  les Archives de cette Administration. Bernardin de Saint-Pierre a parlé avec admiration et respect de Baltineau, déplorant, qu’il n’ait même pas pu obtenir une audience du Maréchal de Castries, ministre de la Marine, malgré les attestations, de l’Intendant et du Gouverneur de l’île de France, dont il était nanti. 

« Annales des sciences psychiques. » Paris, 1915.
Peinture de Geoff Hunt.

Monstres des océans

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krakenJamais la superstition humaine n’a peut être imaginé un monstre plus horrible que la pieuvre… Au-centre d’une masse gélatineuse et molle, repoussante, s’arrondissent des yeux fixes, et froids, larges parfois comme une assiette de dessert. Au dessous des yeux, un bec de perroquet énorme, recourbé, puis une sorte de gueule informe, trou immonde… 

Autour de ce sac flasque et bizarre, des bras de géant, des tentacules horribles, atteignant jusqu’à dix-huit ou vingt pieds de long, gros comme le corps d’un petit enfant, ponctués de suçoirs irrésistibles, qui tiennent, détiennent et retiennent implacablement la victime, quelles que soient sa force et sa grandeur. 

Mais connaît-on bien encore les plus grandes et les plus formidables espèces de pieuvre ?

Il y a quelques années, M. Hophins, commandant de la goëlette Mary Ogilvie revenait d’Australie lorsque, à huit kilomètres du golfe Exmouth, il rencontra un monstre  stupéfiant qu’il suppose être un poulpe, c’est à dire une pieuvre gigantesque qu’il prit, tout d’abord pour la carcasse d’une baleine échouée. Ce colosse avait à peu près la forme d’un violon aux proportions extravagantes. A plat, sur la surface de l’eau, il soulevait à la hauteur de trois mètres, un de ses huit tentacules formidables. 

Le capitaine Hophins ne put prendre la mesure absolument exacte de ce colosse extraordinaire dont la structure bizarre et l’étonnante énormité terrifièrent l’équipage. L’honorable marin, qui est en même temps un naturaliste distingué, n’est pas éloigné de croire que si le monstre eut atteint le navire, il aurait pu arriver à le faire chavirer.  Jamais, dans sa longue carrière de marin, il n’avait rencontré de monstre pareil à cette pieuvre géante. 

creature-krakenA mesure que les mers sont de plus en plus explorées, étudiées, fouillées, draguées à des profondeurs immenses si bien que le Pacifique finira par être aussi connu que le lac de Genève, on découvre chaque jour, des espèces étranges et colossales qui feraient croire à l’authenticité possible du fameux serpent de mer. 

Revenant d’un voyage à Trunchim, le savant capitaine Laurent de Ferry aperçut au milieu des vagues une sorte de serpent gigantesque. Aussitôt, il saisit son fusil et tire sur le monstre. Atteint légèrement, le reptile énorme rougit les flots de son sang et disparaît dans l’abîme. Ce monstre inouï, tout l’équipage eut le temps de le voir : sa tête horrible s’élevait à quatre pieds environ au-dessus des vagues et ressemblait d’une manière stupéfiante à celle d’un cheval. Une sorte de byssus épais et verdâtre faisait comme une crinière à son cou extrêmement allongé. 

Outre la tête de ce reptile effrayant, on distingua avec une netteté parfaite une douzaine de ses plis énormes qui renaissaient à une toise l’un de l’autre, longueur vraiment fantastique…. La tête deux fois grosse comme celle d’un cheval ordinaire et plaquée de deux yeux énormes et saillants avait, dans des proportions colossales, le bizarre aspect de la tête des petits hippocampes que l’on peut voir dans l’aquarium du Jardin d’Acclimatation. 

Après Laurent de Ferry voici un naturaliste bien connu, le pasteur Donald Maclan qui, sur la côte de Coll aperçut, lui aussi, un reptile marin d’une grandeur prodigieuse. Sa tête était terrifiante, aussi grosse que celle d’un taureau et présentant l’aspect hideux de la face d’un crapaud gigantesque. Plus effilé que le reste du corps, le cou, très allongé, était garni d’une sorte de crinière, tout comme le monstre aperçu par Laurent de Ferry. La longueur de ce reptile qui s’étalait tranquillement sur la surface des eaux, mesurait au moins 60 pieds. Plusieurs témoins oculaires ont affirmé le témoignage de l’honorable Donald Maclan. 

serpent-merQuelques mois plus tard, vint s’échouer sur la plage de Stronsa, l’une des Orcades, le corps d’un gigantesque reptile marin. Aussitôt, en présence du docteur Barcklay, auteur d’études géologiques estimées, des notables et des juges du pays, on dressa un procès-verbal constatant que le monstre avait dix-huit mètres de longueur et trois mètres de circonférence, qu’une espèce de crinière s’étendait jusqu’à la moitié de son corps, que les soies de cette toison bizarre étaient phosphorescentes la nuit, qu’enfin ce monstre avait des nageoires de quatre pieds de longueur ressemblant aux ailes d’un coq déplumé. 

L’espace dont nous disposons nous force d’être bref et de couper court à de saisissantes relations de ce genre. Elles sont très nombreuses et presque toutes confirmées par des témoins oculaires, aussi dignes de foi par leur caractère que par leur savoir. Que faut-il en conclure ? Nous ne faisons que raconter…

La mer est le domaine mystérieux de l’étrange et de l’horrible. Variées jusqu’à l’infini, les espèces les plus singulières couronnent les vagues, s’entassent sur les rivages, grouillent dans les abîmes….. Combien de pages du grand livre de la Nature n’ont pas encore été coupées ! Ces pages inconnues ne vont pas se perdre dans les profondeurs de la terre ou dans les hauteurs du ciel : Elles trempent dans la mer. Ce ne sont pas les nuages ou les forêts qui nous les cachent, c’est l’abîme ! 

Le Golfe Persique et la mer du Japon présentent quelquefois un spectacle saisissant, plein de grâce et de mystère : un champ de fleurs éblouissantes apparaît tout à coup sous les eaux transparentes, aux regards surpris du navigateur. Ce champ de fleurs sous-marines, plus éclatant que les bleuets et les coquelicots, n’est que la réunion de gigantesques tridacnes ou « grands bénitiers ». Comme les fleurs ouvrent leur calice, ces grands mollusques ouvrent leurs valves et, de leur coquille grande ouverte, resplendissent ces belles couleurs.
monstres-marins
L’écrin, c’est l’écaille, le diamant, c’est la bête. Soudain, on ne sait pourquoi, le bâillement général cesse sur toute la ligne et le parterre disparaît. Le grand bénitier est le roi des coquillages. C’est un géant et un hercule du monde des eaux. Souvent, chacune des valves de l’énorme coquille atteint jusqu’à sept pieds de long et ne pèse pas moins de trois cents kilogrammes. Des naturalistes affirment qu’il faudrait la force de trois chevaux attelés à l’une de ces valves pour faire bailler le colosse malgré lui. 

Jadis, la République de Venise fit présent à François Ier d’un gigantesque tridacne qui resta dans le trésor royal jusqu’au règne de Louis XIV. Cette splendide coquille sert aujourd’hui de bénitier dans l’église de Saint-Sulpice dont elle est la grande curiosité. En Chine, l’écaille du tridacne est appelée à d’autres destinations : quand les valves du grand bénitier sont vulgaires, on en façonne des auges pour les bestiaux. Quand elles sont intactes et fines, d’une remarquable beauté, elles servent de baignoires aux riches dames Chinoises. Dans ce cas c’est un objet de haut luxe, délicatement enjolivé d’ornements d’argent et d’or. 

Auge, baignoire ou bénitier, étrange destinée de cette fille des mers, qui conserve, dit-on, dans les replis de son écaille rose les âpres senteurs elles bruits confus des océans.

Fulbert Dumonteil. « Le Chenil. » Paris, 1902.

L’empreinte

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ombre

Le Dr Francisco Pazienza est un médecin zélé et instruit qui exerce à Roccafinata, près de Tarente, où il habite, avec des parents encore jeunes, une aile de l’ex-palais du marquisat. Très matérialiste, il a changé d’allure depuis un mois et est devenu pensif. Interrogé sur ce changement de caractère, il a raconté à ses amis le fait extraordinaire d’une visite d’esprits dans sa maison.

Presque tous les jours, à la même heure, au moment où l’on va se mettre à table, on entend sonner à la porte de la maison et une voix faible demande la permission d’entrer. On ouvre la porte de dedans toute grande et… on ne voit personne. Mais pendant qu’on referme la porte et après qu’elle a été fermée, on entend distinctement un bruit léger, comme celui que ferait une personne entrant dans la maison et se rendant au salon. Qu’on s’imagine l’impression subie par les habitants de la maison ! On va au salon et on ne voit personne. Seulement, le lendemain matin, on trouve des traces de la visite.

Dans la maison le sol est couvert de carreaux qui font beaucoup de poussière et, malgré tous les soins, il s’en forme une couche sur les meubles. Or, le docteur et ses parents voient, avec horreur, sur le piano, dans la poussière, l’empreinte nette d’une main difforme,  comme celle d’un goutteux. 

On essuya le tout après la première visite de l’esprit invisible, mais, à la visite suivante, la même empreinte se retrouva au même endroit. Mais ce qu’il y a de plus singulier, c’est que le Dr Pazienza pensa un jour à part lui : 

« Pourquoi celle empreinte se montre-t-elle toujours sur mon piano et non pas sur ma table de nuit, par exemple ? »

Le lendemain l’empreinte était sur la table de nuit. Beaucoup de personnes ont été admises à constater ce phénomène.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1908.