étymologie

Origine de l’entremets

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repas-médievalLes savants sont à la recherche des étymologies, comme les parasites sont à la recherche des dîners. Nous qui ne sommes pas des maîtres ès-sciences, mais bien des viveurs  émérites, nous nous mettons à la piste de l’origine des choses qui rentrent dans notre spécialité. 

Nous lisons dans le Dictionnaire de l’Académie que « Entremets » se dit proprement de ce qui se sert sur la table après le rôti et avant le fruit. Certes, voilà une définition aussi claire que l’apocalypse de Saint-Jean ! Que ne donnait-on cet article à faire aux derniers marmitons en veste, ils s’en seraient mieux tirés que les quarante en habits brodés. 

Marie-Antoine Carême, l’illustre auteur du Cuisinier parisien, ne dit mot de l’origine ni des progrès de l’entremets, depuis la renaissance, dans les fastes de la table. 

En 1514, Marie d’Angleterre, reine du beau royaume de France, et femme de Louis XII, le père du peuple, fit son entrée dans la bonne ville de Paris. Maître Jean Boulart, prévôt des marchands, voulant recevoir dignement la jeune épouse du vieux roi, lui fit une superbe harangue qui ne dura que trente-cinq minutes, et la conduisit ensuite dans la grande salle du Palais où un magnifique festin était préparé sur la table de marbre. 

Cette salle était tendue de grandes et riches tapisseries historiées et armoriées. Autour de chaque pilier, de nombreux dressoirs étincelaient de vaisselle d’or et d’argent. 

L’abondance des viandes et des vins provoqua l’admiration des hauts et puissants seigneurs des deux nations. 

C’étaient les « noces de Gamache » servies par des écuyers-tranchants et des maître-queux !

Un historien du Moyen Âge dit que les illustres convives faisaient chère-lie aux sons des trompettes (le cornet à piston n’était pas inventé), et que un chacun semblait être en petit paradis. 

On apporta, pour la première fois, sur la table de la reine plusieurs entremets qui, selon toute probabilité, ne se mangeaient pas, et servaient seulement à décorer le banquet royal. On voyait (toujours au dire du vieux chroniqueur) un phénix , lequel se battoit de ses ailes et allumoit le feu pour se brusler; un Saint-Georges à cheval qui conduisoit Jehanne la Pucelle; un porc-espic et un léopard soutenant l’escu de France, etc. 

Comme la ville de Paris faisait de riches présents à chaque entrée royale, il est présumable que ces entremets en orfèvrerie, ornés de pierres précieuses, étaient le produit de la munificence de la grande cité. 

Les entremets d’autrefois étaient ce que sont aujourd’hui nos surtouts au milieu de la table. 

L’entremets moderne est moins somptueux et plus substantiel. Nous aimons le positif. Est-ce un progrès ? Nos yeux disent : Non. Nos palais disent : Oui. 

Garçon, servez les artichauts à la barigoule !

Justin Cabassol. «  La Gastronomie : revue de l’art culinaire ancien et moderne. » Paris, 1839.

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Un phénomène italien

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alfredo-trombettiJe ne sais rien de plus extraordinaire que le don des langues, chez M. Alfredo Trombetti, à qui l’on vient de décerner les dix mille francs du prix Victor-Emmanuel et à qui l’Université de Bologne a confié la chaire de philologie sémitique. 

M. Alfredo Trombetti avait quatorze ans  lorsque la mort de ses parents l’obligea à gagner sa vie. Il commença par être garçon barbier, puis garçon orfèvre et passa par cinq ou six métiers, où vous supposez bien qu’il n’avait pas grand temps pour travailler à son instruction.  

Mais, un jour, une grammaire française lui tombe entre les mains. Il la feuillette, puis la dévore, comme un autre gamin eût lu un roman d’aventures, et, au bout de très peu de temps, il traduisait couramment le français. Il ne savait naturellement pas le prononcer,mais un maître d’école du voisinage s’étant intéressé à lui et lui ayant donné quelques règles de prononciation, il était bientôt en pleine  possession de la langue française. 

Il trouve la chose amusante, achète une grammaire allemande pour cinq sous et, en quelques semaines, à la stupéfaction du bon instituteur, il savait l’allemand. 

Mais voilà que l’envie le prend de connaître l’hébreu parce que le hasard fait tomber sous ses yeux, une grammaire hébraïque écrite en latin. Terrible obstacle : il ne savait pas le latin. On le mène chez un brave curé, qui lui donne des notions de latin. En quelques mois, Alfredo savait le latin et l’hébreu. 

Continuant de fureter chez le bric-à-brac, il déniche une vie d’Abdel-Kader écrite en français, et contenant un fac-similé en langue arabe traduit en italien. Le bric-à-brac en voulait trente sous, Trombetti n’en avait que six. Il les offre, pour acheter seulement le fac-similé, et le libraire charmé par cette ardeur au travail lui fait cadeau du livre. 

Il fait plus : il le signale à des savants qui fréquentent son magasin, lesquels en parlent eux-mêmes à des littérateurs. Ceux-ci, après avoir minutieusement examiné Trombetti, rédigent le procès-verbal suivant : 

« Le jeune Alfredo Trombetti, Bolonais, âgé de dix-huit ans non encore révolus, orphelin de père, extrêmement pauvre et ayant deux jeunes frères recueillis à l’Asile de mendicité, s’est voué par naturelle inclination à l’étude des langues avec un succès qui fait prévoir que, grâce à des études bien suivies, il pourrait certainement devenir un distingué polyglotte. En effet, après qu’il eut donné des preuves de ce qu’il avait su acquérir dans la naissance des langues dites savantes, les soussignés désirèrent l’entendre dans une réunion amicale, le soir du 18 avril courant. Trombetti s’y étant prêté volontiers, a lu, interprété et raisonné tout ce qu’on lui a mis sous les yeux,  de grec, de latin (et même d’anglais et d’allemand), non sans exposer, à chaque question à lui posée, la raison philosophique et étymologique des paroles exigeant de particuliers éclaircissements. 

Les soussignés jugèrent superflu de poursuivre l’examen sur d’autres langues plus faciles qu’il possède, telles que le français, l’espagnol, le portugais, d’autant plus qu’il est prêt jaà faire preuve des mêmes aptitudes dans l’hébreu et l’arabe.

Bologne, 21 avril 1883.
Signé : Giosué Carducci, Giambattista Gandino, Teodorico Landoni, Gino Rocchi. »

A la suite de ce rapport, la municipalité de Bologne s’empressa d’accorder alors à Alfredo une pension annuelle de six cents francs pour qu’il pût continuer ses études. Mais les professeurs qui l’avaient pris-sous leur protection eurent beaucoup de mal à le plier à des cours réguliers. Il apprenait lui-même et par lui-même, en dehors de toutes les règles. 

Trombetti est aujourd’hui, marié, heureux, presque riche ‘pour sa modeste ambition).  Sa réputation s’étend dans de monde entier. Et je ne crois pas qu’il y ait d’exemple de précocité plus étonnante, sauf celui de Mozart, qui composait une sonate à l’âge de quatre ans.

« Revue hebdomadaire. » Paris, 1904. 

Étymologie du mot renard

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renard-debra-hall

En consultant les anciennes chroniques, on a découvert qu’il existait au moyen âge, sur les frontières du Béarn, un seigneur tout velu, type d’astuce et de méchanceté, appelé Renard. Il était, à dix lieues à la ronde, l’exécration des vilains et des cerfs, et l’on voit encore à la bibliothèque royale les manuscrits d’une vingtaine de romans dont il est le héros.

Dans ce  temps-là, comme au temps de La Fontaine, on aimait à personnifier les animaux, et pour mystifier le seigneur Renard, on lui chercha parmi eux un emblème. Le choix tomba sur un animal à la physionomie fine et trompeuse, au museau pointu, au corps effilé, à la queue longue et touffue, que l’on baptisa du nom de renard. Ce sobriquet lui est resté, et cet animal que l’on appelait auparavant vulpie, du mot latin vulpes, n’est plus connu maintenant que sous le nom de renard.

« Journal des anecdotes anciennes, modernes et contemporaines. »Paris, 1833.
Illustration : Debra Hall.