excentricité

Mon train à moi !

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On connaissait des souverains qui se payaient la coûteuse fantaisie d’un théâtre pour eux tout seuls. On connaît sur ce point les originales exigences du feu roi de Bavière, Louis II.

Voici qu’un lord anglais, le marquis de Dewonshire, s’est offert le luxe d’un chemin de fer qu’il exploite en personne. Il s’est fait construire une voie ferrée qui, avec des sinuosités, passe à travers ses propriétés sur une longueur de dix milles anglais. Le matériel consiste en une locomotive, un tender et un wagon pour les voyageurs, décoré princièrement.

A chaque départ, les plus jeunes membres de la famille, y compris les dames mêmes remplissent les fonctions de garde-voie ou d’aiguilleurs en se tenant avec leurs pavillons à signaux près de leurs maisonnettes de gardes. Le marquis chauffe lui-même la chaudière, il monte ensuite sur la locomotive et la lance à travers l’espace avec tous ses hôtes, à la vitesse de quarante milles anglais à l’heure.

Très souvent, il donne l’alarme à son personnel de chemin de fer, c’est-à-dire à sa famille, au beau milieu de la nuit. Ses hôtes se jettent à bas de leur lit, courent au wagon, qui bientôt dans une course folle dévore l’espace sous les flots de lumière électrique qui éclaire le paysage.

« Le Réveil de la Haute-Saône. »   Vesoul, 1895.
Illustration : activitesbebes.com

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Les tocs de Zola

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Il y a, chez bien des personnes, sensées d’ordinaire, une impulsion intérieure, une sorte de force mystérieuse qui les pousse à accomplir des niaiseries, des actes qu’elles réprouvent à la réflexion, dont elles sont mécontentes et même humiliées, et dont elles sont les premières à rire quand on les leur reproche. Elles ne songent même pas à résister à cette force intérieur, qui serait beaucoup plus puissante que leur volonté, tant les actes qu’elle commande leur semblent anodins, et cela devient vite une habitude dont elles ne peuvent plus se débarrasser.

L’acte est, ou superstitieux (et c’est alors le fétichisme), ou absolument sans raison et sans but, et c’est l’excentricité, la manie, que nous appelons de nos jours la loufoquerie.

C’est ainsi qu’Emile Zola, au dire du Dr. L. Porcheron, comptait dans la rue les becs de gaz, les numéros des portes, des fiacres, et les additionnait. S’il ne sortait pas de chez lui du pied gauche, il craignait de ne pas réussir dans une démarche qu’il allait entreprendre. Et, cependant, l’auteur de La Terre avait un cerveau aussi puissant que bien équilibré, et ces petites faiblesses d’esprit étonnent chez un homme de sa valeur.

« Almanach du Petit Parisien. » Paris, 1924. 

Le « la » de Schumann

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Robert Schumann était un excentrique tout à fait remarquable. Il avait des théories toutes spéciales sur les tons et sur les temps en musique. Il ne pouvait écrire de morceau en certaines tonalités. Celle du la majeur inspirait en lui l’image de vertes prairies et d’agneaux occupés à paître; une autre, celle du mi bémol, lui montrait le ruisseau qui murmure sous une verte feuillée. Il se refusait obstinément à composer dans le ton de fa mineur, parce qu’il lui faisait, penser à la mort, et au jugement dernier, et qu’il croyait voir apparaître en chevauchée macabre, le coursier décrit, par l’Apocalypse. Et lorsqu’une absolue nécessité le forçait à composer dans ce ton, il en était malade pendant plusieurs jours.

Vers la fin de sa vie, Schuman fut absolument hanté par le spectre de la note la. Elle lui revenait sans cesse aux oreilles, retentissant dans son cerveau comme une sorte de glas funèbre et lancinant.

« Cette note, écrivait Schuman à l’un de ses amis, elle s’assied près de moi au moment où je me mets à table; elle s’installe à mon chevet, au moment où je veux m’endormir. C’est un supplice épouvantable, tel que ne doivent pas en endurer les damnés !…

Pour échapper à cette atroce obsession, le maître chercha, dit-on, plusieurs fois à se suicider. L’arrivée de quelques amis l’empêcha heureusement, de mettre son sinistre projet à exécution.

« Le magazine universel. » Paris, 1903.