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Le Diable en Afrique

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exorcismeUne émotion assez vive, causée par un fait des plus étranges, a agité l’an dernier tout un quartier de la ville de Bône. 

Il est un haut et puissant personnage dont on parle depuis longtemps, que beaucoup ont appelé, que bien peu ont eu l’honneur de voir, au moins en ce monde, le Diable ! oui, le Diable, qui, s’il ne s’est pas montré dans toute sa majesté, le front armé des cornes classiques, s’est cependant manifesté de la façon la moins douteuse dans une maison de la rue Staoueli, habitée par des juifs. 

Cette famille était tranquillement occupée aux soins du ménage. Tout à coup le seau du puits s’est violemment jeté, de lui-même et sans provocation, sur une cruche qu’il a mise en pièces. Les assistants, épouvantés, ont pris la fuite, et, quand ils sont rentrés avec du renfort, ç’a bien été autre chose ! Un feu était sorti de terre; une marmite infernale, venue on ne sait d’où, bouillotait sans qu’aucune main humaine y eût touché; le tentateur s’était même amusé à couper en menus morceaux un melon qui se trouvait là; enfin, et ceci est plus grave, une pluie de pierres tombait sur les curieux, dont plusieurs ont été plus ou moins contusionnés. 

On ne nous demandera pas, sans doute, de faire connaître les motifs que pouvait avoir le Diable d’en agir ainsi. La maison est-elle construite, comme on l’a avancé, sur les restes d’un saint marabout dont l’âme révoltée a, très-mal à propos, été prise pour le malin esprit ? Nous n’en savons rien, mais nous devons rendre cette justice aux habitants de la maison, que rien n’a été négligé par eux pour exorciser Satan. 

Le cadi, le rabbin, un peu de musique arabe même, et, ce qui pouvait bien être aussi utile que tout le reste ensemble, la police, ont été appelés pour faire cesser les plaisanteries déplacées de l’ennemi du genre humain, 

Enfin, une dernière précaution, la plus sage de toutes à notre avis, a été prise par les juifs. Connaissant les vices du Diable, ils ont résolu de s’en débarrasser par sa propre gourmandise. On a disposé, pour cela, dans une chambre de la maison, les mets les plus appétissants, les confitures les plus délicates; on a levé la clef, et depuis lors tout est tranquille. 

Le Diable festine à son aise, et tout le monde est content. 

« Almanach astrologique. » Paris, 1858.

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Histoire d’une damnée

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Apparition

Dans une ville du Pérou, une fille de seize ans, nommée Catherine, mourut tout à coup, chargée de péchés et coupable de sacrilèges

Du moment qu’elle eut expiré, son corps se trouva tellement infecté qu’on ne put le garder à la maison, et qu’il fallut le mettre en plein air pour le délivrer un peu de la mauvaise odeur. Aussitôt, on entendit des hurlements semblables à ceux de plusieurs chiens. Le cheval de la maison, auparavant fort doux, commença à ruer, à s’agiter, à frapper des pieds, et à chercher à rompre ses liens, comme si quelqu’un l’eût tourmenté et battu violemment. Quelques moments après un jeune homme qui était couché, et qui dormait tranquillement, fut tiré fortement par le bras et jeté hors de son lit. Le même jour une servante reçut un coup de pied sur l’épaule, sans voir qui le lui donnait et elle en garda la marque plusieurs semaines.

On attribua toutes ces choses à la méchanceté de la défunte Catherine, et on se hâta de l’enterrer, dans l’espérance qu’elle ne reviendrait plus. Mais au bout de quelques jours, on entendit un grand bruit, causé par des tuiles et des briques qui se cassaient. L’esprit entra invisiblement et en plein jour dans une chambre où était la maîtresse et tous les gens de la maison; il prit par le pied la même servante qu’il avait déjà frappée, et la traîna dans la chambre, à la vue de tout le monde, sans qu’on pût voir celui qui la maltraitait ainsi.

Cette pauvre fille, qui semblait être la victime de la défunte, allant le lendemain prendre quelques habits dans une chambre haute, aperçut Catherine, qui s’élevait sur la pointe de ses pieds pour attraper un vase posé sur une corniche. La fille se sauva aussitôt, mais le spectre s’étant emparé du vase la poursuivit et le lui jeta avec force. La maîtresse ayant entendu le coup accourut, vit la servante toute tremblante, le vase cassé en mille pièces, et reçut pour sa part un coup de brique qui ne lui fit heureusement aucun mal.

Le lendemain, la famille étant rassemblée, on vit un crucifix, solidement attaché contre le mur, se détacher comme si quelqu’un l’eut arraché avec violence, et se briser en trois morceaux. On prit le parti de faire exorciser l’esprit, qui continua longtemps ses méchancetés, et dont on eût beaucoup de peine à se débarrasser.

 » Infernaliana  »   Charles Nodier, Ed. Sanson, Paris, 1822.