expert

Expertise

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On affirme qu’il n’y a qu’une catégorie d’experts qui ne se soient jamais trompés : les experts en dégustation. Rien ne pourrait leur faire donner une appréciation fausse et erronée. Je veux vous en donner la preuve par cette anecdote.

Un expert dégustateur en Bourgogne en entrant dans une cave, glisse et se fend le crâne. On accourt, on s’empresse autour de lui et comme il n’y a pas d’eau sous la main pour laver sa blessure, un tonnelier la baigne dans une sapine remplie de vin tiré à la première barrique venue. 

Le blessé ouvrant un œil mourant et faisant claquer sa langue au palais, murmure alors avec effort: « Pommard 1800, bonne cuvée ! » puis il referme l’œil, se raidit et rend l’âme. 

Voilà ce qui s’appelle un expert. Cette mort, dans son genre, est aussi belle que celle du soldat de Marathon.

« La Joie de la maison. » Paris, 1895.

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Prestidigitateur en cour d’assise

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procureurLa fonction d’expert-prestidigitateur près les cours et les Tribunaux vient d’être, en quelque sorte, officiellement inaugurée. Hier, en Cour d’assises, un honorable prestidigitateur, M. Charles de Lang, domicilié rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, faisait, avec l’émotion de rigueur, ses débuts devant MM. les jurés dans une affaire de fabrication de fausse monnaie. 

Un pauvre diable, nommé François Lugon, mendiant et vagabond par tempérament, prestidigitateur par profession, comparaissait devant la Cour d’assises sous l’accusation de fabrication de fausse monnaie. Soixante-dix pièces de deux francs en étain, trouvées en sa possession, s’étalaient sur la table des pièces à conviction. L’accusé, pour tout système de défense, s’est borné à dire, avec ce profond accent de sincérité qu’ont toujours les grands coupables : 

Je ne suis pas un faux-monnayeur. Je suis seulement un prestidigitateur. Et pour exercer ma profession il me faut de fausses pièces de monnaie. C’est ce qui explique pourquoi on m’a trouvé porteur de toutes ces fausses pièces à l’effigie de la République française et du roi d’Itatie. 

Et Lugon ajoutait :

Si j’étais un véritable faux-monnayeur, je n’aurais pas crevé de faim, comme cela m’arrivait !

L’accusé avait fait citer à l’audience un prestidigitateur, M. Charles de Lang, qui exerce depuis trente ans et qui a conquis sur nos places publiques une légitime réputation. Avec une gravité qu’eût enviée un expert en écritures, M. Charles de Lang, vieillard à barbe vénérable, a fait à la barre, devant MM. les jurés très attentifs, un petit tour de prestidigitation. 

L’honorable témoin avait en poche une quarantaine de pièces de monnaies en carton destinées à faciliter ses explications techniques. Il a développé avec beaucoup de maestria ses théories sur l’art du prestidigitateur, art qui, malheureusement, n’occupe pas dans la société actuelle la place à laquelle il a droit. 

Le cours de M. l’expert a été écouté très religieusement. 

Finalement, M. Charles de Lang a déclaré que les pièces trouvées en la possession de l’accusé pouvaient bien avoir servi à celui-ci pour faire ses tours. Puis, il a ajouté, avec une grande tristesse dans la voix 

Lugon a été mon élève. Je lui ai donné jadis des leçons de prestidigitation, mais il n’avait pas de dispositions pour cet art, et il ne sera jamais un prestidigitateur sérieux. 

Après le réquisitoire de M. l’avocat général Morillon et une plaidoirie très éloquente de Me Lagasse, Lugon a été acquitté.

 « Le Petit Parisien. » Paris, 1890. 

Petit cadeau 🙂

L’âge avancé

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femme

Blanche Vogt raconte dans l’Intransigeant le curieux procès que voici :

Un monsieur vient de mourir en laissant toute sa fortune à sa cuisinière, sous la réserve d’une condition. Ce patron a stipulé sur son testament que pour jouir de ses biens, quand il mourrait, Julie devait être dans un âge avancé.

Un neveu intéressé, comme il s’en trouve quelquefois, attaque le testament sous le prétexte que Julie n’ayant que 49 ans à la mort de son maître, cet âge ne constitue pas un « avancement » suffisant pour justifier la nécessité d’hériter.

La question est portée devant un tribunal de province. Les juges seront sans doute bien embarrassés pour la trancher. Une femme de quarante-neuf ans est-elle une femme d’un âge avancé ? Julie, la cuisinière, l’assure d’une voix forte. Et c’est peut-être la première femme qui mette tant de franchise et si peu de coquetterie à cet aveu.

Le neveu, en galant chevalier, va partout clamant qu’à 49 ans une femme est à la fleur de l’âge, voire même qu’elle participe encore de l’adolescence. On dit que cette rare délicatesse semble suspecte à certains experts en toge.

Comment se comporteront les magistrats français ? Peut-être laisseront-ils la question indécise, de sorte que les femmes de 49 ans conserveront le bénéfice du doute.

« La Revue limousine. »  Limoges, 1927. 

Cordiale rivalité

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michel-ange-raphael

On a beaucoup exagéré la rivalité entre Michel-Ange et Raphaël, comme le démontre entre autres l’anecdote rapportée par Cinelli à propos des fresques de la Pace.

Raphaël d’Urbin avait peint pour Agostino Chigi à Santa Maria della Pace quelques prophètes et quelques sibylles sur lesquels il avait reçu un à-compte de 500 écus. Un jour il réclama du caissier d’Agostino le complément de la somme à laquelle il estimait son travail. Le caissier, s’étonnant de cette demande et pensant que la somme déjà payée était suffisante, ne répondit point.

Faites estimer le travail par un expert, dit Raphaël, et vous verrez combien ma réclamation est modérée. 

Giulio Borghesi (c’était le nom du caissier) songea tout de suite à Michel-Ange pour cette expertise, et le pria de se rendre à l’église et d’estimer les figures de Raphaël. Peut-être supposait-il que l’amour-propre, la rivalité, la jalousie, porteraient le Florentin à amoindrir le prix de ces peintures. Michel-Ange alla donc, accompagné du caissier, à Santa Maria della Pace, et, comme il contemplait la fresque sans mot dire. Borghesi l’interpella.  

Cette tête, répondit Michel-Ange, en indiquant du doigt une des sibylles, cette tête vaut cent écus !

Et les autres ? demanda le caissier.

Les autres valent autant.

Cette scène avait eu des témoins qui la rapportèrent à Chigi. Il se fit raconter tout en détail, et, commandant d’ajouter aux 500 écus pour cinq têtes 100 écus pour chacune des autres, il dit à son caissier :

Va remettre cela à Raphaël en paiement de ses têtes, et comporte-toi galamment avec lui, afin qu’il soit satisfait, car s’il voulait encore me faire payer les draperies, nous serions probablement ruinés.

« Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël. » Charles Clément, Paris, 1861.