Exposition Universelle

Le spiritisme a la Sorbonne

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cazeneuve_mariusVers la fin de l’Exposition universelle a eu lieu à la Sorbonne une séance de magie et de prestidigitation : c’était en l’honneur des instituteurs que cette soirée était donnée. M. Marius Cazeneuve se proposait de démontrer l’inanité des miracles spirites. Il l’a fait aux applaudissements de la salle entière, et il a atteint son but de la façon la plus démonstrative.

Il parait désormais impossible — quoique depuis la mésaventure des frères Davenport on pût penser que c’était chose faite — de tromper les esprits crédules et d’évoquer devant nos yeux les âmes des morts, ces âmes dont la nature est justement incorporelle, et, par conséquent, n’a point de forme. Mais les spirites ne se laissent pas arrêter pour si peu !

M. Cazeneuve a ouvert la séance par un speech dans lequel il remerciait M. le ministre de l’instruction publique de lui avoir accordé l’autorisation de donner une séance en l’honneur de MM. les instituteurs, les éducateurs de la jeunesse de France. Son but était de faire une guerre sans merci à la superstition, en prouvant le charlatanisme des soi-disant spirites, qui avaient le don d’évoquer les esprits. Son expérience était concluante en ce qu’elle prouvait que l’adresse, sans autre moyen occulte, pouvait dans des circonstances cherchées, telles que l’obscurité, des effets d’optique, etc., frapper les esprits faibles et souvent amener de tristes résultats.

Puis M. Cazeneuve a commencé son expérience en priant MM. les instituteurs de déléguer plusieurs d’entre eux pour contrôler de près ses faits et gestes.

On avait établi sur une petite estrade une espèce de cabine fermée par des rideaux, qui remplaçait l’armoire traditionnelle des médiums. M. Cazeneuve prit alors une chaise; après s’être fait lier les mains avec des bandes de toile, les manchettes cousues aux bandes, on posa cette chaise dans la cabine sur une planche à poteau, on fixa sa tête par un anneau, et on attacha ses pieds au moyen de cordes adhérentes à la planche. De plus, on mit une pièce de monnaie sur chacun de ses pieds.

Ainsi lié, il ne pouvait faire aucun mouvement. On ferma alors le rideau, et on entendit instamment le bruit de sonnettes agitées, le roulement d’un tambour, la sonnette d’un clairon.

On ouvrit le rideau, et on trouva M. Cazeneuve dans la situation dans laquelle on venait de l’enfermer. Il demanda ensuite un nom et un chiffre. On lui donna Chrysostome et 37,422, qui, peu d’instants après, furent reproduits sur une ardoise. A ce moment, MM. les instituteurs, très incrédules, émirent l’idée d’un compérage. Alors M. Cazeneuve pria de nouveaux délégués de venir constater que leurs collègues n’étaient pas encore devenus compères.

On referma le rideau, et successivement il découpa en dentelles une feuille de papier et roula une cigarette qu’il se mit à fumer. L’étonnement augmenta lorsqu’il pria un de ces messieurs de vouloir bien venir s’asseoir à côté de lui, les yeux bandés, dans la chambre obscure. Aussitôt un instituteur se présenta et fut introduit dans la cabine. Quelques secondes se passèrent, et on entendit des coups de pistolet.

Que s’était-il passé ? On ouvrit, anxieux, le rideau, et on trouva le délégué en manches de chemise, et M. Cazeneuve était toujours arrimé à sa chaise et au poteau.

La stupéfaction remplaça l’étonnement, et MM. les instituteurs exigèrent de leur collègue, qui dut justifier de son identité, le récit de ce qu’il venait d’éprouver. M. Cazeneuve, en quelques mots, donna l’explication de ces émotions, en disant qu’il avait dû sentir sur son corps et sur son visage des attouchements de mains chaudes et froides, qui lui avaient enlevé sa montre dans la poche de son gilet et retiré sa redingote.

M. l’instituteur confirma le dire de M. Cazeneuve, qui, harassé de fatigue, termina la première partie de la séance en affirmant à nouveau que tous les faits qui venaient de se produire, aussi extraordinaires qu’ils pussent paraître, n’étaient dus qu’a son habileté, sans le concours d’aucune puissance spirite.

Après quelques minutes, M. Cazeneuve enthousiasma son auditoire par une série de tours de cartes fantastiques, et MM. les instituteurs, émerveillés de sa dextérité, le quittèrent charmés de l’excellente soirée qu’ils lui devaient.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1880.
Peinture : Marius Cazeneuve par Pierre Yrondi.

Les marcheurs

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Les amateurs de réclame inventent de temps en temps une nouvelle turlutaine, et chaque fois les badauds ne manquent pas de leur faire une galerie. Nous avons eu naguère la série des jeûneurs; nous en sommes, depuis la dernière Exposition Universelle, à celle des marcheurs, ou mieux des circulateurs.

Nous les avons vus venir en 1889 les uns après les autres, qui en vélocipède, qui en brouette, qui sur ses jambes. La série continue, et Paris dernièrement n’a eu d’oreilles que pour les exploits du lieutenant Winter, qui est venu à pied de Russie. Voilà maintenant qu’un de nos compatriotes, jaloux d’illustrer le nom de Dornon, est parti sur des échasses pour aller jusqu’à Moscou.

Malheureusement, ou heureusement pour lui, Sylvain Dornon a été entravé dans sa route par la neige intempestive qui est tombée ces jours derniers. Voudra-t-il néanmoins aller jusqu’au bout ? Peu importe maintenant. Il aura fait parler de lui, et c’est tout ce qu’il voulait.

« Journal littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Gravure : Le départ pour Moscou, L’Illustration, 21 mars 1891.

La danse du ventre

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Cet exercice chorégraphique, qui fit les délices des visiteurs du Champ de Mars en 1889, avait survécu à l’Exposition Universelle, et s’était finalement introduit dans bon nombre de théâtres et de cafés-concerts.

Mais il parait que la danse du ventre, en se francisant par trop, a fini par perdre la respectabilité que lui avait donnée tout d’abord son caractère exotique, et le préfet de police vient de l’interdire d’une façon générale. Voilà sur le pavé bon nombre de nos aimées des Batignolles et de Montmartre.

« Gazette parisienne. » Paris, 1891.
Illustration : Giulio Rosati.

L’empereur Guillaume et le vingtième siècle

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On connaît certaines excentricités de l’empereur Guillaume. On se souvient qu’il avait décidé que le vingtième siècle commencerait le 1er janvier 1900, à la grande stupéfaction du monde allemand consulté..

D’après certains bruits, le kaiser, en prenant cette décision, aurait agi par superstition. Bien qu’il prétende le contraire, l’empereur n’oublie pas cette prophétie du moine Hermann de Lehninn, d’après laquelle il serait le dernier empereur de la race des Hohenzollern ; il doit disparaître « à la suite d’une grande guerre, qui ouvrirait et ensanglanterait le nouveau siècle. » L’année 1900; année de l’Exposition Universelle, ne devait pas être cette année funeste. En en faisant la première du nouveau siècle, c’était dérouter la prophétie et éviter les malheurs annoncés pour la première année du siècle… Quand on est superstitieux on doit s’attendre à tout !

La presse indépendante note ces explications avec ironie. Elle les voit les symptômes d’un état d’esprit inquiétant chez le souverain et en même temps une situation politique encore moins rassurante. Un peu partout, on a peur de l’année qui va commencer.

« L’Écho du merveilleux. »  1er janvier 1901.

caractères : Century Schoolbook