expression

L’Arche sainte du petit commerce

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jules-breton

Il a été relevé cette expression, d’un lyrisme si touchant, sur une affiche bleue, blanche et rouge, qui conviait, ces jours derniers, le petit commerce, précisément, à des élections consulaires.

Du reste, les signataires de l’affiche dénonçaient avec juste raison les agissements du haut négoce, qui paraît de plus en plus jaloux des trusts américains. L’affiche dont il s’agit rappelle  une circulaire, conçue dans un tout autre esprit et ayant trait à un tout autre objet, qu’on distribuait à Roubaix, il y a quelques années :

Nous venons aujourd’hui faire appel à vous tous, courageux catholiques de Roubaix, pour protester en faveur du rétablissement des processions.

C’est le plus bel acte de foi que vous puissiez faire en faveur de votre Dieu. Pourquoi notre Dieu n’aurait-il pas le droit de traverser librement nos rues, tout aussi bien que le dernier des mécréants ?

Ce sera en même temps un grand acte de charité que vous ferez en faveur du petit commerce, qui souffre tant dans notre ville.

Eloquence de la foi ! C’est textuel.

« Le Penseur. »  Paris, 1901.
Illustration : « Le Pardon de Kergoat. »  Jules Breton.
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« Au diable vert »

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Ruines du château de Vauvert.
Ruines du château de Vauvert.

Le diable de Vauvert habitait le château de Vauvert ou Val vert (vallis viridis), qui a disparu de nos jours pour faire place à l’allée qui conduit du Luxembourg à l’Observatoire. Philippe-Auguste, excommunié par le Souverain-Pontife pour avoir, sans motif réel, répudié la princesse Ingelburge, sa femme légitime,en faveur d’Agnès de Méranie, se retira au château de Vauvert.

Sans doute les alarmes de sa conscience et les terreurs populaires qui venaient jusqu’à lui peuplèrent cette habitation royale d’esprits de ténèbres. On prétendait que le diable y était entré et s’y était établi; car le peuple de ce temps, bien que partagé entre la souveraine autorité de l’Eglise et un roi tendrement aimé, tout en n’osant maudire ce cher coupable, ne subissait qu’en gémissant la réprobation sainte qui du trône retombait sur lui. L’excommunication, c’était bien réellement le deuil pour notre belle France catholique. La juste colère de l’Eglise couvrait de ténèbres ses splendeurs. La conscience publique grondait sourdement et accusait tout bas l’auteur de tous ces maux.

On crut entendre depuis ce temps tous les bruits de l’enfer dans cette demeure royale. Il s’y faisait, disait-on, un épouvantable tapage, et cette tradition, qu’elle fut fondée ou non, avait cours encore parmi le peuple au XVIIe siècle. Si bien que le diable de Vauvert était la plus parfaite expression de Satan, ainsi qu’on lit dans d’Assoucy :

Bref, tant en esté qu’en hyver,
On fait le diable de Vauvert.

Il faut croire aussi que le vent, s’engouffrant dans les nombreuses carrières qui existaient près  de ce vieil édifice, n’était peut-être pas pour rien dans ces bruits étranges qui faisaient la terreur de Paris et des environs.

Toujours est-il qu’on se débarrassa du château de Vauvert en 1257 ou 1258. Saint Louis le donna aux Chartreux à cette époque; mais la tradition dit que les bruits n’en continuèrent pas moins.

Maintenant, ni le diable ni le château ne sont plus là. On a démoli le manoir royal. La locution à laquelle il donnait lieu n’a pas disparu tout à fait; mais elle est du moins bien altérée. On ne dit guère plus, Envoyer quelqu’un au diable de Vauvert, mais au diable vert (au diable Vauvert, de nos jours). Or, comme Vauvert était très éloigné du vieux Paris, on se sert de cette expression pour indiquer la plus grande distance possible. Envoyer quoiqu’un au diable vert, c’est l’envoyer promener bien loin.

« Les proverbes : histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons français. » Joséphine Amory de Langerack, Lille, 1883.

 

Monter sur ses grands chevaux

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chevaliers

Prendre un parti vigoureux, menacer, se mettre en colère; montrer de la hauteur, de la sévérité dans ses paroles.

Ma colère à présent est en état d’agir ;
Dessus ses grands chevaux est monté mon courage.
(Molière)

Dans les beaux temps de la chevalerie, on distinguait deux espèces de chevaux : le palefroi et le destrier. Le palefroi (des trois mots par le frein, car il était toujours, dans les cérémonies, conduit par des écuyers) était le cheval de service ordinaire et le cheval de parade. Léger, gracieux. et d’une allure aisée, il figurait richement caparaçonné dans les solennités publiques. C’est sur le palefroi que les rois et les seigneurs faisaient leur entrée triomphale dans les villes; c’est aussi le palefroi que montaient les châtelaines.

Le destrier (que les écuyers conduisaient à leur droite ou dextre, ad dexteram) était le cheval de main ou de bataille; il était grand et fort. Spécialement propre aux hommes d’armes, on l’appelait aussi cheval de lance.

De ses guerriers à l’éclatante armure
Le roi des preux s’avance environné.
Éblouissant de pourpre et de dorure,
Un destrier, à la haute encolure,
Parmi la foule en pompe est amené :
C’est Fulgurin. Son pied frappe la poudre;
Son flanc jamais n’a senti l’aiguillon;
Fier de son maître, il vole, et de la foudre
A la vitesse, et le choc et le nom.
(Millevoie,
Charlemagne à Pavie.)

Ainsi les grands chevaux étaient les chevaux de guerre, ceux qu’on montait, quand l’ennemi paraissait, pour défendre ses droits ou venger une injure. Quand les chevaliers quittaient le palefroi pour le destrier, ils montaient sur leurs grands chevaux.

C’est de là aussi que nous est venue l’expression cheval de bataille, pour désigner la chose sur laquelle on s’appuie le plus fortement.

« Petites ignorances de la conversation. »  Charles Rozan, Hachette, Paris, 1860.

Comme le chien du jardinier

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chien

D’après un vieux conte, un jardinier avait dressé un chien à garder ses choux. Le jardinier mourut, et le chien, fidèle à sa consigne, ne voulait laisser prendre les choux par personne.

Ce qui frappait le plus nos pères dans ce conte, c’est que le chien ne pouvait cependant manger les choux.

D’après une autre version, le jardinier avait dressé le chien à garder un coffre d’avoine, et, le jardinier étant mort, le chien s’obstinait à ne pas laisser le cheval approcher du coffre.

Qui qu’il en soit, on compare au chien du jardinier une personne qui ne veut ni faire ni laisser faire, un avare qui ne veut ni dépenser ni laisser dépenser, un égoïste qui ne veut pas céder aux autres ce dont il ne peut jouir.

Mais, madame, s’il vous aimait vous n’en voudriez point, et cependant vous ne voulez point qu’il soit à une autre. C’est faire justement comme le chien du jardinier.

Molière. « La Princesse d’Élide. »

De l’oignon pour de l’ail

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navire

« C’est de l’oignon pour de l’ail » a-t-on coutume de dire à Cologne, pour indiquer une spéculation peu fructueuse. Voici ce qui a donné naissance à ce dicton.

Un négociant avait eu la singulière idée de composer exclusivement d’oignons le chargement de son navire, et de faire voile ainsi vers des contrées nouvellement découvertes par delà les mers. C’était une inspiration de génie, car il aborda dans une île où les oignons étaient tout à fait inconnus, et ce légume fut trouvé si délicieux que le marchand n’eut pas de peine à troquer sa cargaison d’oignons contre une cargaison d’or pur.

Peu de temps après un, autre spéculateur voulut faire de même, non plus avec des oignons, mais avec de l’ail. Il remplit donc d’ail son navire, et alla jeter l’ancre dans la même île où l’on avait si bien payé les oignons. L’ail fut accueilli avec plus de faveur encore que ne l’avaient été naguère les oignons, et notre homme comptait naturellement sur une affaire plus profitable que celle de son prédécesseur.

Mais l’or ayant été trouvée de trop peu de valeur pour payer des denrées d’un aussi grand prix, on chargea en échange le navire, avec ce que l’on estimait plus précieux que l’or. C’est ainsi que le second spéculateur revint avec un chargement d’oignons.

« L’Ami des enfants. »  N. Martin, Marie Laubot, Paris, 1867.

Etre sur son trente-et-un

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couple

Se mettre sur son trente-et-un, c’est se mettre en grande toilette pour rendre une visite, assister à un baptême, à une noce, etc.

Trente-et-un ou trente-un est une corruption de trentain.

Au Moyen Age, des règlements fort sévères punissaient, non-seulement les ouvriers qui avaient employé dans leur fabrication des matières premières avariées, mais encore ceux qui ne donnaient pas à leurs produits les formes et les dimensions requises. En ce qui concernait les tisserands en laine, ces règlements allaient jusqu’à fixer le nombre des fils dont devait se composer la trame. On trouve à ce sujet des détails curieux dans l’Histoire de l’industrie française, d’Alexis Monteil. Le collage de la chaîne, le foulage, le foutrage, le soufrage, le calendrage, tout est prévu, sans oublier la longueur et la largeur de la pièce; et le contrevenant pouvait être condamné, en certains cas, à avoir le poing coupé, « ce qui était bien fait, car les honnêtes tisserands voulaient conserver leurs deux mains. »

Suivant la qualité des draps, la trame devait se composer de quatorze-cents ou de dix-huit cents fils. Pour le drap fin destiné aux vêtements de luxe, le nombre des fils était de trente fois cent fils; ce qui fit donner à ce drap le nom de trentain.

Parler du trentain était donc le fait d’un homme riche qui ne regardait pas aux dépenses de toilette.

Trentain, terme technique, se métamorphosa facilement en trente-un dans la bouche de ceux qui ne connaissaient pas l’origine de cette appellation; et, comme l’usage a prévalu de dire trente-et-un, ces mots sont restés pour désigner une toilette soignée.

« Dictionnaire des curieux. »  Ch. Ferrand, Besançon, 1880.