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Plus vite que la lumière !

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facteurDepuis si longtemps que l’on se plaint des retards postaux, l’Administration a sans doute cherché le moyen d’y remédier. L’a-t-elle trouvé ? Oui, elle a trouvé le moyen. Tout au moins le bureau de poste n° 35 l’a trouvé. Ce bureau de poste envoie les lettres et même les imprimés en avance

Comment s’y prend-il ? Oh ! rien n’est plus simple. Vous savez qu’en France on arrange tout au moyen d’un cachet. Et les cachets, vous le savez aussi, ne manquent pas dans les bureaux de poste. Alors, il suffit d’appliquer sur les lettres ou les journaux un cachet qui porte la date du surlendemain. La lettre ou le journal ne seront distribués que deux jours plus tard, selon la règle, mais porteront une date satisfaisante. 

Exemple : je dépose un journal au bureau de poste n° 35, le 29 septembre. L’employé ne sera pas si naïf que d’y appliquer le timbre à date du 29 septembre. Il y applique le timbre à date du 1er octobre, jour où la feuille arrivera à destination. Ainsi tout le monde est content : l’employé, le facteur, qui n’a pas besoin de se presser, et le destinataire qui ne sent pas le retard. 

Malheureusement, l’autre matin, le facteur, animé d’un zèle louable, a distribué sans tarder une lettre qui était datée de deux jours plus tard. Et le destinataire, à sa grande stupéfaction, a vu la date du 1er octobre sur une enveloppe qu’il ouvrait le 29 septembre…

« L’Attaque. » Paris, 1919.

Galipette

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La ladrerie du bon Félix Galipaux est célèbre dans le monde du théâtre. Le plus beau, c’est que ce n’est pas une légende, et les traits, qu’on en rapporte sont souvent au-dessous de la vérité.

L’ingéniosité de Galipaux pour esquiver la moindre dépense a quelque chose de miraculeux. C’est principalement à l’époque des étrennes qu’elle se manifeste dans toute sa beauté. Cette année, voici ce qu’il a trouvé pour ne pas verser l’obole traditionnelle entre les mains du facteur :

Pardon, mon bon ami, a-t-il dit avec une extrême simplicité à celui qui lui présentait son calendrier, j’ai décidé de ne rien donner au facteur cette année.
— Pourquoi donc ? fit l’autre, étonné.
— Parce que vous vous êtes mis en grève en avril dernier, dit Galipaux, et ce jour-là justement est restée en souffrance la lettre très urgente d’un directeur qui me convoquait pour me confier un rôle important. Je suis arrivé trop tard à la convocation, le rôle était confié à un autre, j’ai perdu plus de trente mille francs dans le coup.

Il dit adieu, et gracieusement referma la porte, content de lui.

« L’Œil de Paris. » Paris, 1930.

Les kilomètres du facteur

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Plus de gens qu’on ne le pense font, et même plusieurs fois dans leur vie, le tour du monde, ou du moins l’équivalent. S’il vous faut un exemple entre mille, nous vous citerons le nommé Delon, habitant Rousson, facteur rural attaché au bureau de poste de Salindres (Gard), qui vient de mourir après avoir fourni une carrière de vingt-trois ans.

C’était, paraît-il, le facteur du département et peut-être même de France le plus infatigable. Il parcourait cinquante kilomètres par jour, et, en admettant qu’il lui fût accordé vingt jours de permission pour maladie, congé, etc., il marchait pendant trois cent quarante-cinq jours de l’année.

Il en résulte que son trajet était de 17250 kilomètres par an, soit, pendant vingt-trois ans, 396750 kilomètres. En résumé, le facteur Delon a fait, durant sa carrière dans l’administration des postes, un chemin qui équivaut à plus de onze fois le tour de la terre, et ce, pour la somme relativement dérisoire de 15870 fr.

« Les Annales politiques et littéraires. »  Paris, 1883.

Les facteurs sont discrets

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 Walter-Fürstenau

Les facteurs lisent-ils les cartes postales qu’ils sont chargés de distribuer ? Une comédienne allemande le soutenait. Recevant de nombreuses cartes d’admirateurs. Elle se plaignait que celles-ci fussent lues à la poste et par son facteur

On aurait pu lui répondre que, si elle n’était pas contente, elle n’avait qu’à prier ses correspondants de lui envoyer des lettres bien closes. Le directeur des postes de Berlin préféra publier un véritable manifeste pour dire que les facteurs ne lisent jamais les cartes postales qu’ils doivent remettre. Il y a deux raisons pour cela. La première, c’est qu’ils n’ont pas le temps. La seconde, c’est que les cartes postales ne contiennent jamais rien d’intéressant.

Eh ! mais, pour affirmer ce second point, ne faut-il pas que le directeur lui-même ait lu quelques cartes. Les facteurs alors ne liraient pas, mais le directeur lirait. Voici qui trouble bien des esprits germaniques.

« Comoedia. »  Paris, 1927.
Illustration : Walter Fürstenau.

La poste à Paris en 1653

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Tous ces jours-ci, les journaux enregistrent des plaintes contre la difficulté et les lenteurs postales à Paris où l’on a pourtant des tubes pneumatiques et des téléphones. Il n’est pas sans intérêt à ce sujet de signaler un règlement sur la poste parisienne de 1653. Paris était alors réputé comme la ville la mieux organisée de l’Europe sous ce rapport.

Le règlement vise les lettres écrites d’un quartier de Paris à un autre avec une réponse payée que le facteur rapportait à la personne qui avait écrit. On attachait à la lettre un billet de retour. Un commis apportait la lettre à destination, attendait la réponse et la rendait au premier expéditeur. Le prix de ces billets avec retour port payé était d’un sou marqué; on les vendait au palais, bureau du commis général, chez les tourières des couvents, chez les portiers des collèges et communautés et chez les geôliers des prisons.  

Le règlement du 8 août 1653 porte: « Les solliciteurs sont avertis de donner quelque nombre de ces billets à leurs procureurs et à leurs clercs, afin qu’ils les puissent informer à tous moments de l’état de leurs affaires, et les pères à leurs enfants qui sont au collège ou en religion, et les bourgeois à leurs artisans. »

Voilà un genre de lettres qui n’existe plus aujourd’hui, mais qu’on devrait bien rétablir. Ce serait assurément un progrès d’en revenir à 1653 sur ce point.

 « Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Les étrennes : une coutume qui date de loin

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etrennes...

Il est une heure de la matinée qui, à elle seule, est souvent plus agréable, en hiver surtout, que les vingt-trois autres. C’est l’heure qui suit le réveil. Heureux ceux qui peuvent de temps en temps dérober cette heure à leur travail, et plus heureux ceux qui, tous les jours, dans un bon dodo, ont le doux plaisir de savourer ce moment où l’esprit, frais et dispos, parcourt les régions merveilleuses enfantées par l’imagination.

Malheureusement, à cette époque de l’année, il est bien difficile de jouir en paix de cette heure délicieuse.

Pan ! pan ! pan !
— Qui est là ?
— Le facteur.

A la pensée qu’une lettre chargée arrive peut-être, on se précipite, on ouvre.

  Bonjour, m’sieu.
— Bonjour, mon ami.
— Le facteur vous la souhaite bonne et heureuse, m’sieu, et vient chercher ses étrennes.

Après le facteur ; le charbonnier ; après le charbonnier, un autre, etc., etc.

Pendant vingt-cinq jours, à partir du 15 décembre, tous les matins, on nous la souhaite bonne et heureuse. Ce qui ne nous empêche pas, notez bien, de passer le plus souvent une mauvaise année. Et je ne compte pas les souhaits que nous adressent dans la journée les garçons coiffeurs en vous plaçant devant la légendaire petite corbeille, où les pièces d’argent sont artistement disposées ; pas plus que ceux des garçons de café qui ont un talent particulier pour nous faire payer fort cher de mauvais cigares enrubannés.

Les étrennes sont tellement entrées dans nos moeurs que tous les gens susceptibles d’en recevoir les considèrent aujourd’hui comme une chose due. L’usage des étrennes a toujours existé, et son origine, se perd dans la nuit des temps, Il n’en est pas de même du mot, qui nous vient des Romains. Cette coutume fut introduite à Rome, paraît-il, sous le règne de Tatius Sabinus, qui reçut le premier la verveine du bois sacré de la déesse Strenia, en signe de bon augure de la nouvelle année. Du nom de strenia, on fit strena, qui veut dire étrenne.

A cette époque, on se contentait d’offrir des rameaux cueillis dans le bois sacré ; mais on ne tarda pas à donner des figues, des dattes et du miel, comme pour souhaiter qu’il n’arrivât rien que de doux dans le reste de l’année. Plus tard on. en vint à offrir des médailles et monnaies d’argent, car on s’était aperçu de la naïveté de ceux qui croyaient que le miel était plus doux que l’argent.Sous les empereurs, le peuple, qui n’était pas malin, venait pendant sept ou huit jours souhaiter la bonne année à son maître, et chacun apportait un présent qui servait au tyran, soit à acheter des idoles d’or, soit à payer des courtisanes.

L’empereur Tibère, trouvant qu’il fallait faire trop de dépenses pour prouver au peuple sa reconnaissance par d’autres libéralités, défendit les étrennes passé le premier jour de l’année. Son successeur, Caligula, qui était d’une ladrerie peu commune, en rétablit l’usage, mais se contenta de recevoir sans rien donner en échange, ce qu’on trouvera d’un bon goût douteux.

La mode des étrennes a été conservée dans tous les pays et sous tous les régimes. Cependant, en 1793, un édit eut la prétention de la supprimer en France. Inutile de dire que l’édit tomba dans l’eau.

Cette mode est si bien établie qu’il faut avoir une bonne, dose d’avarice ou d’énergie pour encourir les sarcasmes que les désappointés font   pleuvoir sur ceux qui ne donnent rien. Exemple, le quatrain suivant qui eut sa célébrité :

Ci-gît, dessous ce marbre blanc,
Le plus avare homme de Rennes ;
S’il est mort la veille de l’an,
C’est pour ne pas donner d’étrennes.

Le fameux cardinal Dubois, qui était très avare, comme on sait, voulant une fois se soustraire à la règle, répondit, à son maître d’hôtel qui lui demandait ses étrennes :

« Je vous donne tout ce que vous m’avez volé dans le courant de l’année. »

On ne trouverait pas beaucoup de serviteurs aujourd’hui capables de se contenter de ce raisonnement.

En Chine, comme en Europe, les étrennes sont en honneur. En Angleterre, on s’y prépare dès la Noël (christmas), en mangeant des quantités incommensurables de boudins. Au Japon, les choses se passent d’une façon assez drôle. Voici ce que dit M. Aimé Humbert à ce sujet :

« L’épouse a déposé sur les nattes du salon les étrennes qu’elle offre à son mari. Aussitôt qu’il se présente, elle se prosterne à trois reprises, puis, se relevant à demi, elle lui adresse son compliment, le corps penché en avant et appuyé sur les poignets et sur les paumes de ses mains, dont les doigts restent allongés dans la direction des genoux. La pose n’est pas des plus gracieuses, mais ainsi le veut la civilité japonaise. L’époux, de son côté, s’accroupit en face de sa compagne, les mains pendantes sur les genoux jusqu’à toucher le sol du bout de ses doigts, inclinant légèrement la tête, comme pour prêter d’autant mieux l’oreille. Il témoigne de temps en temps son approbation par quelques sons gutturaux entrecoupés d’un long soupir ou d’un sifflement étouffé. Madame ayant fini, à son tour, il prend la parole et, de part et d’autre, on échange solennellement les cadeaux. »

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1887.