factionnaire

La guérite

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Le Gaulois raconte une bonne aventure arrivée à M. Théophile Gautier. Il sortait d’un ministère vers six heures et il se trouvait en face d’une guérite qu’il prit pour un mur d’ urinoir

Le factionnaire, exaspéré, sortit de sa boite et saisit Gautier au collet par son foulard rouge. Gautier, avec une dignité olympienne, lui expliquait sa méprise, mais il fallut aller au poste. Heureusement en chemin, un employé du ministère se porta garant pour le chantre des Emaux et Camées.

On le relâcha, et il arriva, de dix minutes en retard pour dîner chez la princesse Mathilde.

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Déserteur involontaire

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davout

Un détachement du corps de Davout occupait l’île de Rugen. L’ordre arrive de l’évacuer à l’instant, et l’on s’embarque avec tant de précipitation, qu’on oublie un factionnaire.

Celui-ci, après s’être promené ponctuellement de long en large pendant deux à trois heures, perd enfin patience et retourne au poste, qu’il trouve vide. Il s’informe et apprend avec désespoir ce qui s’est passé.

« Mon Dieu! je vais être porté comme déserteur, perdu, déshonoré. » 

Ses cris touchent de compassion un honnête artisan qui l’emmène, le console, l’héberge, et au bout de quelques mois lui donne en mariage sa fille unique. Cinq ans après, on signale une voile. Les habitants accourent, on reconnaît les uniformes de la grande armée. — C’est fait de moi,  s’écrie d’abord l’heureux époux de la jolie Marguerite.

Cependant, une idée subite lui rend courage. Il court au logis, revêt son uniforme, saisit ses armes, revient sur le rivage et se pose en sentinelle au moment même où les Français vont débarquer.

Qui vive ? s’écrit-t-il d’une voix tonnante.
Qui vive vous même ? répond-on du bâtiment. Qui êtes-vous ?
Factionnaire.
Combien y a-t-il de temps que vous êtes en faction ?
Cinq ans. 

Louis Nicolas d’Avout rit beaucoup de l’à-propos et fit délivrer un congé en bonne forme à son déserteur involontaire.

« Encyclopédie populaire : journal de tout le monde. »  Paris, 1856.