fantôme

Le visiteur nocturne

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bibliothequeEn 1860, l’Evening Post relatait un fait assez curieux sur lequel on se livrait depuis quelques jours à des commentaires assez amusants. Les spiritualistes y voyaient une preuve de plus des manifestations de l’autre monde. Les gens sensés reconnaissaient les symptômes d’une hallucination. 

Le docteur Cogswell était bibliothécaire en chef de l’Astor Library. Le dévouement qu’il apportait à l’achèvement d’un catalogue complet de la bibliothèque lui faisait souvent prendre pour son travail les heures qui devraient être consacrées au sommeil, et c’est ainsi qu’il avait l’occasion de visiter seul, la nuit, les salles où tant de volumes sont rangés sur les rayons. 

Vers 23 heures, il passait ainsi, le bougeoir à la main, devant un des meubles garnis de livres, lorsque, à sa grande surprise, il aperçut un homme qui paraissait examiner avec soin les titres des volumes. Imaginant tout d’abord avoir affaire à un voleur, il recula et examina attentivement l’inconnu. Sa surprise devint bien plus vive encore lorsqu’il reconnut dans le nocturne visiteur un docteur, qui avait vécu dans le voisinage de Lafayette Place, mais qui était mort et enterré depuis six mois. 

M. Cogswell ne croyait pas beaucoup aux apparitions et il s’en effrayait encore moins. Il crut néanmoins devoir traiter le fantôme avec égards :

Docteur, lui dit-il, comment se fait-il que vous qui, de votre vivant n’êtes probablement jamais venu dans cette bibliothèque, vous la visitiez ainsi, après votre mort ? 

Le fantôme, troublé dans sa contemplation, regarda le bibliothécaire avec des yeux ternes et disparut sans répondre. Pensant qu’il était victime d’une hallucination due à quelque plat indigeste qu’il aurait mangé au dîner, il retourna à son travail, puis s’alla coucher et dormit tranquillement.

Le lendemain, à la même heure, il lui prit envie de visiter encore la bibliothèque. A la même place que la veille, il retrouva le même fantôme, lui adressa les mêmes paroles et obtint le même résultat. M. Cogswell examina alors les rayons qui semblaient intéresser si vivement le fantôme, et par une singulière coïncidence, reconnut qu’ils étaient tous chargés d’ouvrages anciens et modernes de nécromancie. Le lendemain, quand pour la troisième fois il rencontra le docteur défunt, il varia sa phrase et lui dit : 

Voici la troisième fois que je vous rencontre, docteur. Dites-moi donc si quelqu’un de ces livres trouble votre repos, pour que je le fasse retirer de la collection.  

Le fantôme ne répondit pas plus cette fois que les autres, mais il disparut définitivement. Le persévérant bibliothécaire a pu revenir à la même heure et au même endroit, plusieurs nuits de suite, sans l’y rencontrer. 

Cependant, sur l’avis des amis auxquels il raconta l’histoire, et des médecins qu’il avait consultés, il se décida à prendre un peu de repos et à faire un voyage de quelques semaines jusqu’à Charlestown, avant de reprendre la tâche longue et patiente qu’il s’était imposée. Comme ses proches, M. Cogswell était d’opinion que la fatigue lui avait sans doute provoqué l’hallucination du visiteur de la nuit.

Illustration : montage.

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Les ombres tristes

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grotte-miraculeuseLes journaux belges racontent que, depuis quelques semaines, une dame blanche se promène chaque soir sur la lisière des bois du pays de Thuin et, particulièrement, aux environs de l’abbaye d’Aulne. 

C’est peut-être le cas de rappeler que la dame blanche n’a rien de spécial au pays de Thuin. Elle occupe une place prépondérante dans la poésie germanique, mais on la trouve également en Ecosse, en Belgique, en France, jusqu’en Italie. Tout le monde connaît la dame blanche d’Avenel, cette si douce « Meg Merillis » du « Guy Mannering » de Walter Scott, dont Boïeldieu, aidé d’un médiocre livret de Scribe, fit un agréable opéra comique. La Dame blanche de l’hôtel de Cluny, à Paris, est célèbre : la Renaissance y voulut découvrir l’ombre plaintive de Marie Stuart, qui, veuve de François II, avait passé à Cluny le temps de son deuil, un deuil blanc, tel que les reines d’alors le portaient.

De même, l’ancien palais du comte d’Egmont, à Bruxelles, devenu l’hôtel d’Arenberg, possède la dame blanche, visible quand est prochain le trépas de quelqu’un de la  maison. Cardan rapporte, d’une famille noble de Parme, que lorsqu’un de ses membres devait mourir, on voyait toujours une vieille femme aux voiles blancs assise sous la cheminée de la demeure patrimoniale. C’est une Dame blanche encore qui, depuis des siècles, se montre dans les résidences impériales au moment du trépas des membres de la maison d’Autriche : c’est elle qu’on vit à Miramar la veille du jour où l’on allait exécuter l’archiduc Maximilien à Queretaro, et elle fut à la Hofburg lors du drame de Meyerling et de l’assassinat de l’impératrice Elisabeth. 

On pourrait prolonger à l’infini la nomenclature de ces ombres tristes, mais il suffira de rappeler la plus jolie, la plus touchante des histoires de Dames blanches. Elle vient de Flandre et n’est pas très répandue en dehors de son cercle d’origine :

Une pauvre campagnarde était morte en couche. Dès la première nuit après ses funérailles, comme le nouveau-né pleurait, on vit soudain entrer dans la maison en deuil, un fantôme blanc, ayant les traits et la stature, de la morte, qui prit l’enfant dans son berceau, s’assit  avec lui sur une escabelle, le caressa, le baisa au front, lui donna le sein, puis, après l’avoir replacé endormi sur sa couchette, disparut sans qu’on l’eût entendu marcher. Et la même ombre revint chaque nuit, durant des mois, pour faire exactement la même chose, jusqu’au moment où le petit fut assez fort pour être sevré. Alors, elle cessa ses visites. 

Mais la foi en cette légende devait rester tellement solide au cœur des paysans de certaines régions flamandes, que l’on y affirme encore couramment et énergiquement l’inutilité de s’occuper de la nourriture nocturne des poupons dont la mère mourut en les mettant au monde, car celle-ci sortira du tombeau et viendra chaque nuit allaiter son enfant aussi longtemps que ce sera nécessaire. 

Beaucoup de bébés ont souffert et furent victimes de cette croyance naïve, et, certes, jamais personne n’a vu une mère défunte allaiter son enfant. 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1902.

Le fantôme  de Conan Doyle à New York 

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conan-doyleLe fantôme de sir Arthur Conan Doyle a été invité par un juge américain à cesser de parader dans les rues où il gêne la circulation.

A la vérité, cette mise en demeure a été signifiée à Mme Elisabeth O’Hare, une vieille dame qui affirme être le représentant personnel de l’esprit de sir Arthur sur la terre.

Mrs O’Hare, très connue dans les milieux occultistes de New York sous le nom d’Elisabeth la transcriptrice, a dû comparaître devant les tribunaux pour avoir défilé le long de la Cinquième Avenue, porteuse d’une grande bannière par laquelle elle défiait M. Joseph Dunninger de venir discuter avec l’esprit de sir Arthur le problème de la survie.

M. Dunninger avait offert une somme équivalant à 2.000 livres à toute personne qui pourrait lui soumettre une phrase type de dix mots que sir Arthur Conan Doyle lui avait confiée avant de mourir.

Mrs O’Hare a décliné devant ses juges toute responsabilité en ce qui concerne la parade qu’on lui reprochait.

« C’était l’esprit de Conan Doyle,a-t-elle déclaré, je n’avais pas la possibilité d’agir autrement.« 

« L’Intransigeant. » Paris, 8 juin 1937.

Le testament

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albert-ankerSamuel Giorgi était un enfant trouvé, un de ces nombreux enfants abandonnés, que l’on ramasse pour les déposer dans un hospice.

A une époque que nous ne pouvons préciser exactement, il fut transporté à l’hospice de Foggia, la ville des jardins et des fontaines. Là, un employé à soixante francs par mois, vieux, myope et ennuyé, le dota d’un nom, d’un prénom et d’un numéro. Puis nous ignorons totalement ce qui lui arriva, nous ne sommes pas en droit de connaître comment il traversa toutes les vicissitudes de la vie.

L’enfant trouvé de Foggia, favorisé par une heureuse destinée, réussit à conquérir sa place dans le monde, il amassa une immense fortune et se créa une famille. 

A Legnano, où il demeurait, il passa la meilleure partie de sa vie, et comme il n’avait jamais fait de dette, il ne voulut pas en laisser après sa mort. Lorsque vint pour lui l’heure du trépas, il pensa qu’il devait acquitter l’unique dette qu’il avait sur la conscience. Dette non commune, de nature tout à fait exceptionnelle, dette de gratitude. 

Il est évident de Giorgi ne prit pas le temps d’aller quérir un notaire. Il se contenta d’écrire ses dernières volontés sur une simple feuille de papier à lettres, léguant une grande part de sa fortune au profit de l’hospice de Foggia, l’institut où il trouva : berceau, refuge et vie. 

Quand la mort le prit, il partit heureux d’avoir payé l’unique dette qu’on aurait pu lui reprocher. 

Pour sa propre satisfaction, il parut oublier sa nombreuse famille, mais cette dernière découvrit la lettre dans les vêtements que Samuel portait encore à l’heure de sa mort, et pensa qu’il serait utile de détruire le document dictant ses dernières volontés. Une vieille, la belle-mère du défunt, proposa à tous les parents réunis et qui prirent connaissance de la lettre fatale, de la faire disparaître afin de pouvoir diviser entre eux la fortune de Giorgi. 

Se groupant tous dans la chambre même où se trouvait le cadavre, les parents se promirent réciproquement le secret. Dans la nuit, ils allumèrent les cierges, et, en présence du mort, firent le partage du riche testament. Selon le degré de parenté, chacun eut sa part et jura de nouveau le secret. 

Le lendemain matin, Samuel, cloué dans son cercueil, prit le chemin du cimetière accompagné par les pleurs et les regrets de tous ceux qui, quelques heures auparavant se partageaient sa fortune. Mais, quand les parents voulurent entrer en possession de leur richesse, le mort, Samuel lui-même, l’enfant trouvé, eut une idée tout à fait géniale. 

Dans le calme d’une nuit de décembre, il prit son apparence humaine, remit les habits qu’il avait lors de la cérémonie funèbre et dont ses pieux parents le revêtirent pour la dernière fois et alla rendre visite à deux de ses belles-sœurs qui avaient participé au partage de ses biens. Les deux sœurs furent réveillées en sursaut et eurent la terrifiante surprise de se trouver en présence de Samuel Giorgi. Au dire des deux dames, le fantôme leur fit d’amers reproches et des malédictions de toutes sortes. 

Dès que l’apparition s’évanouit, les deux sœœurs dénoncèrent, sous l’anonymat, la lettre détruite et le complot. L’autorité judiciaire procéda à une enquête autant à Legnano qu’à Foggia et le résultat ne fut pas ébruité. On apprit, toutefois, que l’hospice de Foggia entra en possession de son héritage et que de nombreuses arrestations furent opérées.

« L’Astrosophie. » Traduit du « Monda Occulta », Naples, numéro de Janvier-Février 1931. 
Peinture: Albert Anker.

Les hantises de la place Saint-Etienne

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the-knickA Rennes, les environs de l’ancienne église Saint-Etienne ont été presque jusqu’à nos jours redoutés par les habitants des environs : on disait qu’ils étaient hantés par des personnages mystérieux qui pouvaient bien appartenir à l’autre monde.

En 1825, l’église qui servait de magasin de campement, était entourée d’un vieux cimetière dont les murs tombaient en ruines. Un soldat montait la garde à l’une des brèches. Peut-être dès cette époque, ce lieu passait-il pour être le théâtre d’apparitions. Toujours est-il qu’un étudiant se déguisa en fantôme pour faire peur à la sentinelle. Celle-ci le frappa d’un coup de baïonnette dont il mourut. On ignora son décès, et l’on,crut que le soldat avait vu un revenant. 

L’amphithéâtre de l’Ecole de Médecine qui se trouvait dans un coin du cimetière Saint-Etienne contribuait encore a donner un mauvais renom à ce coin de Rennes. 

Enfin, un peu plus tard encore, on trouva un matin d’hiver dans les rues de Rennes, une fille du nom de Tiberge, bâillonnée et presque mourante. Le bruit se répandit aussitôt en ville que les  carabins, comme on appelait alors les élèves en médecine, s’étaient livrés sur elle à des expériences de toutes sortes. 

Les étudiants portaient alors de longs cabans avec un capuchon, et l’on disait que le soir, ils allaient par bandes dans les rues et emportaient à l’amphithéâtre, sous leurs manteaux, les jeunes filles qu’ils rencontraient. Pendant des mois, les ouvrières n’osèrent sortir seules des ateliers, où les parents allaient les chercher le soir. 

Tous ces faits réunis furent longtemps un sujet d’épouvante surtout dans le quartier Saint-Etienne où se trouvaient l’amphithéâtre et les carabins. 

A. Orain. « Revue des traditions populaires. » Paris, 1898.
Illustration : « The Knick »  Steven Soderbergh, 2014.

Le reçu

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fantomeJe vais vous conter une histoire d’esprit follet, dit le journal Light qui l’a prise dans une feuille allemande, ce qui prouve que les Allemands, comme les Anglais, les Américains, les Italiens, les Espagnols, les Belges, les Hollandais, les Hongrois, etc., etc., etc., croient à l’existence d’un autre monde et à l’apparition de ses habitants parmi nous. 

Il s’agit ici d’une dame d’un esprit pondéré et respectable, amie sincère de la vérité, incapable par conséquent de forger des histoires aussi intéressantes qu’incertaines. Elle raconte que son mari, honnête manufacturier, mourut subitement dans toute la vigueur de son âge, sans avoir le temps de mettre ses affaires en ordre, et laissa sa veuve avec cinq enfants dont l’aîné n’avait que dix ans. 

Aussitôt après la mort de son mari, une maison de banque lui réclama par erreur une somme qui avait déjà été payée. Elle et son fils cherchèrent partout sans pouvoir  retrouver le document qui leur était nécessaire. La nuit étant arrivée, la pauvre veuve se coucha inquiète, tourmentée, agitée, sans pouvoir fermer les yeux. Dans sa chambre, il y avait une veilleuse dont la lumière lui permettait de voir ses fils. 

Leur respiration calme indiquait la tranquillité de leur sommeil. Soudain la porte de la  chambre s’ouvrit et le défunt mari entra vêtu de son costume habituel et s’approchant du lit, s’assit dans un fauteuil, prenant la main de sa femme et souriant. 

 Pourquoi nous avez-vous quittés si vite ? Qu’allons-nous devenir, moi et nos enfants ?
— La providence l’a ordonné ainsi, répondit le mari, mais ne vous affligez pas. Vous avez du chagrin en ce moment, mais pensez à l’avenir. Vos fils vous donneront beaucoup de satisfactions : vous aurez un bonheur constant et une vieillesse heureuse. 

Sa femme alors lui raconta la situation désagréable dans laquelle elle se trouvait et la difficulté de trouver le reçu dont on lui réclamait le montant. 

 Je comprends votre ennui, répondit-il; le reçu est ici, dans mon bureau, à droite, dans  le compartiment du haut : cherchez-le demain matin et vous le trouverez sûrement.

Il lui parla ensuite des heureuses années qu’ils avaient passées ensemble, lui fit des adieux affectueux et disparut. Le lendemain la veuve suivit les instructions de son mari et ayant trouvé le reçu  recouvra sa tranquillité. Par la suite sa vie s’écoula heureuse comme il lui avait été prédit. 

Elle vécut jusqu’à un âge très avancé et cependant sa famille ne voulut jamais croire  cette histoire et supposa qu’elle l’avait rêvée, mais elle soutint son assertion jusqu’à ses derniers jours, assurant qu’elle n’avait jamais été aussi éveillée que la nuit en question.

« Le Progrès spirite. » Paris, 1896.
« Sylvie et le fantôme. » de Alfred Adam.

Télépathie

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navez-françois-joseph

Il paraît que les fantômes, dont on nous avait appris jusqu’ici à nous moquer, existent bien réellement et qu’ils sont en train de devenir un objet passionnant d’études et de recherches pour un groupe de psychologues très documentés. La nouvelle science a pris le nom de télépathie, mot grec qui signifie proprement « sensation lointaine », et qui entend englober sous une dénomination assez élastique mais suffisamment juste tous les phénomènes de transmission de la pensée à distance. Ce n’est plus du magnétisme, ce n’est pas non plus de l’hypnotisme : c’est de la télépathie. 

Les Pickmann, Donato, Davenport et autres médiums de tréteaux avaient jusqu’à ce jour quelque peu compromis l’étude de ces troublantes questions, par l’appareil théâtral et forcément charlatanesque dont ils entouraient leurs expériences. Mais ce n’est plus à des banquistes que nous aurons affaire maintenant : c’est à de vrais savants, sincères et désintéressés, au contrôle desquels nous pourrons avoir pleine confiance. 

Trois Anglais, MM. Gurney, Myers et Podmore, ont ouvert la voie par la publication de leur livre extraordinaire intitulé Phantasme of the living, dont M. Marillier vient de donner une traduction française abrégée. 

En France, c’est M. Ch. Richet, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Paris, qui a pris la direction du mouvement et qui n’hésite pas à écrire qu’il est temps d’étudier scientifiquement « le lendemain de la mort ». Il a fondé un journal dont le but est de poursuivre sérieusement l’enquête commencée par le livre de M. Gurney. 

Il existe depuis plusieurs années, en Angleterre, une Society for Psychical Research,  consacrée à l’élude de ces actions nerveuses à distance qui préoccupent vivement les psychologues anglais et américains les plus éminents. D’autre part, la Société française de psychologie physiologique a constitué pour l’étude des phénomènes télépathiques une commission composée de MM. Sully-Prudhomme (de l’Académie française), président. G. Ballet, professeur à la Faculté de médecine. H. Beaunis, professeur à la Faculté de médecine de Nancy. Ch. Richet, professeur à la Faculté de médecine. Lieutenant-colonel de Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique. L. Marillier, maître de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes. 

D’après ces noms on peut juger qu’il ne s’agit pas de recherches pour rire et on peut être certain que s’il y a une parcelle de vérité, dans cette inquiétante et mystérieuse question de la transmission de la pensée, les enquêteurs sont hommes à la dégager. 

Nous nous bornerons à donner une idée de ce qu’il faut entendre par phénomènes télépathiques en citant quelques observations empruntées au livre de MM. Gurney, Myers et Podmore. 

En voici un exemple sous sa forme la plus simple, celle d’une vision dans l’état intermédiaire au sommeil et à la veille. 

Un étudiant de Cambridge avait arrêté avec un de ses camarades le projet de se rencontrer à Cambridge à une certaine époque pour travailler ensemble. Peu de temps avant l’époque de ce rendez-vous, il se trouvait dans le sud de l’Angleterre. Se réveillant une nuit, il vit ou crut voir son ami assis au pied de son lit. Il fut surpris de ce spectacle, d’autant plus que son ami était ruisselant d’eau. Il parla, mais l’apparition (car il semble que c’en ait été une) se contenta de secouer la tête et disparut. Cette apparition revint deux fois durant la nuit. Cette vision eut lieu dans la nuit du 2 au 3 septembre. Quelque temps après, l’étudiant recevait la nouvelle que son ami s’était noyé en se baignant le 2 septembre. 

Dans le fait suivant, l’hallucination télépathique se produit à l’état de veille, d’après un type très fréquent, sous l’influence provocante de l’attente de quelqu’un. C’est une dame qui parle : 

« — J’attendais mon mari à la maison. Peu de temps après le moment où il aurait dû arriver, dix minutes environ, j’entendis une voiture s’arrêter à la porte, la cloche sonner, mon mari parler au cocher, la porte s’ouvrir et enfin mon mari monter l’escalier. J’allai au salon, j’ouvris la porte. A mon grand étonnement, je ne vis personne. Je pouvais à peine en croire mes yeux, tant l’impression avait été vive et tant la rue était tranquille à ce moment. Environ vingt minutes après, mon mari arrive en réalité. Le train était en retard et, mon mari pensait que je devais être inquiète. »

Voici maintenant le récit d’un général anglais :  

« — Un incident extraordinaire, qui fit sur mon imagination une profonde impression, m’arriva à Maulmain. J’ai vu un fantôme, je l’ai vu de mes propres yeux, dans la pleine lumière du jour. Je puis le déclarer sous serment. J’avais vécu dans la plus étroite intimité avec un vieux camarade d’école qui avait été ensuite mon ami à l’Université. Des années cependant s’étaient écoulées sans que nous nous fussions revus. Un matin, je venais de me lever et je m’habillais lorsque tout à coup mon vieil ami entra dans ma chambre. Je l’accueillis chaleureusement, et je lui dis de demander qu’on lui apportât une tasse de thé sous la véranda, lui promettant de le rejoindre immédiatement

Je m’habillai en hâte et j’allai sous la véranda, mais je n’y trouvai personne. Je ne pouvais en croire mes yeux. J’appelai la sentinelle postée en face de la maison, mais elle n’avait vu aucun étranger ce matin-là. Les domestiques déclarèrent aussi que personne n’était entré dans la maison. J’étais certain d’avoir vu mon ami. Je ne pensais pas à lui en ce moment, et pourtant je ne fus pas très surpris, parce qu’il arrivait souvent des vaisseaux à Maulmain. Quinze jours après, j’appris qu’il était mort à 600 milles de là, au moment même, ou peu s’en fallait, où je l’avais vu à Maulmain. » 

Aux questions qui lui ont été adressées par MM. Gurney et Myers, le général a répondu que, quand il adressa la parole à l’apparition, elle ne répondit ni par un mot, ni par un signe. Il ne supposa pas un instant qu’il put s’agir là d’une apparition. Il crut voir son ami en chair et en os. Il ajoute qu’il n’a jamais vu d’autre apparition, qu’il n’a jamais eu d’hallucinations, et qu’il a toujours été considéré comme un homme de grand sang-froid. 

L’ouvrage anglais contient plus de 700 observations de ce genre, commentées et vérifiées autant qu’il est possible par les auteurs. 

N’y a-t-il pas là de quoi faire réfléchir ? 

« La Clinique. » Nice, 1891.
Peinture de Navez François Joseph.