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Le fantôme du cab

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L’Occult Review, en 1913, raconte le fait suivant, dont un de ses lecteurs lui a envoyé le récit :

Je me promenais dimanche dernier dans Londres, avec un ami. Nous venions d’arriver à Gordon Square et nous cherchions une voiture. Il en survint une. Tout-à-coup, nous remarquâmes qu’il y avait quelqu’un dans cette voiture et cependant le drapeau indiquait « voiture libre ». Comme elle passait près de nous à notre grande surprise, nous nous aperçûmes que le cab était vide, cette fois.

Mon compagnon appela le cocher et lui dit qu’il venait de voir un fantôme dans son cab.

— C’est bien possible, répliqua celui-ci, il y a quelques jours, j’ai chargé une personne qui, au bout d’un moment, ne donnait plus signe de vie. Pour éviter des ennuis, j’ai mis le corps dehors, et avec grande stupéfaction, je l’ai revue ici, à cette même place, une heure après.

Mon ami et moi, nous en tirâmes la conclusion que le mort ainsi expulsé s’était matérialisé et était venu s’asseoir à la même place dans le cab. 

Six doigts à la main droite

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On vendait l’autre jour une collection de tableaux dans l’ancienne résidence Longford Hall, près de Derby (Angleterre), et parmi les oeuvres proposées au public figurait un tableau de J. Highmore : Portrait de Lady Jane Coke, fille de Lord Wharton.

L’oeuvre n’était ni bonne ni mauvaise, mais le commissaire-priseur eut l’heureuse idée d’annoncer :

« On remarquera que cette dame a six doigts à la main droite. J’ajoute que, selon une légende locale, son fantôme reparaît souvent dans cette maison, et dans cette chambre même. » 

La nuit tombait. Il neigeait. Le vent soufflait, et les chandelles n’étaient pas encore allumées. On frissonna un peu, et comme le tableau était le dernier à passer aux enchères, il fut prestement poussé jusqu’à 44 livres 2 shellings. Après quoi, on se dépêcha de s’en aller.

On ne saura jamais si le portrait fut si bien vendu parce que la dame avait six doigts à une main ou parce que son ombre rôdait à deux pas, dans les couloirs.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.

Un mystérieux suicide

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Le docteur Brierre de Boismont a extrait l’histoire présente d’un livre curieux publié par un médecin anglais, sous le titre de Anatomy of suicide. Elle se rapporte à la cause mystérieuse du suicide du marquis de Londonderry (Robert Stewart), qui, sous le nom de lord Castelreagh, fut ministre du Foreign-Office pendant la lutte de l’Angleterre et de l’Europe coalisée contre la France, et qui, en 1820, se coupa la gorge dans un accès de folie.

Il y a environ quarante ans, le noble lord était allé visiter un gentilhomme de ses amis, qui habitait, au nord de l’Irlande, un de ces vieux châteaux que les romanciers choisissent de préférence pour théâtre de leurs apparitions. L’aspect de l’appartement du marquis était en harmonie parfaite avec l’édifice. En effet, les boiseries richement sculptées, noircies avec le temps, l’immense cintre de la cheminée, semblable à l’entrée d’une tombe, la longue file des portraits des ancêtres au regard à la fois fier et méprisant, les draperies vastes, poudreuses et lourdes qui masquaient les croisées et entouraient le lit, étaient bien de nature à donner un tour mélancolique aux pensées.

Lord Londonderry examina sa chambre et fit connaissance avec les anciens maîtres du château, qui, debout dans leur cadre d’ivoire, semblaient attendre son salut. Après avoir congédié son valet, il se mit au lit. Il venait d’éteindre sa bougie, lorsqu’il aperçut un rayon de lumière qui éclairait le ciel de son lit. Convaincu qu’il n’y avait pas de feu dans la grille, que les rideaux étaient fermés, et que la chambre était, quelques minutes avant, dans une obscurité complète, il supposa qu’un intrus s’était glissé dans la pièce. Se tournant alors rapidement du côté d’où venait la lumière, il vit, à son grand étonnement, la figure d’un bel enfant entouré d’un limbe. L’esprit se tenait à quelque distance de son lit.

Persuadé de l’intégrité de ses facultés, mais soupçonnant une mystification de la part d’un des nombreux hôtes du château, lord Londonderry s’avança vers l’apparition, qui se retira devant lui. A mesure qu’il approchait, elle reculait, jusqu’à ce qu’enfin, parvenue sous le grand cintre de l’immense cheminée, elle s’abîma dans la terre. Lord Londonderry revint à son lit, mais il ne dormit pas de la nuit, tourmenté de cet événement extraordinaire. Était-il réel, ou devait-il être considéré comme l’effet d’une imagination exaltée ? Le mystère n’était pas facile à résoudre.

Il se détermina à ne faire aucune allusion à ce qui lui était arrivé, jusqu’à ce qu’il eût examiné avec soin les figures de toutes les personnes de la maison, afin de s’assurer s’il avait été l’objet de quelque supercherie. Au déjeuner, le marquis chercha en vain à surprendre sur les figures quelques-uns de ces sourires cachés, de ces regards de connivence, de ces clignements d’yeux, par lesquels se trahissent généralement les auteurs de ces conspirations domestiques. La conversation suivit son cours ordinaire. Elle était animée, rien ne révélait une mystification, tout se passa comme de coutume. A la fin, le héros de l’aventure ne put résister au désir de raconter ce qu’il avait vu, et il entra dans toutes les particularités de l’apparition. Ce récit excita beaucoup d’intérêt parmi les auditeurs et donna lieu à des explications fort diverses. Mais le maître du lieu interrompit les divers commentaires en faisant observer que la relation de lord Londonderry devait, en effet, paraître fort extraordinaire à ceux qui n’habitaient pas depuis longtemps le château, et qui ne connaissaient pas les légendes de la famille. Alors, se retournant vers le héros
de l’aventure :

« Vous avez vu l’enfant brillant, lui dit-il, soyez satisfait, c’est le présage d’une grande fortune, mais j’aurais préféré qu’il n’eût point été question de cette apparition. »  suicide-lord-castlereagh

Dans une autre circonstance, lord Castelreagh vit encore l’enfant brillant à la chambre des communes, et il est très probable que le jour de son suicide, il eut une semblable apparition. 

Louis Figuier. « Histoire du merveilleux dans les temps modernes. » Paris, 1860.

Souvenirs, souvenirs…

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M. Emmanuel Arène, le sénateur qui vient  de faire jouer au théâtre Réjane, la pièce Paris-New York et de se battre en duel avec M. Adolphe Brisson fit ses études de droit à Aix-en-Provence. « Quand j’y faisais mon droit, disait-il un jour, je passais toutes mes journées à Marseille, et c’est peut-être pour cela que je trouvais Aix si agréable ! »

C’est sans doute pourquoi, lorsque la question de rivalité universitaire entre Aix et Marseille vint sur le tapis, il y a quelques années, Emmanuel Arène publia un article favorable à Aix. Il y raconta des souvenirs de jeunesse, et notamment la lutte mémorable entre les deux cafés rivaux : celui des Deux Garçons et le Café Clément, qu’il fréquentait indistinctement, étudiant dans l’un le droit français et dans l’autre le droit romain…

L’article fit sensation à Aix. Mais, quelle ne fut pas la stupeur d’Emmanuel Arène en recevant une lettre du patron du café Clément, lettre très flatteuse mais qui se terminait ainsi :

—  Je ne sais, vraiment, cher monsieur, si je dois profiter de cette aimable circonstance pour vous rappeler un petit arriéré de cinquante-huit francs que j’ai trouvé en regard de votre nom si sympathique, dans le compte de l’année 1873.

 « Ma revue : hebdomadaire pour la famille. » Paris, 1907.

 

Une maison hantée

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Nous connaissons une rue de Paris où tout récemment on discutait fort autour d’une maison soi-disant hantée et dont le visiteur était un simple fumiste qui vient de se faire connaître. C’est là-un cas fréquent… mais les incrédules et les farceurs n’ont pas toujours raison. Exemple le cas raconté récemment par les journaux londoniens. 

Nous voulons parler de cette maison située sur les bords de la Tamise, que M. Schlosser, rédacteur au Daily Mail, voulut inspecter lui-même à ses risques et périls. Avec un de ses amis il alla s’installer la nuit dans cette maison, alors déserte. Les fantômes en avaient fait fuir les locataires. Les deux hommes fermèrent à clé toutes les portes, saupoudrèrent le sol de poussière de craie et, allumant leur pipe, attendirent, après s’être assurés que la maison était vide.

Bientôt les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes, bien qu’elles fussent fermées à clé. Dans les pièces de la maison, on découvrit ensuite des traces de pas, ou plutôt de pattes, marquées sur la craie.

Cette expérience fit grand bruit dans le monde spirite. Un jeune poète, M. Lionel Johnson, qu’intéressait cette histoire d’esprit, loua la maison. Or, huit jours plus tard, il fut trouvé inanimé dans Flett Street, non loin de la maison hantée. Lionel Johnson avait trente-cinq ans et était un des littérateurs en vue de la jeune école anglaise. Le jeune poète jouissait d’une bonne santé et sa mort étrange fit beaucoup de bruit à Londres. On a fait une enquête et appris que deux des personnes ayant habité la maison avant Lionel Johnson étaient mortes également d’une manière mystérieuse.

Faut-il voir dans ces morts bizarres une simple coïncidence, ou bien… En tout cas le reporter du Daily a toujours affirmé l’exactitude des faits rapportés par lui.

« L’Universel : magazine hebdomadaire. »  Paris, 1903.

Un fantôme dans la cave

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Un marchand de la rue Saint-Victor, à Paris, donnant un grand souper, la servante de la maison fut obligée de descendre à la cave à dix heures du soir.

Elle était peureuse. Elle ne fut pas plutôt descendue, qu’elle remonta tout épouvantée, en criant qu’il y avait un fantôme entre deux tonneaux ! L’effroi se répandit dans la maison, les domestiques les plus hardis descendirent à la cave, les maîtres suivirent, et l’on reconnut que le spectre était un mort.

Le corps avait glissé de la charrette de l’Hôtel-Dieu, et était tombé dans la cave par le soupirail.

« Dictionnaire des sciences occultes. » Jacques Auguste Simon Collin de Plancy. Paris, 1886