fée

Doux sommeil

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bebe

En son berceau repose Bébé. Les rideaux de blanche étamine donnent à sa mignonne  figure des reflets de rose. Une respiration douce, à peine perceptible, sort de sa bouche minuscule qui se contracte en une moue adorable. Bébé a sans doute, dans son rêve, de grosses contrariétés. Le grand polichinelle ou le beau cheval que la fée des songes offre à sa vue est hors de portée de sa menotte. Il voudrait l’avoir… Bébé veut… Bébé a un désir irréalisable… Pauvre ange !… Déjà !… 

Penchés sur cet être fragile, le père et la mère regardent, boivent des yeux cette mignonne chose qu’un souffle pourrait briser. Retenant leur haleine, perdus au monde,  leurs sens, leur âme n’existent plus que pour cette petite tête blonde qui s’abandonne là, douillettement posée sur le blanc oreiller. En l’âtre clair, la flamme, comme si elle voulait se faire petite, atténue ses torsades éclatantes. La veilleuse elle-même n’ose pas pointer sa lueur discrète, et la pendule, se jugeant importune, assourdit son tic-tac monotone. 

Mais, qu’arrive-t-il ? Que se passe-t-il ? Quel est ce changement ? Voilà la bûche, tout à l’heure presque éteinte, qui crépite bruyamment en giclant des tourbillons d’étincelles, la veilleuse qui rayonne comme une bougie de marque et la pendule, elle-même affolée, qui sonne douze heures de suite quoiqu’il n’en soit que huit. Papa et maman, dont le front était barré d’un pli soucieux, ont comme un air d’allégresse. Leurs regards, empreints d’une joie humide, sont dans le ravissement. Il plane dans l’air une chose indéfinissable, faite de délicieuse ivresse…

Maintenant, si, vous tenez à connaître la cause de cette effervescence subite, jetez un coup d’œil sur le chérubin qui dort là, et considérez la joliesse heureuse de ses traits  délicats. Bébé a son rêve réalisé, Bébé a souri ! N’est-ce pas suffisant pour que tout soit en joie ?

Jehan Notir. « La Picardie : littéraire, historique et traditionniste. »  Cayeux-sur-Mer, 1900.

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La fée prout ! prout !

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Aux alentours de 1860, le sieur Blandin , de Cernois, revenait de la foire de Précy-sous-Τhil. Il était plus de dix heures du soir. En passant près du parc de Bierre, il vit tout à coup une forme humaine, plus grande que nature, appuyée contre le mur du parc. La peur le prit et lui donna des ailes.

Près de l’entrée d’un mauvais et étroit chemin entre deux haies, appelé la ruelle des Faraguégnia (ruelle des ferrailleurs), se trouvent les vieux poiriers cabus de la ferme de Cernaisot, sous lesquels se tient une Fée, et « où l’on est exposé à voir quelque chose. » En effet, Blandin avait à peine dépassé les maudits poiriers et mis le pied dans la ruelle, lorsqu’il sentit le terrain craquer sous lui. On aurait dit qu’il marchait sur des épines. Il y avait aussi des cahotements terribles. Le pauvre Blandin était plus mort que vif. Une petite vieille, bossue, laide comme les sept péchés capitaux, vêtue d’habits religieux, le suivait pas à pas.

Quelle était-elle ? Blandin ne le lui demanda pas. Il prit ses jambes à son cou et ne tarda pas à rentrer chez lui, en proie à la fièvre. Pendant plusieurs jours il fut très malade. Quant à la Fée, elle avait disparu par un chemin frayé de lièvre dans la haie.

Quelques années après, ce même Blandin revenant le soir d’une veillée à Menestois, fut croisé, un peu avant d’arriver à Cernois, par deux lumières très vives qui disparurent en faisant : prout ! prout ! C’étaient des cuelai, ou âmes en peine demandant des prières . 

Clément-Janin, Marcel-Hilaire/M. H. Marlot. « Traditions populaires de la Côte-d’Or. » Dijon, 1884.

 

La Reine des fées et le petit berger

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berger

Leur reine, belle, vénérable et majestueuse figure, disent les anciens, avait son palais et tenait sa cour dans les grottes profondes de la Pierre-Plate. Or un jour, une fée du Châtaigner apparut à un petit berger, qui frappait la Pierre-Plate du bout de sa houlette.

Enfant, lui dit-elle, voudrais-tu me rendre un service ?

Lequel ? madame, dit le berger, sans s’émouvoir de cette apparition soudaine.

Si lu voulais aller, chaque samedi, au marché de Luçon, chercher nos provisions de bouche, tu serais largement récompensé.

Je le ferais volontiers, madame, mais qui gardera mon troupeau, pendant mon absence ?

Qu’à cela ne tienne, enfant, dit l’aimable fée; je m’en charge, et tes moutons seront bien gardés.

Le petit berger complaisant ne voyait plus d’obstacle à rendre le service qu’on lui demandait. Il consentit au voyage hebdomadaire.

Ce voyage assez long (il y a six grandes lieues de pays, aller et retour), devait être bien dur, parfois, aux froides bises de l’hiver, ou pendant les grandes chaleurs de l’été. Mais il y a toujours profit à se montrer obligeant pour une fée, quand elle est bonne, riche et puissante. Et telle était la fée du Châtaigner.

Le samedi matin, le pastoureau venait à la Pierre-Plate, où il trouvait un billet de commission, avec de belles pièces d’or pour payer la journée et les frais d’achats.

Le soir, à son retour, il déposait fidèlement, sur la pierre, les provisions qu’il avait apportées.

Or, chose étonnante ! mais que la légende affirme, durant l’absence du berger, l’herbe fine et le plus frais gazon émaillé de thym et de serpolet, naissaient, par enchantement, dans la plaine, sous les pieds du troupeau. Les brebis engraissaient à vue d’oeil, et les passants les voyaient toujours immobiles à la même place. C’est que l’herbe leur naissait pour ainsi dire dans la bouche.

Tel était le pouvoir de la baguette magique de la fée de la Pierre-Plate, dans la commune de Curzon. Le petit berger devint bientôt l’homme le plus riche et le plus heureux du pays.

La reine des fées avait l’air de demander un service: c’était un gracieux prétexte pour donner cours à sa générosité princière. Elle voulait cacher, sous l’humble apparence d’une dette, les miracles de ses bienfaits.

La légende est des plus charmantes, et pour trouver plus de délicatesse dans le coeur d’une souveraine, il faut être chrétien, et penser, non pas à la Reine des fées, mais à la la Reine des anges.

Légende vendéenne.