Félibien

Le sourire de la Joconde 

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jocondeVoilà quatre siècles, bientôt, disait en 1891 feu Gruyer, que Mona Lisa fait perdre la tête à tous ceux qui parlent d’elle après l’avoir longtemps regardée.  

Là où Vasari, sous le règne de Henri II, se contentait de dire : Qui veut savoir jusqu’à quel point l’art peut imiter la nature s’en rendra compte aisément en regardant cette tête, car Léonard en a représenté les moindres détails avec une extrême finesse; là où, sous Louis XIV, Félibien constatait : Qu’il y a tant de grâce et tant de douceur dans les yeux et dans les traits de ce visage qu’il parait vivant, un M. Bonnamen, en 1908, se croit obligé de déclarer que La Joconde est une philosophie de la femme. Elle est tout l’éternel féminin, et M. Séailles, plus ténébreux, affirme que Son mystère est celui du génie même en qui la connaissance nourrit l’amour

Je vais à elle, écrit Michelet, malgré moi, comme l’oiseau va au serpent.  

C’est une fascination qui a pris corps, insiste George Sand. Si Don Juan, s’écrie Théophile Gautier, avec un lyrisme grandiloquent, avait rencontré la Mona Lisa, il se serait épargné d’écrire sur sa liste mille et trois noms de femmes. Il n’en aurait tracé qu’un et les ailes de son désir eussent refusé de le porter plus loin .

Ce qui semble surtout avoir excité la curiosité des commentateurs, c’est le fameux sourire de la Joconde. Les uns en ont été terrifiés. La Joconde, pour George Sand, avec sa douceur souriante, est tout aussi effrayante que la Méduse. Arsène Houssaye parle de son Charme provocant et ineffable, cruel et divin, sibyllique et voluptueux. Théophile Gautier, déjà cité, nous assure qu’elle sourit à ses innombrables amants, et M. Bonnamen croit aussi que ce sourire est une invitation à l’amour. Arsène Houssoye le qualifiait de satanique, Geffroy y lisait le jugement désenchanté du peintre, et M. Paul Bourget, plus prudent, parce que moins imaginatif, nous apprend que ce sourire ne sera jamais défini, tout simplement parce qu’il est du mystère copié

Le véritable historien de l’art ne se paye pas de belles phrases; comme le dit à peu près Volney, il va vivre parmi les archives, il interroge les manuscrits et les chartes sur les secrets des âges disparus et il découvre que, le 1er juin 1499, Giocondo perdit une fillette en bas âge qui fut enterrée à Florence dans l’église Santa Maria Novella. N’est-ce pas dans ce deuil récent d’une jeune mère que nous devons, avec M. Salomon Reinach, chercher la raison véritable de ce sourire mélancolique qui a tant intrigué les commentateurs.

« Gil Blas. » Paris, 1914. 

Les noms

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Les noms nous gardent le portrait de ceux qui les ont les premiers portés.

Plaute avait le pied plat, Nason, un gros nez, Nason une grosse lèvre, Boccace, une grande bouche et Albinus était blanc.

Lucius était né à l’aube; Aurore à l’aurore et Agrippa s’était présenté les pieds en avant.

Félibien est une invocation de la mère pour son enfant : Fais lui bien ! Il en est de même de Bentivoglio.

Dieudonné, Dieudé, Adeodat, Amédée sont des actions de grâces rendues à Dieu.

Quinefault et Quinement indiquent la sincérité. Vermond et Pharamond indiquent aussi des bouches véridiques.

Lechat et Lecat dans notre langue est synonyme de Caton, et Quatremains, Quatromme révèlent chez un ancêtre une grande force, ou une grande activité.

Couturier rappelle non pas un tailleur, mais un cultivateur, un maraîcher. Il vient de cultura, marais.

« Gazette historique française. » Paris, 1918.
Illustration : Albert Anker.