femme à barbe

Barbes féminines

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clémentine delaitLa plus célèbre, et la plus barbue des femmes à barbe vient de mourir à Epinal, où depuis des années, elle vivait en petite rentière des profits qu’elle devait à l’exhibition de son système pileux.

Clémentine Delait, tel était son nom, après avoir longtemps « fait » les fêtes foraines, où elle offrait à l’admiration des curieux sa belle barbe noire soigneusement taillée en deux pointes, avait tenu à Thaon-les-Vosges, un café qui portait naturellement pour enseigne : Café de la Femme à Barbe. Elle y vendait non seulement de la limonade, mais encore des cartes illustrées qui la représentaient tantôt à pied, l’ombrelle à la main parmi la verdure, tantôt dans sa jolie voiture attelée d’un poney fringant. Je vous laisse à penser si les amateurs s’arrachaient ces portraits.

Les phénomènes d’hypertrichose (c’est par ce mot ..que les savants désignent le développement anormal de l’appareil pileux) sont, comme bien on pense, beaucoup moins fréquents chez les femmes que chez les hommes. Mais ce n’est point à dire que le cas de Mme Delait ait été absolument exceptionnel. De tout temps, il y eut des femmes barbues.

Les historiens de l’antiquité en signalent quelques-unes. Sémiramis, la grande reine du pays d’Assour avait, paraît-il, une barbe de sapeur. Il y a même des bienheureuses barbues dans la Légende Dorée. Sainte Paule d’Avila, sainte Wildgeforthe étaient de très jolies personnes que des amoureux indiscrets courtisaient de trop près. Pour se débarrasser de ces soupirants et les décourager, elles demandèrent à Dieu de devenir laides. Et Dieu, qui n’avait rien à leur refuser, en raison de leur fervente piété, s’empressa de les satisfaire et les gratifia l’une et l’autre d’une barbe suffisante pour les rendre méconnaissables.

Quelques femmes-soldats de l’époque de la Renaissance ou du XVIIe siècle avaient de la barbe au menton, notamment Anne de Vaux, l’héroïne lilloise qui fut lieutenant dans le régiment de Mercy.

En Autriche, sous le règne de Marie-Thérèse, une femme a barbe, dont le nom n’est point venu jusqu’à nous, parvint au grade de colonel de hussards. Peut-être fût-elle devenue général si l’impératrice, à qui on révéla que ce colonel était une femme, ne l’eût forcée à quitter le service et à revêtir les vêtements de son sexe.

Je ne cite que les cas les plus singuliers parmi ces phénomènes de l’hypertrichose féminine. Mais il y eut nombre de femmes à barbe qui trouvèrent pour les épouser des maris que n’effrayait pas le conflit possible de deux barbes dans leur ménage, et qui se contentèrent d’être de bonnes épouses et de bonnes mères de famille. Mme Delait, la femme à barbe vosgienne qui vient de mourir, n’eut pas d’enfants, et s’en montrait, dit-on, fort affectée. Par contre, Lisa Schœffer, une femme à barbe de Hambourg, qui, paraît-il, était fort belle, eut quatre filles non moins belles que leur mère, avec cette différence qu’elles n’eurent jamais le moindre poil au menton.

Mais, en général, les femmes à barbe ont surtout tenté Barnum et ses émules.

En 1902, on annonça la mort, à l’âge de trente-sept ans, de la plus célèbre femme à barbe d’Amérique, Annie Jones. Elle était née la deuxième d’une famille de douze enfants, dans un petit village de la Virginie, et sa naissance avait causé à sa famille moins de satisfaction que de stupeur. L’enfant portait des moustaches. Le père et la mère étaient navrés. Les voisins accouraient en foule pour voir le phénomène. Un agent de Barnum, qui passait dans la région, s’en assura la propriété. A neuf mois, l’enfant était exhibée dans un musée à New-York, et sa barbe était assez longue pour couvrir les doigts du manager qui faisait le boniment. Avec la suite du temps, cette barbe devint superbe.

Annie ne quitta plus la troupe de Barnum. Elle acquit une célébrité que bien des artistes et des hommes politiques eussent pu lui envier, et elle fit fortune. Elle gagnait deux mille  cinq cents francs par semaine.

Elle avait voué une sorte de reconnaissance à cet exceptionnel système pileux qui l’avait faite riche et célèbre. Et dans son testament, elle exprima la volonté d’être enterrée avec tout le poil qu’elle avait au menton. Jusque dans l’autre monde, Annie Jones voulut être la femme à barbe.

L’Angleterre eut aussi sa femme à barbe célèbre. Elle s’appelait Mme Taylor. Riche, à trente-deux ans après s’être montrée dans tous les musées forains du Royaume-Uni, elle se retira et se maria. Mais son mari la ruina par de mauvaises spéculations. Mme Taylor, par bonheur, avait gardé sa barbe. Celle-ci, toute grisonnante qu’elle fut, sauva la situation. La brave dame barbue se remit à courir les foires et refit une petite fortune qui lui permit de finir ses jours en paix.

Marie-Madeleine Lefort fut moins heureuse. Elle mourut à l’Hôtel-Dieu à la fin du Second Empire, ayant parcouru toute l’Europe sans réussir à s’enrichir. Elle avait des favoris bruns, une élégante moustache, une mouche, et se montrait vêtue d’une robe décolletée sur une jolie gorge féminine. Trois plumes d’autruche, portées par un diadème, se balançaient au-dessus de ses cheveux frisés. Lorsqu’elle échoua à l’hôpital, elle était devenue chauve et gardait une longue barbe grise terminée en pointe. Elle avait toute l’apparence d’un vénérable vieillard.

C’est elle, dit-on, qui avait inspiré la fameuse chanson de Thérésa dont toute la France fredonna le refrain :

Entrez bonn’s d’enfants et soldats :
C’est moi qui suis la femme à barbe…

Les savants assurent que les phénomènes d’hypertrichose féminine seront désormais plus nombreux encore qu’ils ne le furent dans le passé. Le professeur Achard a signalé naguère à l’Académie de Médecine que le sexe féminin évoluait de plus en plus vers le port de la barbe. Des statistiques établissent que, depuis 1860 jusqu’aujourd’hui, le nombre de femmes auxquelles il pousse du poil au menton s’est accru d’année en année avec une régularité presque mathématique.

S’il est vrai que, suivant le proverbe, « du côté de la barbe est la toute puissance« , voilà de quoi affermir encore le pouvoir féminin dans les ménages de l’avenir.

Ernest Laut. « Le Monde illustré, Miroir du monde. » Paris, 1939.

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Mariages

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homme-lion.Comme nous allons le constater, à la lecture de cet article publié en 1936, le mariage entre phénomènes et gens que l’on qualifie de « normaux » n’est pas toujours une source de joie et de bonheur.

Dick Thompson, homme-caoutchouc dont la taille était plus que modeste, s’amouracha un jour d’une jolie vendeuse de fleurs qui travaillait au music-hall où il était engagé. La jeune fille (ceci se passe en Amérique) subjuguée peut-être par la fortune de Thompson, accepta de devenir la femme de l’homme-caoutchouc. Le mariage s’accomplit, mais après quelques semaines la jeune femme se présentait devant le juge de l’endroit et demandait le divorce :

« Il m’est impossible, dit-elle, de supporter plus longtemps la compagnie de mon mari. Imaginez qu’il lui arrive très souvent, à la maison, de se transformer comme il le fait au music-hall. Une seconde auparavant, j’avais encore devant les yeux un homme normal et voici que, soudain, sur le parquet ce n’est plus qu’une masse grouillante qu’on ne peut reconnaître. Ceci me donne vraiment des frissons de peur et me ferait perdre la tête. » 

Le juge, bonhomme, accorda le divorce, notifiant dans son arrêt que la vie en effet ne pouvait être normale et possible en compagnie d’un homme dont les attitudes n’avaient rien d’humain.

Il y eut dans les annales des phénomènes une tentative d’enlèvement aux fins de mariage. Ne vous récriez pas ! L’histoire remonte en 1932 et se déroula dans un cirque, en Autriche. Une femme à barbe voulut un jour épouser l’homme-oiseau. Non point, je crois, par amour mais bien par intérêt. Ce brave homme-oiseau était un pauvre phénomène La nature l’avait ainsi fait que le corps avait eu un développement normal et que la tête en était restée aux proportions de celle d’un bébé. Par contre, l’appendice nasal avait grandi, si bien que l’homme avait à peu près la tête d’un oiseau. Il gagnait beaucoup d’argent sous le contrôle de ses parents qui ne pouvaient, sans malheur pour lui, le quitter d’une semelle. Or, un jour ses parents furent inquiets de ne pas avoir aperçu leur fils depuis quelques heures. Angoissés, ils se mirent aussitôt à sa recherche. Arrivés à la hauteur de la roulotte de la femme à barbe, ils ne furent pas peu étonnés de voir sortir cette dernière toute essoufflée et de l’entendre leur crier :

« Reprenez-le vite, car je n’en veux plus. »

L’explication fut courte. La femme à barbe avait enlevé l’homme-oiseau pour, après s’être mariée avec lui, cumuler son cachet avec le sien. Malheureusement l’homme-oiseau n’était qu’un être sans raison qui, aussitôt ses gardiens habituels disparus, avait révélé sa nature animale : il ne pensait qu’à manger, ne vivait que pour manger et demandait des soins de tous les instants. La femme à barbe ne pouvait en supporter autant.

« Le Monde illustré. » Paris, 1936.

Les femmes habillées en homme

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dispute-culottes

La Ligue pour l’émancipation des femmes voudrait, dit-on, modifier le costume féminin. A ce propos, les journaux ont publié la curieuse information suivante :

D’une manière générale, la Préfecture de police n’accorde de permission de travestissement que si le ou la pétitionnaire produit un certificat médical attestant la nécessité de ce travestissement. Des exceptions furent faites à cette règle, exigeant le certificat médical, pour Mmes Dieulafoy, Rosa Bonheur, une ex-artiste de la Comédie Française qui voulait assister à une partie de chasse, et, il y a longtemps, pour Marguerite Bellanger.

Il y a actuellement dix femmes à Paris ou en province qui sont autorisées à porter le costume masculin. Il faut compter une directrice d’imprimerie qui peut passer absolument pour un homme, une femme qui exerce la profession de peintre en bâtiment, une artiste peintre, une femme à barbe qui a figuré à l’Eden autrefois, deux personnes mal conformées, et, enfin, une femme qui, extérieurement, a tout à fait l’air d’un homme, tellement elle serait ridicule si elle portait les vêtements de son sexe.

D’autre part, un marchand de pommes de terre de la banlieue a été autorisé à porter constamment un costume de femme, à cause d’une infirmité qui lui rend impossible l’usage d’habits d’homme.

« Gazette française. » Paris, 1891.