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Le langage de la mouche

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la « mouche » tente un retour offensif : depuis quelques semaines, la plupart des artistes qui « font » la mode ou qui la suivent jalousement, arborent ce nævus artificiel, à la scène et même à la ville, au coin de la lèvre, dans le sillon du sourire, ou à la commissure des paupières. 

La « mouche » qui était, au XVIIIe siècle, l’attribut le plus indispensable de la séduction féminine et qui avait, depuis bien longtemps, rejoint dans les oubliettes de la mode, les paniers, les perruques et tout l’attirail de l’élégance des contemporaines de Watteau. A ce propos, il est amusant de rappeler que le XVIIIe siècle, d’une galanterie si ingénieuse, avait créé le « langage des mouches ».

Selon la place où elle était posée sur le visage la mouche avait telle ou telle signification : au coin de l’oeil, elle était affectueuse. Au milieu du front, majestueuse. Dans la fossette du rire, enjouée. Au milieu de la joue, aimable. Sur les lèvres, coquette. Au-dessous de la lèvre inférieure, discrète.

Flossie. Paris, 1er janvier 1910.

Cas d’espèce

rappoport-valentino

Un de nos confrères ayant posé cette question d’enquête : « Que préférez-vous chez l’homme: l’intelligence ou la beauté ? » la majorité des lectrices a répondu  « l’intelligence ». A ce propos, M. Léon Bancal écrit dans le Petit Marseillais :

Si, au lieu de mettre ses lectrices en face de deux abstractions, le même journal leur donnait à choisir entre deux hommes : tenez, entre Rudolph Valentino et Charles Rappoport, par exemple, pensez-vous que le résultat demeurerait le même ? Pourtant, la question n’aurait pas changé. M. Rudolph Valentino, à en juger par l’avidité avec laquelle tant de femmes, jeunes et moins jeunes, contemplent ses traits sur les écrans ou dans les gazettes cinématographiques, peut être considéré comme le type du « bel homme ». Quant à M. Rappoport, nul n’ignore quelle vaste intelligence et quel esprit aiguisé se cachent dans sa barbe socratique et derrière sa face de Kalmouk à lunettes.

J’ai pris ces deux hommes pour montrer combien cette enquête était vaine, car il se peut fort bien que M. Valentino ne soit pas dépourvu d’intelligence et que M. Rappoport ne manque pas d’une certaine beauté. Tout est relatif, c’est une vérité que M. Tout-le-Monde découvrait bien avant M. Einstein.

Les hommes, qu’ils soient beaux, bêtes, intelligents ou hideux, peuvent dormir tranquilles. Rien n’est changé dans le cœur des femmes.

« L’Homme libre. » Paris, 1924.

Without women

ticayou

Le Daily Mail conte l’histoire d’un homme qui, à la suite d’un chagrin d’amour, éprouvé dans sa jeunesse, s’isola du monde, ne voulant plus voir un seul visage féminin.

Il acheta du terrain au milieu des forêts et construisit, d’abord avec l’aide d’un de ses frères, un bastion a l’abri de toute hypothèse de rencontre féminine, voire masculine. Les deux hommes vécurent des années en ermites, et presque à l’état sauvage… James Mason a aujourd’hui la barbe blanche, il est paralytique et le journaliste anglais qui a enfin pu l’approcher a eu une vision digne des Burgraves. Il y a cinquante ans que l’inconsolable vit ainsi loin des humains.

Nous avons rencontré en Suisse un semblable misogyne, sinon misanthrope, qui, pour fuir les femmes à la suite d’une passion contrariée, passait sa vie à excursionner dans les montagnes. Or, à la cabane Bertol, entre la Dent Blanche et le Cervin, arriva un soir une jeune alpiniste : charmante et intrépide petite Hollandaise. L’Anglais, car celui-là aussi était Anglais, bien qu’il fût déjà prêt à se coucher dans la paille et qu’une tourmente de neige commençait à’tomber, préféra sortir de la cabane et passer la nuit dehors !

La misogynie par amour a ses héros.

« Comoedia. »Paris, 1927.
Illustration : « Ticayou, Chasseur de la Préhistoire. » Priscille Mahieu / Eric Le Brun.

Loquacité

conversation

Les chiffres n’ont point de sexe, et leur franchise va souvent jusqu’à l’impertinence.

Nous demandons, en conséquence, pardon à nos lectrices de leur apprendre qu’un statisticien anglais, après avoir calculé qu’un homme, en terme moyen, fait trois heures de conversation par jour, au taux de cent mots par minute, ou vingt-neuf pages in-8 par heure, ce qui fait que chaque individu parle la valeur de six cent pages environ par semaine, soit cinquante-deux forts volumes par an; ce statisticien, disons-nous, arrive à conclure que, pour les femmes, il faut multiplier par dix ! Ce qui donne, comme valeur exacte des mots sortis de la bouche d’une femme en l’espace d’un an, cinq cent vingt volumes !

On voit que cela dépasse de beaucoup la fécondité de ce romancier japonais qui a mis quarante ans à publier 1008 volumes, et celle d’Alexandre Dumas qui a produit plus de 300 volumes.

Maurice Lachâtre.   » Nouvelle encyclopédie nationale. »  Paris, 1870.
Peinture de Giovanni Boldini.