feux saint-jean

Les feux de la Saint-Jean

Publié le Mis à jour le

Jules Breton
Jules Breton

Les feux de la Saint-Jean ont été longtemps chez nous plus qu’une fête: une institution. Dans nulle de nos villes, dans nulle de nos campagnes, on n’aurait manqué, dans la nuit du 23 juin, de faire flamber le tas d’herbes ou de fagots traditionnels. Le clergé venait le bénir en grande pompe avant qu’on n’y mît le feu. Des danses avaient lieu à l’entour et c’était à qui recevrait alors le baptême de la fumée en y plongeant la tête, ou s’emparerait d’un tison pour l’aller cacher dans un coin du logis, comme un précieux talisman.

Dans un certain nombre de nos villages, ces superstitions, renouvelées des païens, ne sont pas encore éteintes; ici, on ne doute pas que le précieux tison ne préserve son propriétaire d’incendie; ailleurs, qu’il ne le protège contre la foudre, pour l’espace d’une année; cependant, la croyance aux vertus du tison de la Saint-Jean (qui serait très préjudiciable aux compagnies d’assurance) vont heureusement s’affaiblissant tous les jours.

Ce n’est plus qu’à titre de curiosité qu’on peut rappeler aujourd’hui plusieurs coutumes singulières relatives aux feux de la Saint-Jean. Par exemple, en Bretagne, les habitants mettaient autour de ces feux des sièges vides où leurs parents morts étaient censés prendre place. Les filles, pour être sûres de trouver un mari dans l’année, devaient danser dans la même nuit autour de neuf feux différents. Il faut croire que les galants leur facilitaient la tâche en multipliant les feux sous leurs pas.

Charles Cottet
Charles Cottet

Autrefois, à Paris, les échevins allumaient solennellement eux-mêmes la montagne de fagots entassés pour la circonstance sur la place de Grève. Quand le roi était au Louvre, c’était à lui que revenait l’honneur d’y mettre le feu. En 1471, Louis XI satisfit à cet usage, à l’imitation, sans doute, des rois ses prédécesseurs. Le dernier souverain qui alluma le feu de Grève de ses mains fut Louis XIV, en 1648. Dulaure a recueilli les détails curieux d’une de ces cérémonies, sous Charles IX.

Au milieu de la place de Grève était planté un arbre de soixante pieds de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on attacha cinq cents bourrées, deux cents cotrets : au pied, étaient entassées dix voies de gros bois et beaucoup de paille, etc. Cent vingt archers de la ville, cent arbalétriers, cent arquebusiers y assistaient pour contenir le peuple. Les joueurs d’instruments, notamment ceux que l’on qualifiait de grande bande, sept trompettes sonnantes accrurent le bruit de la solennité. Les magistrats de la ville, prévôts des marchands et échevins armés de torches de cire jaune, s’avancèrent vers l’arbre entouré de bûches et de fagots, présentèrent au roi une torche de cire blanche, garnie de deux poignées de velours rouge; et sa majesté, armée de cette torche, vint gravement allumer le feu.

Détail barbare. L’usage voulait qu’on attachât à l’arbre, pour y être brûlé avec le reste, un sac renfermant deux douzaines de petits chats. Or, cette année même, on avait eu l’idée d’y joindre un renard « pour amuser sa majesté » ainsi qu’en témoigne la pièce suivante :

A Lucas Pommereu, l’un des commissaires des quais de la ville, cent sous parisis pour avoir fourni, durant trois années, finies à la Saint-Jean 1573, tous les chats qu’il fallait audit feu, comme de coutume ; même pour avoir fourni, il y a un an, un renard pour donner plaisir à sa majesté et pour avoir fourni un grand sac cde toile où étaient lesdits chats. »

Pourquoi ce cruel autodafé de chats ? Était-ce, comme le renard brûlé vif, uniquement pour « le plaisir ? » Il est probable qu’il s’y joignait autre chose: une idée de superstition, sans doute, si l’on veut bien se rappeler que le chat, hôte ordinaire du sabbat, passait auprès de nos excellents pères pour prêter fréquemment sa figure au diable aussi bien qu’aux sorciers, dans leurs expéditions nocturnes.

in Musée universel.  Éditeur: A. Ballue, Paris, 1873.

Publicités