fidélité

Les vieux amis

Publié le Mis à jour le

les-vieux-de-la-vieille

Avez-vous quelques vieux amis, bien fidèles, que vous connaissez depuis dix ou vingt ans, ou davantage ? Sans doute. Alors, arrangez-vous pour les conserver, non pas dans du vinaigre, mais dans une sollicitude continuelle, car ils sont peut-être un de vos biens les plus précieux. 

Qu’on soit jeune ou qu’on soit vieux, il faut avoir des amis véritables. On ne les trouve pas à tous les coins de rue, et il ne faut pas espérer en collectionner trois douzaines. Mais n’en auriez-vous que trois, que ce serait déjà bien. 

Les meilleurs, ce sont les amis d’enfance, ceux qu’on a vus tout gamins, à un âge où nul n’est capable de cacher ses sentiments, ni de masquer son jeu. Ceux-là, on les connaît bien. On sait ce qu’ils ont dans le cœur et dans le ventre. Et eux-mêmes, quand vous les regardez bien en face, ils ne peuvent pas vous mentir, même s’ils en ont, en dehors de vous, l’habitude. 

Quand on bavarde, assis sur quelque banc, en leur compagnie, on peut en quelque sorte, sur le tapis roulant des heures et des années, marcher un peu à reculons. On évoque ensemble les gens et les paysages de l’enfance, et c’est comme si on profitait de sa jeunesse une seconde fois. 

L’amitié, voyez-vous, c’est la loyauté et c’est la force. C’est la loyauté parce que les cœurs s’ouvrent comme les serrures dont on a la clef. C’est la force, parce que les cœurs sont liés par les choses et les visages du passé. C’est surtout en prenant de l’âge qu’on le comprend. Quand la vieillesse arrive, on peut toujours, avec les vieux amis, faire vivre des souvenirs jeunes. 

Ah ! la vieillesse, voyez-vous, son plus grand méfait, c’est de laisser des ailes à l’amour, en lui cassant les jambes. L’amitié, elle, garde ses jambes et ses ailes. 

Si ce n’est pas à l’école ou au régiment, c’est au pays natal qu’elle trouve ses meilleures racines. Par ces racines, elle puise encore, à distance, la sève qui lui permet de durer, malgré l’usure du cœur et des forces, et qui lui permet de mettre en veilleuse une flamme que l’amour n’a jamais su prolonger. 

Renaud LESAGE. 1939.
Illustration : « Les Vieux de la vieille. » Gilles Grangier, 1960.

Publicités

Fidélité

Publié le

mlle-de-launey

Mlle de Launay, la spirituelle demoiselle de compagnie de la duchesse du Maine, fut arrêtée en même temps que cette dernière, lors de l’échec de la conspiration ourdie, en 1718, par l’ambassadeur d’Espagne Cellamare, pour renverser le Régent Philippe d’Orléans.

Elle soutint avec un grand courage les interrogatoires pénibles et réitérés auxquels on la soumit. Menaces ou prières, rien ne la fit manquer à la fidélité qu’elle voulait garder à sa maîtresse, ni trahir la confiance de ceux qui lui avaient révélé leurs secrets. Un des magistrats chargés de l’interroger lui dit un jour d’un ton irrité : 

 Vous savez toute l’affaire. vous.parlerez, ou vous resterez toute votre vie enfermée  à la Bastille.
Eh bien, Monsieur, répondit-elle avec calme, pour une fille sans fortune et sans famille, telle que je suis, c’est un avenir assuré !

Fidélité

Publié le Mis à jour le

adolph-von-menzel

Le temps de guerre a-t-il resserré les liens de la fidélité conjugale ? C’est une question de « morale », sujet philosophique très complexe, que nous n’avons pas à envisager. Contentons-nous de narrer une touchante anecdote.

Une de nos plus charmantes artistes, une de nos séduisantes « Miss », est mariée à un camarade qui se bat depuis les premiers jours, dans les défilés de l’Argonne. Appelée à créer le rôle d’une jeune fiancée, le directeur lui fait observer que l’anneau conjugal qu’elle porte au doigt n’est pas conforme à la situation du personnage qu’elle représente. Gentiment, il lui donne le conseil de l’enlever.

Alors, avec crânerie et fermeté, la jeune Miss lui déclare sans hésiter :

« Je rends mon rôle, monsieur, mais jamais je ne consentirai à jouer sans porter en ce moment l’alliance que m’a offerte mon poilu de mari. »

Et on dira ensuite que la fidélité conjugale n’existe pas au théâtre.

« La Rampe. »Paris, 1916.
Illustration : Adolph von Menzel.

La saint-Valentin

Publié le Mis à jour le

Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ
Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ

C’est le 14 février que la vieille Angleterre célèbre la Saint-Valentin. On fait remonter l’origine de cette coutume à une Cour d’amour établie en l’an 1400, à Paris, dans l’hôtel d’Artois. Elle était fondée sur l’humilité et la fidélité en l’honneur des jeunes dames.

Au lever du soleil, le premier garçon qui aperçoit une jeune fille, et la première jeune fille qui aperçoit un garçon, sont Valentins. Le Valentin porte les couleurs de sa Valentine; il est de droit son chevalier pendant une année entière. On retrouve encore cette tradition dans les provinces de Franche-Comté, d’Alsace et de Lorraine. La Saint-Valentin est la date des promesses, des serments et des fiançailles. C’est aussi la fête patronale des possesseurs d’abeilles, dans le Nord et dans le Pas-de-Calais.

« Il existait, il y a trente ans, dans chaque village du canton de Laventie, une société d’ézeleux (possesseurs d’abeilles), qui, chaque année, le 14 février, faisait chanter une messe de Saint-Valentin, à l’issue de laquelle on se réunissait A l’auberge pour diner et pour raconter maints épisodes apicoles. Le chef-lieu et plusieurs villages conservent leur société d’ézeleux. Chaque société d’ézeleux élit annuellement un roi. La couronne appartient de droit à celui qui a eu le premier essaim la campagne précédente. Cette dignité vaut à l’impétrant un chapeau neuf, qui lui coûte plus cher que chez le chapelier, par les régalades qu’il est tenu de payer. Mais aussi, son nom est inscrit sur une sorte de médaille découpée dans une feuille d’argent très mince. Cette médaille est ajoutée à celles des lauréats précédents, et forme un collier étagé que le roi se met au cou pour aller à l’offrande de la messe de Saint-Valentin. »

La Saint-Valentin a aussi quelque analogie avec nos poissons d’avril. A cette date, la poste de Londres colporte des millions de lettres appelées « Valentines. » A côté des missives affectueuses, on envoie des canards mystificateurs sous la forme de tendres déclarations. Les hommes d’État reçoivent des lettres sentimentales signées de leurs irréconciliables adversaires.Les plumes et les crayons du Punch se livrent aux extravagances et aux fantaisies les plus désopilantes, valentines politiques, absurdes comme le mariage d’un caporal prussien avec une Alsacienne.On sait que cette fête a fourni à Walter Scott le sujet de la Jolie fille de Perth, ou le Jour de Saint-Valentin.

Tel est l’exposé sommaire d’une tradition presque oubliée qui s’en va, comme bien d’autres choses excellentes.

 » La Mosaïque  » Paris, 1874.