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Charlie Chaplin renoncera-t-il  à tourner Le Dictateur ? 

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Chaplin abandonne Le Dictateur… Telle est la nouvelle qui circule dans tous les studios de Hollywood depuis hier. On ne verra pas Charlot dans ce film que le monde entier attendait avec curiosité. 

Depuis neuf mois déjà, le film était en « gestation ». Chaplin, disait-on, veut présenter dans cette bande sensationnelle, une caricature du Führer de la plus grande Allemagne et stigmatiser à sa façon les exagérations et la vanité des séides qui appliquent sans discernement ses idées. Les menaces dont il fut l’objet depuis le jour où son projet fut connu, et probablement les protestations officieuses ou officielles du Troisième Reich, sont sans doute à l’origine de l’abandon du film en cours. 

Le personnage inventé cette fois par Chaplin était non pas exactement celui d’un dictateur, mais celui d’un petit israélite enfermé dans un camp de concentration. Comme il ressemble trait pour trait au Führer, des ennemis de ce dernier ourdissent un complot.  Ils enlèvent par surprise le dictateur et lui substituent le prisonnier. 

Son premier décret annonce la dissolution du parti nazi, celle des milices brunes et autres et la libération de ses frères de race. Mais la vie officielle d’un dictateur est fatigante. Surmené par les inaugurations, les exhibitions et les acclamations, l’Israélite de jadis regrette l’obscurité du camp de concentration. Mais une femme a compris son désarroi. Grâce à elle, il échappera à sa prison dorée, et l’aide, à s’enfuir en Suisse, où il redeviendra lui-même. 

L’abandon est-il définitif ? On sait que Charlie Chaplin est capricieux, tout autant que volontaire. On prétend ici que son abandon n’est peut-être pas tellement définitif et que, comme il n’a jamais manqué de courage, il se pourrait que, bravant les dangers et l’opinion, il présentera peut-être  Le Dictateur à l’écran au moment où on s’y attendra le moins. 

« Paris-soir. » Paris, 19/11/1938.

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Les adieux du film américain

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Oui, mais, si l’Amérique ne fait plus que du film parlant, la France s’est-elle mise à en faire ? Non !

La raison même pour laquelle l’Amérique a rompu avec la France sur la question du contingentement est qu’elle n’a plus rien à tirer du marché français et que le film parlant américain n’a pas de débouchés possibles ici puisque les acteurs parlent anglais.

L’Amérique peut amortir le film parlant chez elle. Nous n’étions qu’un petit appoint pour elle, avec le film muet. Cet appoint disparaît, et il reste d’ailleurs à l’Amérique le marché de Londres. Le film parlant y affole déjà les directeurs de théâtre par sa concurrence formidable.

Le film américain nous quitte. Bon voyage !

Seulement, qu’est-ce que nos écrans vont avoir à se mettre sous la dent cet hiver?

Nous ne faisons pas du tout de films parlants, et nous ne ferons que peu de films muets dont beaucoup témoignent de l’impécuniosité des fabricants.

N’échapperons-nous à la domination américaine que pour tomber sous la domination allemande ?

« Les Potins de Paris : politiques, financiers, théâtraux. »  Paris, 1929.
Photo : Agence Meurisse.

Mauvais public

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Charlie Chaplin se fait tenir scrupuleusement au courant des succès et des critiques que remporte son film : « Les lumières de la ville » dans les divers pays du monde.

On lui apprit une dernière semaine que l’accueil du public italien lui était défavorable. En effet, à Rome, son imprésario a été dans l’obligation de baisser de moitié le prix du spectacle ; à Milan et à Gênes, « City Lights », au bout de huit jours, a été retiré de l’affiche.

 Charles Spencer Chaplin n’en a pas paru surpris :

Peut-être, riront-ils davantage, a-t-il murmuré, quand ils verront « Charlot dictateur »…

« Chantecler. »  Hanoï, 1932.