filouterie

Le crime au théâtre 

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cartouche-theatreLes bandits de grands chemins font de nouveau régner la terreur dans la vie réelle, après avoir (dans ces dernières années) obtenu au théâtre des succès foudroyants. D’estimables sociologues se demandent si ceci n’a pas contribué à cela. 

Déjà au dix-septième siècle, après l’exécution de Cartouche, un éminent jurisconsulte, Jacques Brillon, avait fait ce rapprochement. Voici ce qu’il écrivait, en 1727, dans son Dictionnaire des Arrêts

« Si le premier coupable du plus petit larcin eût été sévèrement puni, les grands voleurs ne le seraient point devenus, et le nombre des « Cartouchiens » ne se fût pas multiplié au point de se rendre redoutables à Paris dans les années 1720 et 1721. Une chose qui m’édifia peu et qui, en effet, fut bientôt empêchée, fut la représentation publique d’une comédie intitulée Cartouche. Tous les spectateurs ne vont pas au théâtre pour rire. Ceux qui veulent s’instruire per fas et nefas vont là puiser des leçons dangereuses pour la filouterie et le brigandage, comme de jeunes femmes pour se raffiner dans l’art de la coquetterie.« 

« Le Figaro. » Paris, 1912.

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La petite vendeuse

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vendeuse-journaux

Dans une rue très passagère, vers huit heures du soir, une gamine de dix ans offre timidement des journaux. Tout à coup, une forte matrone se précipite sur elle, la bouscule, lui arrache ses journaux et détale.

L’enfant pleure, les badauds se rassemblent.

L’innocente victime raconte à travers ses sanglots que cette femme cruelle est sa mère séparée de son père depuis quelque temps déjà.

Pour lors, mes bons messieurs et dames, mon père m’avait donné ces journaux pour gagner quelques sous et ma mère me les a pris par jalouseté… En rentrant, pour de sûr, je serai battue… Papa croira que j’ai dépensé l’argent, il m’accusera de volerie.

Les âmes sensibles s’apitoient. Des sous et même des pièces blanches se glissent dans la main de la petite qui remercie en s’essuyant les yeux…

Et le tour est joué… Un peu plus loin, la mère attend le résultat, tout en chantant à plein gosier : 

Penses-tu que ça réussisse ? aux sons d’une guitare enrhumée qu’elle a prestement tirée de dessous son jupon.

Bonne recette, hein ? dit-elle à l’enfant. Et toutes deux vont boire l’apéritif chez le père Belliard, rue des Martyrs ou même ailleurs.

« L’Universel. »  Paris, 1903.

La cruche

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paysan-cruche

Un homme ayant acheté une cruche d’excellent vin, la cacheta. Son valet avait fait un trou par-dessous et buvait le liquide. Le maître ayant décacheté la cruche, fut fort surpris de voir son vin diminué, sans en pouvoir deviner la cause.

Quelqu’un lui ayant fait observer qu’on pouvait bien l’avoir tiré par-dessous:

« Eh ! gros sot, reprit le maître, ce n’est pas par-dessous qu’il en manque, c’est par-dessus. »

C. Dillet, Paris, 1874. 

Le dédit

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auberge

Trois voyageurs à cheval et assez bien vêtus, descendent dans une auberge peu éloignée de Londres, et se font servir un dîner qu’ils s’empressent de payer fort généreusement. En causant avec l’hôte et sa femme, l’un d’eux leur dit que pour le rétablissement de sa santé il aurait besoin de vivre quelques mois à la campagne, el que l’endroit où il se trouve lui plairait beaucoup. Il leur offre de le loger et de le nourrir, lui et son cheval, à raison de dix guinées par mois. 

La proposition est acceptée, et notre voyageur doit revenir avant huit jours pour jouir de son nouvel établissement. Mais bientôt il paraît douter de la bonne volonté de son hôte, et il veut de son côté lui donner une garantie de sa bonne foi. Il propose en conséquence un dédit, s’empresse d’étaler sur la table une somme de cent guinées, dit à l’aubergiste d’en compter autant, et que tout restera déposé chez ce dernier, qui en profitera, si lui, qui a fait la proposition , ne revient pas sous huit jours. L’hôte objecte d’abord qu’il n’a pas une si forte somme à sa disposition; mais ébloui par l’appât du gain, il court chez son homme d’affaires auquel il raconte son aventure, et qui lui prête l’argent nécessaire.

De retour chez lui, l’aubergiste compte les cent guinées; alors l’aventurier tire de sa poche un bonnet de nuit lié avec un petit ruban; il propose d’y mettre les deux sommes, ce qu’il fait en présence de l’hôte, de l’hôtesse, de ses deux compagnons et d’autres témoins. L’aubergiste lui-même tient le bonnet, pendant que le voyageur le lie avec un ruban. La femme ouvre son armoire, et l’étranger y dépose le bonnet. L’armoire est refermée, et la clef remise au voyageur, qui bientôt monte à cheval, et part avec ses compagnons, en promettant de revenir sous huit jours.

Cependant l’homme d’affaires, frappé de la bizarrerie de cette aventure, vient trouver l’aubergiste, et lui fait plusieurs observations qui commencent à inquiéter celui-ci. Des voisins surviennent, et on décide le maître de l’hôtellerie à vérifier le dépôt renfermé dans son armoire. La serrure est forcée; l’aubergiste prend le bonnet, l’ouvre; mais au lieu des guinées, qu’y trouve-t-il ? Des pierres. On courut après les escrocs, mais on ne put découvrir leurs traces.

« Garde à vous !!! ou les Fripons et leurs dupes. »  Élisabeth Brossin de Méré, 1819.