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Monsieur Clemenceau saisi par le fisc

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clémenceau_georges_idaGeorges Clemenceau ayant reçu, il y a quelque temps, une sommation d’avoir à payer 300 fr. pour majoration d’impôts non payés, alla trouver le percepteur à qui il demanda des  explications. 

Le percepteur, sur un ton fort peu gracieux, déclara à l’illustre homme d’Etat que, n’ayant pas payé ses impôts en temps voulu, il devait payer la majoration. Clemenceau fit observer qu’il n’avait jusque-là reçu aucun avis régulier d’avoir à payer ses impôts et il ajouta :

 J’admets que vous n’ayez pas eu le temps de me l’envoyer, mais en tout cas l’erreur n’est pas mon fait.  

A quoi le percepteur répondit textuellement :

 Nous n’en sortirions pas, si nous nous mettions à envoyer des avis à tout le monde !  

La patience de celui à qui la France doit la victoire commença à se lasser et il signifia au personnage qu’il ne paierait pas les 300 fr. indûment réclamés. A partir de ce moment, les avis et les sommations plurent littéralement rue Franklin. Clemenceau ne bougea pas, voulant voir jusqu’où irait le fisc.  

Le fisc alla jusqu’au bout et en fin de compte un ordre de saisie fut lancé. Un huissier se présenta au domicile de Georges Clemenceau et saisit un meuble valant la somme réclamée par le fisc, meuble que Clemenceau racheta devant sa porte.

Illustration : Georges & Ida Clemenceau.

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L’activité des Offices

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impots lilleUne des plus étonnantes facultés du contribuable est bien celle de toujours vouloir sans jamais pouvoir. Et c’est bien la raison profonde de cette faiblesse permanente qui ne trouve d’issue que dans sa révolte à longue échéance. 

Il faut qu’il paie longtemps pour refuser de payer, non pas parce qu’il ne veut plus, mais seulement parce qu’il ne peut plus. 

Il lui serait, pourtant, plus facile de veiller attentivement à ne pas trop payer en exigeant, par son bulletin de vote et par son droit d’association, que les impôts qu’on lui inflige correspondent à une bonne, à une saine gestion publique. 

Un avertissement de Poincaré 

« Prenez garde ! » s’écriait à la Chambre le président Poincaré. 

Et il lança cet avertissement : 

« Le jour où les contribuables, trompés par les urnes électorales, se syndiqueront pour contrôler le fisc, ce jour-là vous vous apercevrez que, par votre faute, le contribuable est devenu votre adversaire politique. »

Pure et profonde vérité qui n’a jamais été mieux fondée que sous cette législature. La fiscalité impitoyable et, surtout, aveugle qui décime le corps des contribuables ouvre une époque redoutable. Et l’on ne fait rien pour arrêter des événements qui sont déjà en route ! Ne pourrait-on pas tenter, ne serait-ce qu’à l’égard des offices, de redresser cette fiscalité qui bascule sous son propre poids ? 

Huit milliards ! 

Car si des dépenses injustifiées provoquent sans trêve les déficits budgétaires et la ruine des assujettis à ces déficits, ce sont bien les offices avec les huit milliards qu’ils coûtent à peu près chaque année à la nation. 

Huit milliards ! Est-ce possible ? Les techniciens en doutent, car eux-mêmes ne savent pas « exactement » ce qu’il faut entendre par « offices » et encore moins où peuvent exister et fonctionner ces pompes à dépenses publiques. Nous plaisantons si peu que nous-même nous avons eu la curieuse idée de rechercher ces mystérieux organismes. Or, sur 85 offices qu’on nous avait dit exister, nous n’avons réussi à en découvrir que 57. Et, pourtant, quel mal ne nous sommes-nous pas donné ! 

Un grand homme 

Ce mal ne nous aurait d’ailleurs servi qu’à peu de chose si, à force de tracasser les gens en place et les parlementaires, nous n’avions fini par découvrir un rapport de M. Jacquier. 

Ce grand homme a réussi — avec quelle peine, lui aussi ! — à dépister dans le budget général « quelques-uns » de ces insaisissables offices. 

Nous disons : quelques-uns. 

C’est ainsi que M. Jacquier a pu noter tous ceux qui « font bien » au tableau : musées, lycées, bibliothèques, mutilés, pupilles de la nation, etc. Mais les autres : ceux qui n’ont pas répondu aux signes de détresse des contribuables ? Evidemment « on » a lâché les offices qui portent enseigne. On ne pouvait, en effet, nier l’existence des offices de l’azote, des combustibles liquides, agricoles, etc. : le nez au milieu du visage. 

Mais les autres : ceux qui, sont répartis dans le budget général, dans le fouillis des dépenses administratives ?

Huit milliards plus X milliards ! 

Où sont ces autres, que n’a pu dénombrer ni dépister M. Jacquier et qui ajoutent leurs dépenses aux huit milliards connus ? 

Encore un concours pour les lecteurs de ce billet ! Ce concours pourrait, par exemple, débuter par cette colle : 

« En 1930, les offices et les établissements autonomes engageaient, moins la Caisse d’amortissement, quelque 12 milliards. « En 1935, moins la Caisse d’amortissement, les offices engagent une somme de 8 milliards 221 millions. » 

Soit quatre milliards en moins ! D’où celle double question : 

1° Si l’on a supprimé des offices pour quatre milliards, dire lesquels ?
2° Si l’on n’a rien supprimé, dire ce que sont devenus ces offices. 

C’est simple ! 

Le bon sens public 

Les contribuables ne peuvent pas, en effet, ne pas s’inquiéter d’un pareil accordéon fiscal. Ils ne peuvent pas se contenter de recettes et de dépenses à coulisses, surtout lorsqu’il s’agit de mastodontes comme ces offices que le ministère des Finances n’a même pas le droit de contrôler. 

Car l’autonomie administrative dont jouissent ces broyeurs, ces concasseurs fiscaux s’oppose, légalement, à toute ingérence de l’Etat. Seul, le Conseil d’administration ou le Comité de direction est responsable.

Est-ce que, par hasard, le statut des fonctionnaires s’opposerait, le cas échéant, à ce que les administrateurs ou les directeurs des offices rendissent compte de leur gestion devant une assemblée de contribuables : leurs actionnaires ? 

Comme n’importe quelle société sérieuse… 

« Cyrano. » Paris, 1935.
Photo : Les automobilistes de Lille protestent contre les nouveaux impôts sur l’essence. 1933.  Agence de presse Mondial Photo-Presse.

Le champion des droits d’auteur

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Marcel-Pagnol-sabine-weiss

M. Marcel Pagnol est actuellement l’auteur dramatique parisien (Parisien est une façon de parler, puisque M. Marcel Pagnol est de Marseille) qui touche les plus beaux droits.

Pensez donc que Topaze, aux Variétés, lui rapporte trois billets par jour et Marius, au théâtre de Paris, près de quatre. Le père du brillant écrivain qui quitta dernièrement le Midi pour embrasser son glorieux fils, n’en revenait pas. Assistant à un dîner offert par d’autres jeunes à son héritier, il s’émerveillait : 

 Gagner près de dix mille francs par jour !… Quand ils sauront ça chez nous !
— Un conseil, père, interrompit l’auteur de 
Topaze. N’en annoncez que… deux mille cinq. Avec, leur manie de tout exagérer, ils nous feraient avoir des ennuis avec le fisc.

La fortune n’a pas fait perdre toute notion des choses de la vie si quotidienne à M.Pagnol.

 « Cyrano. » Paris, 1929.
Photo : « Marcel Pagnol en pleine nature. » Sabine Weiss / GAMMA-RAPHO.

Impôt sur les fausses dents

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blason-duché-Brunswick

Le duc régnant de Brunswick vient de frapper d’un impôt les fausses dents de ses sujets. Voilà une nouvelle manière d’enrichir le fisc, à laquelle les souverains n’avaient pas encore songé.

Ceux du nord devaient naturellement s’en aviser les premiers, car les mâchoires des personnes habitant les pays humides et froids est, en pareil cas, comme une mine à exploiter. Chaque bouche apportera son offrande au trésor, et les plus maltraitées seront les mieux venues de l’administration !

Mais qui fera l’inspection des mâchoires ? Les registres de cette imposition nouvelle seront-ils publics ? Voilà deux questions délicates qui s’élèvent, et auxquelles la nouvelle qui nous instruit de ce bizarre impôt ne satisfait pas. La liberté individuelle ne sera-t-elle pas blessée par des gens qui viendront visiter chaque râtelier ? Comment les Brunswikoises encore jeunes, et que l’on dit si jolies, supporteront-elles l’idée d’être taxées publiquement pour leurs appâts fallacieux ?

En vérité nous craignons une nouvelle révolution dans ce pays, et nous aimons à croire que jamais en France le gouvernement n’imitera ce scandaleux exemple. Ce n’est pas toutefois que cette taxe ne produisît beaucoup dans notre patrie, car les vapeurs humides de la Seine seraient de puissants auxiliaires pour alimenter une semblable imposition.

Quoi qu’il en soit, puisqu’il a si bien commencé, le duc de Brunswick pourrait continuer ses exploits de fisc en imposant les faux toupets, les perruques, les fausses hanches, et mille autres faussetés semblables : dans ce cas, nous ne conseillons point à certaines personnes des deux sexes d’aller vivre dans les états de ce prince avare, vu qu’elles pourraient, à la lettre, s’y trouver chargées d’impôts.

« Le Messager des dames : Ladies’ magazine. »  Paris, 1833. 

La poésie contre le Fisc

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impots

Les abus fiscaux ont suscité jadis maintes épigrammes. En voici une dans laquelle un vieux poète du temps d’Henri IV  imagine un dialogue entre le roi et son ministre des finances, à propos des impôts :

Dans le besoin pressant qui vous menace,
Sire, il faudrait recourir aux impôts.

Ah ! des impôts, laissons cela, de grâce,
Mon pauvre peuple a besoin de repos.
Le voulez-vous sucer jusqu’à la moelle ?
Je prétends, moi, qu’il n’en soit pas ainsi.

Sire, songez quel est en tout ceci
Mon embarras ; songez que de la poêle
Qui tient la queue est le plus mal loti.

Qui dit cela? — Qui ? le proverbe, Sire.

Ventre-Saint-Gris, le proverbe a menti,
Car, de par Dieu, c’est celui qu’on fait frire.

« Historia. » 1934.