flatteur

Tout flatteur…

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abbé-l'attaignant

Un pâtissier de la porte Saint-Marceau, qui faisait des opéras comiques, comme le perruquier André faisait des tragédies, lut à l’abbé de L’Attaignant une petite pièce intitulée la Galette.

L’Attaignant lui dit, en souriant, qu’il lui conseillait de la remettre au four.

Je vous entends, dit le pâtissier métromane, mais cependant M. …, professeur au Cardinal-Lemoine, que je fournis depuis vingt ans, m’a dit quelle était pleine de sel.
— Oui da, reprit L’Attaignant, mais ne faites-vous point crédit à ce professeur ?
— Vraiment sans doute, et, à l’heure où je vous parle, il me doit pour six cents francs de petits pâtés.
— Nous y voilà, poursuit L’Attaignant: trouvez mauvais qu’il vous doive six cents francs, et il trouvera mauvais que vous vous mêliez de faire des pièces. 

« La Diligence : journal des voyageurs. » Compagnie générale des annonces, Société Bigot et Cie, administration de la Diligence, du Chemin de fer, de la Malle-poste. Paris, 1845.

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Familiarité intempestive

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le-Temple-de-la-Gloire

Voltaire, pour complaire à Madame de Pompadour, avait composé, en l’honneur des victoires de Louis XV, au retour de la guerre des Pays-Bas, un ballet intitulé le Temple de la Gloire.

Ce ballet héroïque où le roi était désigné sous le nom de Trajan fut exécuté par des seigneurs et dames de la cour. Les rangs étaient confondus, et dans ce jour l’on semblait avoir banni toute étiquette. Voltaire se trouvait placé dans la logo royale, derrière Sa Majesté. Sur la fin de la pièce, et dans un moment d’enthousiasme provoqué en lui par son propre ouvrage, l’auteur du ballet saisit dans ses bras celui qui on était le héros, en s’écriant :

« Eh bien ! Trajan, vous reconnaissez-vous là ? » 

A l’instant le spectacle est interrompu, des gardes s’emparent de l’irrévérent et le conduisent en lieu de sûreté. Mais le mouvement était trop flatteur pour que celui qui en avait été l’objet ne fit pas grâce à celui qui avait pu croire que la composition d’un ballet était un brevet de familiarité auprès d’un puissant roi.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.

Amour-propre

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prétentieux.

Un auteur a qualifié l’amour-propre, le plus grand de tous les flatteurs. Ou encore : amour de soi, qui peut, au cas échéant, tenir lieu de tout ce qu’on n’a pas.

« L’amour-propre, disait le célèbre théologien protestant Abbadie, entre essentiellement dans toutes les vertus. Une bonne action n’est qu’une manière de s’aimer, un amour-propre plus noble que les autres. »

L’amour-propre, a dit Voltaire, fort expert d’ailleurs en cette question, est semblable à l’avarice, il ne laisse rien traîner. L’une se baisse pour ramasser la plus misérable guenille, el l’autre le plus plat éloge.

Nul mortel, peut-être, ne porta la présomption et l’amour-propre plus loin qu’un certain Ségérus, professeur en l’Université de Wirtemberg. Il fit graver son portrait au-dessus d’un crucifix, avec cette inscription :

« Seigneur Jésus, m’aimez-vous ?« 

Et Jésus répondait :

« Oui, très illustre, très excellent, très docte seigneur Ségérus, poète couronné par sa majesté impériale, et très digne recteur de l’université de Wirtemberg, oui, je vous aime !« 

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, 1897, Paris.