fonctionnaires

Utilisation des fonctionnaires 

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duboutLa scène se passe à Gothenbourg, en Suède. Là, comme ailleurs, l’alcoolisme accomplissait son oeuvre de ruine. Et les habitants s’émurent.

Alors la municipalité eut une idée de génie. Elle expropria tous les marchands de vins de la cité et les remplaça par des employés à sa charge qui ne vendent que des boissons garanties et par qui le règlement qui défend de donner plus d’un verre d’eau-de-vie à la même personne est respecté avec intransigeance.

Qu’est il aussitôt arrivé ? Simplement ceci : d’abord que les cabarets ressemblent à des bureaux, c’est-à-dire qu’ils n’offrent plus qu’une image sévère et même rébarbative. Ensuite que les débitants étant des fonctionnaires, ont gardé le visage et l’accueil de leur emploi, et l’on sait combien sont peu engageants l’accueil et le visage qui, par l’effet d’une habitude naturelle, deviennent et restent l’apanage d’un bon fonctionnaire.

Aussi les habitants désertent les salles qu’aucune orgie ne vient hanter. Et voilà comment depuis que l’alcool est devenu municipal, il n’y a plus d’ivrognes à Gothenbourg.

Quelle heureuse application de l’esprit administratif : Je demande qu’elle soit introduite chez nous et qu’on mette nos fonctionnaires là où leur manque de bienveillance deviendrait presque une vertu.

« Le Madagascar. » 1903.
Illustration : Albert Dubout.

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Fonctionnaires ennuyés

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fonctionnaireUne catégorie de fonctionnaires ennuyés ce sont ces sous-préfets pour qui leurs chef-lieux d’arrondissement apparaissaient surtout comme d’agréables villégiatures, propices à l’élaboration d’œuvres poétiques, romanesques ou dramatiques. 

M. Louis-Lucien Klotz vient, en effet, d’adresser une circulaire au personnel préfectoral, interdisant aux sous-préfets de publier sans autorisation du ministre de l’Intérieur leurs œuvres, littéraires ou autres, même sous un pseudonyme, et si, malgré cette autorisation, ces œuvres donnaient lieu à quelques polémiques, ils devraient s’abstenir d’y répondre sous peine d’être mis immédiatement en disponibilité. 

Et voici ce qui cause tant de tristesse chez ceux d’entre eux qui sont aussi de gentils poètes et d’agréables romanciers. Mais si on leur donnait à choisir entre l’indépendance dorée et l’habit brodé d’argent, entre la plume et l’épée à poignée de nacre, soyez  persuadés qu’ils n’hésiteraient pas… ils choisiraient l’épée à poignée de nacre.

« L’Homme libre. » Paris, 1913.

Les hydres du ministère

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fonctionnaire

En 1848, dans les premiers temps de son séjour à Paris, celui qui fut plus tard Napoléon III, habitait la rue du Mont-Thabor.

De ses fenêtres, il plongeait sur les bureaux du ministère des Finances. Il était surtout frappé de la régularité avec laquelle les employés roulaient des cigarettes, les allumaient et lisaient leur journal.

Devenu empereur, le prince se rappela son observation et manda aux Tuileries un haut fonctionnaire auquel il dit :

Voilà ce que j’ai vu jadis, et je parie que cela se passe encore ainsi. Faites une enquête, et vous constaterez que ces flâneries résultent du trop grand nombre d’employés.

Cinq jours après, 190 bureaucrates étaient remerciés.

Six jours après, des mêmes fenêtres de la rue du Mont-Thabor, le haut fonctionnaire constatait que l’on y roulait autant de cigarettes et qu’on lisait un peu plus de journaux.

« Figaro. » Paris1878

Une permutation

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Pierre-Allard_

Question posée il y a environ deux ans, à Niort, au cours d’un célèbre jeu radiographique :
— Pourquoi, en 18… (entre 1850 et 1880), le garde-champêtre et l’instituteur (fonctionnaires municipaux) permutèrent-ils dans leurs fonctions ?

La réponse, bien sûr, l’animateur du jeu ne la trouva pas. La voici, avec la permission de M. et Mme Faucher qui, eux, la connaissaient, l’ayant trouvée dans les archives de la commune de Chail, mairie et bibliothèque, commune où ils furent instituteurs pendant de longues années :

Le garde-champêtre, homme rangé et de bonne moralité, n’était pas très robuste, il boitait.Quant à l’instituteur, il était solide et vigoureux, mais il aimait un peu trop la dive bouteille. C’est donc pour la bonne morale que le garde-champêtre fut converti en éducateur, pendant que l’instituteur devenait garde-champêtre.

(Communiqué par S. PROUST, à La Crèche)

« Aguiaine : revue de recherches ethnographiques. » Société d’ethnologie et de folklore du Centre-Ouest, Saint-Jean-d’Angély, 1979.
Image d’illustration : Pierre Allard.

Sans réplique

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tramway.

En tramway. Il fait très froid : un voyageur veut fermer la porte par laquelle la bise revient sur ses oreilles. La receveuse s’y oppose sous prétexte qu’elle ne pourrait entendre le sifflet de la 2ème voiture.

Arrivé place de la République le voyageur encouragé par ce nom et s’inspirant de sesdroits immortels fait des observations au contrôleur de la puissante compagnie qui répond :

Mais Monsieur, si on fermait la porte, par où voudriez-vous sortir en cas d’incendie ? 

La Compagnie des tramways possède heureusement des employés aimables et spirituels. Mais ne pourrait-elle s’arranger pour concilier le bon fonctionnement du service, le bien-être des voyageurs qui la font vivre, et même, s’il lui plaît, l’esprit de ses fonctionnaires ?

« La Pince sans rire : chronique hebdomadaire de la vie nantaise. »  Nantes, 1920. 

A la préfecture

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La porte d’un bureau à la Préfecture de la Seine, ayant été négligemment laissée entrebâillée, un pauvre contribuable entendit cette phrase prononcée par le sous-chef de bureau et qui le stupéfia :

J’ai décidé, Monsieur, de vous changer de service ; non seulement vous dormez, mais encore vous ronflez, et cela réveille à tout instant le chef de bureau qui travaille dans la pièce voisine.

« Le Détective. »  Paris, 1927.

L’histoire de trois œufs

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M. Picard, ministre de la Marine, s’applique, paraît-il, à simplifier les formules administratives de son département, si compliquées, et dont la chinoiserie dépasse ce qu’on peut imaginer. Il a fort à faire; en voici une preuve au hasard: La fonderie de Ruelle possède un relieur. Or, dernièrement, cet ouvrier ayant besoin d’œufs pour dorer le dos de livres qu’on lui avait confiés, s’adressa au chef ouvrier de son atelier, afin d’établir une demande d’achat de trois oeufs.

Cette demande dut alors aller successivement au chef surveillant technique, au dessinateur principal, au capitaine et au chef d’escadron. L’officier supérieur ayant approuvé, l’écrivain établit une demande d’achat en double expédition, munie des signatures des personnages cités ci-dessus. Ces papiers furent cornmuniqués ensuite au magasin général pour savoir s’il possédait cette marchandise. Sur réponse: « néant » les feuilles de demande furent transmises au rapport, où elles reçurent le visa du sous-directeur et du colonel-directeur. De là, elles passèrent au contrôle administratif et arrivèrent enfin au bureau de l’agent des détails administratifs, qui les communiqua à celui des commandes. Selon les règlements, on établit les demandes d’achat à tous les coquetiers de la localité, avec prière de faire connaître leurs prix sous pli cacheté. Ces réponses examinées, le commerçant ayant fait l’offre la plus avantageuse, fut déclaré adjudicataire. Une deuxième demande d’achat lui fut alors adressée avec ordre de livrer dans un délai fixé.

Ayant établi une facture, le commerçant apporta les trois œufs, qui furent déposés à la salle de dépôt, après que la facture eût été visée par le garde-consigne et l’agent administratif. A la salle de dépôt, on établit un procès-verbal de recette et on envoya au service demandeur une note d’examen de recette. Un agent fut détaché pour examen et signer la feuille avec avis d’acceptation.

Puis la Commission de recette, composée d’un capitaine, d’un adjoint principal chef d’atelier, d’un agent administratif et du garde-magasin, fonctionna à son tour; les œufs furent présentés aux membres de cette Commission et le procès verbal signé. C’est alors qu’une sous-Commission, dite d’entrée en magasin, fit prendre les œufs et les envoya à cet établissement, où ils furent placés dans un casier et inscrits sur les registres de comptabilité avec prix mentionné. Le service demandeur, avisé, vint les prendre au moyen d’un billet de comptabilité signé par le chef de service. Le relieur put enfin les employer; mais leur prix comme matières consommables, fut porté sur la feuille de travail de reliure des livres, avec le carton, la ficelle, la colle, etc.

Et, pour terminer, les services administratifs durent établir les feuilles de paument et les mandats pour que le commerçant pût se faire payer aux caisses publiques du Trésor, le montant de sa livraison: 0 fr.30.

« Les Temps nouveaux. Supplément littéraire. » Paris, 1911 (image d’illustration).