Fontainebleau

Crépuscule de gloire

Publié le

petite-russie

Sur les bords de l’Essonne, au pied d’un chaos de rochers, extrême pointe de la forêt de Fontainebleau, quels sont ces promeneurs au crâne rasé, à l’allure martiale, qui semblent mal à l’aise dans leur costume civil ?

Ils habitent nombreux, en famille, dans de grandes villas ou de vieux moulins loués pour les vacances, et forment un petit monde à part avec leur langue et leurs moeurs.

Parfois de nouveaux arrivants débarquent d’autos propres et soignées, qui, à plus ample examen, se révèlent de simples taxis au compteur encapuchonné.

Ce sont d’anciens officiers de l’armée du tsar, que les événements ont contraints à se faire chauffeurs et qui prennent dignement leur disgrâce en patience… rêvant à des retours de fortune qui s’annoncent peut-être, dans le lointain Extrême-Orient !

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

Publicités

Les lions de Rosa Bonheur

Publié le Mis à jour le

rosa-bonheur

Il y a des bêtes qu’on dit sauvages, et qui le sont moins, à coup sur, que bien des êtres humains. Connaissez-vous, à ce propos, l’histoire de la lionne de Rosa Bonheur ?

Un dompteur, chez lequel la célèbre peintre allait prendre souvent des croquis pour ses tableaux, lui avait offert un couple de lionceaux, le lion et la lionne. L’artiste accepta ce cadeau doublement encombrant. Elle avait, à By, près de Fontainebleau, une belle propriété bien close, dans laquelle les animaux pouvaient être élevés loin des regards.

Le lion, cependant, ne vécut que quelques mois : il mourut d’une maladie de la moelle épinière. Mais la lionne eut le temps de s’attacher à sa maîtresse. « Elle était tendre, fidèle comme un chien », disait l’artiste. Malheureusement, elle devint malade, de la même maladie que son frère. Rosa la soignait comme une personne humaine, allant la voir, la caresser, la consoler plusieurs fois dans la journée.

Un jour, Georges Cain se trouvait dans l’atelier de Rosa Bonheur, quand il la vit entrer, les yeux pleins de larmes. Il s’empressa, demanda la cause de ses pleurs.

Ma pauvre lionne va mourir, répondit Rosa dans un sanglot.

Quelques instants après, tous deux entendirent le bruit d’un pas feutré qui venait du vestibule. C’était la lionne mourante qui faisait un suprême effort pour voir sa maîtresse une dernière fois. Elle savait que Rosa était montée à l’atelier, elle entendait sa voix, et elle se traînait dans l’escalier pour la rejoindre. L’artiste descendit quelques marches. Elle prit la tête de la lionne dans ses bras, la caressa. La bête s’abandonnait, la regardait comme un être qui pense. Et elle mourut ainsi en la regardant.

« Je crois au bon Dieu et à son paradis pour les justes, disait la grande artiste, mais il y a quelque chose qui ne me plaît pas dans la religion : c’est qu’il y soit dit que les animaux n’ont pas d’âme. Ma lionne aimait, donc, elle avait une âme plus que certaines gens qui n’aiment pas ».

On conçoit d’où vient cette expression si profonde et presque humaine qui se lit dans le regard des bêtes que peignit Rosa Bonheur. L’artiste croyait à leur âme et elle la faisait rayonner dans leurs yeux.

« Le Monde illustré. » Paris, 1938.
Peinture de Klumpke Anna Elisabeth.

Le retour de l’île d’Elbe

Publié le Mis à jour le

napoleon-retour-ile-d-elbe.

Au mois de mars 1815, le Moniteur Universel a donné successivement les nouvelles suivantes sur l’arrivée de Napoléon en France :

L’anthropophage est sorti de son repaire.
L’ogre de Corse vient de débarquer à Golfe-Juan.
Le tigre est arrivé à Gap.
Le monstre a couché à Grenoble.
Le tyran a traversé Lyon.
L’usurpateur a été vu à soixante lieues de la capitale.
Bonaparte s’avance à grands pas, mais il n’entrera jamais dans Paris. 
Napoléon sera demain sous nos remparts. 
L’empereur est arrivé à Fontainebleau.
Sa Majesté Impériale et Royale a fait, hier au soir, son entrée dans son château des Tuileries, au milieu de ses fidèles sujets.

 
« Almanach de la Champagne et de la Brie. »  Troyes, 1900.
 

Les courses de chevaux.

Publié le Mis à jour le

Théodore Géricault
Théodore Géricault

Le grand prix de Paris fournit à l’Evénement le thème d’une étude historique qui remonte jusqu’à Achille, instituant, après avoir rendu les derniers devoirs à Patrocle, une course en son honneur.

Le héros grec, pour stimuler l’ardeur des concurrents, fonde séance tenante plusieurs prix qui peuvent soutenir la comparaison avec ceux de la Société d’encouragement. Le premier est une femme irréprochable, habile aux travaux de son sexe, et un trépied à anses contenant vingt-deux mesures; le second, une jument indomptée, de six ans, et bientôt mère d’un mulet; le troisième, une chaudière encore blanche qui n’a point été au feu, contenant quatre mesures; le quatrième, deux talents d’or, et le cinquième une urne à deux anses qui ne va pas au feu.

En France, il existait des courses dès l’année 1370, dans le département de la Côte-d’Or. Mais il faut aller jusqu’au règne de Louis XV pour trouver les courses établies en France d’une manière sérieuse. Encore ne citent-on, à cette époque, que des paris entre gentilshommes. En 1776, des courses eurent lieu dans la plaine des Sablons. L’année d’après, plusieurs gentilshommes firent à Fontainebleau une poule où figurèrent quarante chevaux.

Ce goût naissant devint bientôt une fureur, et les gentilshommes de la cour consacrèrent à ce divertissement des sommes folles. Lorsque vint le règne de Louis XVI, ce prince s’en émut et fut contraint de prendre des mesures pour empêcher que la noblesse ne se ruinât avec les courses. Le moyen qu’il employa ne manque pas d’originalité; il se mêla parmi les parieurs et ne paria que de très petites sommes, espérant les amener à une sage modération par esprit de courtisanerie et d’imitation.

« A la dernière course, dit Mme de Genlis, M. de X… a perdu 7,000 louis, M. le comte de X… en a gagné 6,000. Le roi a parié un petit écu; c’est une leçon bien douce et de bien bon goût sur l’extravagance des paris. »

La leçon fut en pure perte, car les gros paris continuèrent.

Les courses, abolies par la Révolution, furent rétablies par Napoléon 1er. Mais c’est seulement en 1827 qu’elles commencèrent à entrer dans le mouvement ascendant qui s’est continué jusqu’à nos jours.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.