fortune

Les mains propres

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Entre les mille intrigues de Goya, en voici une dont le dénouement  est pour le moins bizarre. Ici l’artiste cède, chose nouvelle, à un beau mouvement de conscience. Pourquoi pas ? Nous savons bien déjà que dans la vie il ne brillait pas absolument par la logique.

Une grande dame, qui avait longtemps aimé l’artiste jusqu’à l’idolâtrie, mourut jeune en laissant dix fortunes de nabab. Voulant, jusque dans la mort, prouver son amour à l’inconstant Francisco Goya, cette noble dame lui avait légué une somme fabuleuse.

Goya se présente à l’ouverture du testament, comme un homme disposé à faire valoir ses droits, paraissant contenir à peine sa joie de ne se point apercevoir du dépit et de la colère des héritiers. Mais rien n’échappe à son oeil oblique et scrutateur. Il se complaît à cette scène d’un haut comique, et, quand vient enfin l’heure du partage, il s’avance au milieu des légataires, et se campant de cet air de fierté castillane qui lui est familier, il leur fait cette dédaigneuse, superbe et cynique déclaration :

Caramba ! mes beaux seigneurs, le peintre Goya a bien voulu de votre parente, mais il ne veut pas de vos richesses. Gardez-les pour vous, elles saliraient mes mains.  

Et joignant l’action à la parole, il déchire, à la barbe des héritiers stupéfaits, le codicille qui l’enrichissait. 

La Gavinie / Laurent Mathéron . « La Lumière. » Paris, 1857.
Illustration : Francisco Goya par Vicente López y Portaña.

 

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Fortunes

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opulence

Un statisticien a recherché dernièrement l’origine des grandes fortunes faites de notre temps par des hommes qui étaient dans une position pauvre ou médiocre à vingt-cinq ou trente ans.

II est arrivé à ce résultat :

Sur cent fortunes, vingt sont dues à des travaux d’industrie, de commerce ou à de grandes entreprises utiles.

Quinze à l’exercice de professions libérales : médecine, barreau, littérature.

Dix à des jeux de bourse ou à des spéculations équivoques. 

Tout le reste à des mariages.

« Le conteur vaudois. » 1863.

Les papiers de Racine

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racine

Un ancien diplomate qui s’est retiré de la carrière depuis quelques années, M. le vicomte de Grouchy, a découvert, la semaine dernière, dans les cartons d’un notaire parisien, plusieurs documents qui auront la plus grande importance aux yeux des lettrés.

Ces documents concernent Racine : ils se composent de l’acte de mariage du poète, l’inventaire de sa fortune, l’inventaire de sa bibliothèque, etc., etc. Ils serviront enfin à établir dans quelle maison est mort Jean Racine, car deux immeubles se disputent jusqu’à présent cet honneur, dans la même rue, le n° 13 et le n° 24.

L’inventaire de la fortune révèle un détail inattendu : c’est que l’auteur d’Athalie, que l’on a cru pauvre, était au contraire fort « à l’aise », car on trouve mentionné dans ces papiers un prêt de 20,000 livres à un prince !

Quant à l’inventaire notarié de la bibliothèque, il est encore plus intéressant puisqu’il prouve que Racine n’avait pas un seul de ses ouvrages au moment où il est mort.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Paris, 1892.

L’âge avancé

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femme

Blanche Vogt raconte dans l’Intransigeant le curieux procès que voici :

Un monsieur vient de mourir en laissant toute sa fortune à sa cuisinière, sous la réserve d’une condition. Ce patron a stipulé sur son testament que pour jouir de ses biens, quand il mourrait, Julie devait être dans un âge avancé.

Un neveu intéressé, comme il s’en trouve quelquefois, attaque le testament sous le prétexte que Julie n’ayant que 49 ans à la mort de son maître, cet âge ne constitue pas un « avancement » suffisant pour justifier la nécessité d’hériter.

La question est portée devant un tribunal de province. Les juges seront sans doute bien embarrassés pour la trancher. Une femme de quarante-neuf ans est-elle une femme d’un âge avancé ? Julie, la cuisinière, l’assure d’une voix forte. Et c’est peut-être la première femme qui mette tant de franchise et si peu de coquetterie à cet aveu.

Le neveu, en galant chevalier, va partout clamant qu’à 49 ans une femme est à la fleur de l’âge, voire même qu’elle participe encore de l’adolescence. On dit que cette rare délicatesse semble suspecte à certains experts en toge.

Comment se comporteront les magistrats français ? Peut-être laisseront-ils la question indécise, de sorte que les femmes de 49 ans conserveront le bénéfice du doute.

« La Revue limousine. »  Limoges, 1927. 

Dominus de Byron

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George-Gordon-Byron

Pendant son séjour à l’école d’Aberdeen, Byron, quoique fort jeune, vivait déjà un peu à l’écart. Ses camarades se plaignaient de sa réserve et d’une sorte de dignité qu’ils prenaient pour du dédain.

Cependant, tous s’accordaient à lui trouver de la générosité et un coeur chaud. Il supportait impatiemment les railleries sur son infirmité (*). En général, toute injustice le révoltait. Il faillit un jour être victime d’un malentendu. On voulut le fouetter pour une faute qu’il n’avait pas commise. Le surlendemain, arriva la nouvelle de la mort de son grand oncle qui lui laissait, avec son titre, une fortune immense. On l’inscrivit sur la liste des écoliers comme Seigneur de Byron. Au moment de l’appel, on le nomma Dominus de Byron.

Un de ses camarades lui demanda pourquoi on lui donnait ce titre. Il répondit :

« Je n’y suis pour rien. Hier, le hasard a manqué me faire fouetter pour ce qu’un autre avait fait; aujourd’hui, il me fait lord, parce qu’un autre a cessé de vivre. Dans tous les cas, je ne lui dois point de remerciements, car je ne lui ai rien demandé. »

Le jeune Byron avait alors dix ans.

(*) Il était venu au monde avec un pied contrefait.
« Lord Byron. Tome 1. » Louise Swanton Belloc. Paris, 1824.

Mots de la dernière heure

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lord-clive

Lord Clive, pair d’Irlande, gouverneur du Bengale, né en 1725, disait à son retour de Madras où il avait acquis beaucoup de gloire et d’immenses richesses.

— J’ai une brillante fortune, je suis heureux en liaisons, heureux dans ma famille, heureux en alliance, en amis, heureux en tout, hors en santé que j’ai perdue au service de l’État et que je ne recouvrerai jamais. Je ne suis donc heureux en rien. 

Là-dessus il se brûla la cervelle.

Il faut cependant ajouter que des envieux de ses succès avaient suscité contre lui une accusation en concussion.

« Musée des familles. »  paris, 1896.

Justice picturale

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Charles-François-Daubigny

Je ne sais pas ce que l’avocat de Jean-Charles Millet a l’intention de raconter aux juges le jour de l’audience pour la défense de son client, mais il semble que, si j’étais à sa place, je n’hésiterais pas.

Messieurs, dirais-je, l’homme que vous avez devant vous n’est pas l’escroc vulgaire que l’on a tenté de représenter, c’est un justicier ! En contrefaisant les toiles de son illustre grand-père, il cherche non pas à réaliser un profit pécuniaire, mais à satisfaire un besoin autrement noble, autrement élevé. Il a voulu venger le grand peintre que l’ignorance des amateurs, la cupidité des marchands condamnèrent jadis à la misère !…

Savez-vous, Messieurs, combien Jean-François Millet vendit l’Angélus, cette toile célèbre dans le monde entier et qui, aujourd’hui, se vendrait au moins une dizaine de millions ?… Huit cents francs, Messieurs, huit cents francs, en tout et pour tout ! Aussi mourut-il dans un état voisin du dénuement, après avoir peint pendant plus de quarante ans des centaines, des milliers de toiles dont la moindre vaut à présent une fortune…

Mon client, Messieurs, a compris la leçon que comportait une telle aventure. Artiste de valeur, lui aussi, il aurait pu sans doute peindre des tableaux, des vrais, qui eussent fait, dans quelques années, la fortune des marchands. Il a préféré en vendre de faux, et récupérer de la sorte l’héritage de son aïeul.

Voilà ce que je dirais, étant avocat, pour défendre le faussaire J.-C. Millet. Mais peut-être serait-il condamné tout de même. Pour peu que. le Président du tribunal soit amateur de peinture et ait, dans sa collection, quelques Millet fabriqués par Paul Cazot…

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. » Paris, 1930.
Illustration : Charles-François Daubigny.