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Heure d’été

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 Les débats sur l’heure d’été ont permis à quelques-uns de ses partisans d’apporter à la tribune des arguments empruntés à une science acquise de fraîche date. Nous avons entendu parler du temps sidéral, du temps vrai, du jour civil, de l’heure légale, etc.

Que voulait-on démontrer aux adversaires de l’heure d’été ? Que l’heure d’hiver n’était pas non plus l’heure vraie, et que si toutes les montres de France et de Navarre marquaient midi en même temps, il ne s’ensuivait pas qu’il était midi vrai dans tous les endroits où les montres étaient consultées au même moment. Nous le savions de reste, et aurions pu répondre à ces savants en herbe que lorsqu’il est midi vrai à la coupole de l’Observatoire, il est midi moins deux secondes au dôme du Panthéon.

L’heure de Paris elle-même n’était pas vraie pour toute la capitale, et l’heure légale retardait ou avançait naguère sur l’heure vraie selon qu’un observateur était placé à l’ouest ou à l’est de l’Observatoire. Nous parlons naturellement du temps où l’heure légale était en France celle du méridien de Paris.

Peut-être beaucoup ne se doutent-ils pas que depuis l’adoption de l’heure anglaise, c’est-à-dire de l’heure du méridien de Greenwich, nous nous rapprochons en Charente beaucoup plus de l’heure vraie, de l’heure solaire que du temps où l’heure légale était celle de Paris. Ceci tient à ce que le méridien de Greenwich passe en Charente même. A titre de curiosités locales nous allons voir ce qui en résulte, si nous considérons l’heure légale par rapport à l’heure solaire.

C’est le 9 mars 1911 qu’à été mise en vigueur la loi instituant en France l’heure du méridien de Greenwich. Cette loi est ainsi conçue : L’heure légale, en France et en Algérie, est l’heure temps moyen de Paris, retardée de neuf minutes vingt et une secondes, et le temps — légal — suspendit son vol durant cet espace. Alors que le méridien de Paris déterminait l’heure pour toute la France, comment les heures charentaises se comportaient-elles à l’égard de l’heure vraie ?

La Charente est tout entière à l’ouest du méridien de Paris, ce qui avait pour résultat de faire avancer toutes les montres sur l’heure vraie .  Ainsi, quand celles-ci marquaient midi, heure légale, en réalité il était — heure vraie — midi moins 8 minutes 44 secondes à Angoulême, moins 9 minutes 57 secondes à Barbezieux, moins 10 minutes 39 secondes à Cognac, moins 6 minutes 38 secondes à Confolens et moins 8 minutes 33 secondes,à Ruffec. L’écart le plus faible s’observait à Confolens, l’écart le plus important à Cognac.

Du jour où l’heure anglaise fut adoptée, nous nous rapprochâmes beaucoup de l’heure vraie, et il en est de même pour tous les départements que traverse le méridien de Greenwich. Ainsi, tandis qu’à Paris l’heure légale est en retard de 9 minutes 21 secondes sur l’heure vraie, à Angoulême elle n’est en retard que de 37 secondes, à Confolens de 2 minutes 43 secondes, à Ruffec de 48 secondes. 

Comment se fait-il, dira-t-on, que dans le même département l’heure légale soit en avance sur l’heure solaire dans certaines localités et en retard dans d’autres ? Cela tient simplement à ce que les premières sont à l’ouest du méridien de Greenwich, tandis que les secondes sont à l’est.

Heureux les habitants d’Hiersac ! Ils ont l’heure vraie en même temps que l’heure légale, précisément parce qu’ils sont exactement sur le méridien de Greenwich. Quand il est midi à leur montre, il est également midi au soleil. Il n’y a qu’au temps de l’heure d’été qu’ils ne sont plus à l’heure.

Si nous sortons de ces amusements pour revenir aux choses sérieuses, voilà ce que nous répondrons aux défenseurs de l’heure d’été, lorsqu’ils reprochent aux partisans de l’heure unique de ne pas observer plus qu’eux l’heure vraie : 

Que l’heure unique ne soit pas l’heure solaire, vous ne nous l’apprenez pas, mais entre nos deux systèmes il y a cette différence, c’est que le nôtre cherche à maintenir l’heure qui s’éloigne le moins de l’heure solaire, tandis que le vôtre cherche à établir celle qui s’en éloigne le plus.

Paul Mairat. « La Charente. » 14 mars 1922.

Un mystérieux suicide

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Le docteur Brierre de Boismont a extrait l’histoire présente d’un livre curieux publié par un médecin anglais, sous le titre de Anatomy of suicide. Elle se rapporte à la cause mystérieuse du suicide du marquis de Londonderry (Robert Stewart), qui, sous le nom de lord Castelreagh, fut ministre du Foreign-Office pendant la lutte de l’Angleterre et de l’Europe coalisée contre la France, et qui, en 1820, se coupa la gorge dans un accès de folie.

Il y a environ quarante ans, le noble lord était allé visiter un gentilhomme de ses amis, qui habitait, au nord de l’Irlande, un de ces vieux châteaux que les romanciers choisissent de préférence pour théâtre de leurs apparitions. L’aspect de l’appartement du marquis était en harmonie parfaite avec l’édifice. En effet, les boiseries richement sculptées, noircies avec le temps, l’immense cintre de la cheminée, semblable à l’entrée d’une tombe, la longue file des portraits des ancêtres au regard à la fois fier et méprisant, les draperies vastes, poudreuses et lourdes qui masquaient les croisées et entouraient le lit, étaient bien de nature à donner un tour mélancolique aux pensées.

Lord Londonderry examina sa chambre et fit connaissance avec les anciens maîtres du château, qui, debout dans leur cadre d’ivoire, semblaient attendre son salut. Après avoir congédié son valet, il se mit au lit. Il venait d’éteindre sa bougie, lorsqu’il aperçut un rayon de lumière qui éclairait le ciel de son lit. Convaincu qu’il n’y avait pas de feu dans la grille, que les rideaux étaient fermés, et que la chambre était, quelques minutes avant, dans une obscurité complète, il supposa qu’un intrus s’était glissé dans la pièce. Se tournant alors rapidement du côté d’où venait la lumière, il vit, à son grand étonnement, la figure d’un bel enfant entouré d’un limbe. L’esprit se tenait à quelque distance de son lit.

Persuadé de l’intégrité de ses facultés, mais soupçonnant une mystification de la part d’un des nombreux hôtes du château, lord Londonderry s’avança vers l’apparition, qui se retira devant lui. A mesure qu’il approchait, elle reculait, jusqu’à ce qu’enfin, parvenue sous le grand cintre de l’immense cheminée, elle s’abîma dans la terre. Lord Londonderry revint à son lit, mais il ne dormit pas de la nuit, tourmenté de cet événement extraordinaire. Était-il réel, ou devait-il être considéré comme l’effet d’une imagination exaltée ? Le mystère n’était pas facile à résoudre.

Il se détermina à ne faire aucune allusion à ce qui lui était arrivé, jusqu’à ce qu’il eût examiné avec soin les figures de toutes les personnes de la maison, afin de s’assurer s’il avait été l’objet de quelque supercherie. Au déjeuner, le marquis chercha en vain à surprendre sur les figures quelques-uns de ces sourires cachés, de ces regards de connivence, de ces clignements d’yeux, par lesquels se trahissent généralement les auteurs de ces conspirations domestiques. La conversation suivit son cours ordinaire. Elle était animée, rien ne révélait une mystification, tout se passa comme de coutume. A la fin, le héros de l’aventure ne put résister au désir de raconter ce qu’il avait vu, et il entra dans toutes les particularités de l’apparition. Ce récit excita beaucoup d’intérêt parmi les auditeurs et donna lieu à des explications fort diverses. Mais le maître du lieu interrompit les divers commentaires en faisant observer que la relation de lord Londonderry devait, en effet, paraître fort extraordinaire à ceux qui n’habitaient pas depuis longtemps le château, et qui ne connaissaient pas les légendes de la famille. Alors, se retournant vers le héros
de l’aventure :

« Vous avez vu l’enfant brillant, lui dit-il, soyez satisfait, c’est le présage d’une grande fortune, mais j’aurais préféré qu’il n’eût point été question de cette apparition. »  suicide-lord-castlereagh

Dans une autre circonstance, lord Castelreagh vit encore l’enfant brillant à la chambre des communes, et il est très probable que le jour de son suicide, il eut une semblable apparition. 

Louis Figuier. « Histoire du merveilleux dans les temps modernes. » Paris, 1860.

Propos d’un paysan

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A les entendre, tous nos députés sont les défenseurs acharnés du bon « paysan de France, éternel sauveur de la patrie dans la paix et dans la guerre ». Cependant, coïncidence bizarre, lorsqu’il s’agit de discuter un projet intéressant l’agriculture, de voter une mesure en sa faveur, cela ne les intéresse plus et la Chambre vide est un désert.

C’est ainsi que tout récemment pour s’occuper de la création des Chambres d’Agriculture, il n’y avait qu’une douzaine de députés somnolents et quelques autres expédiant leur courrier. Jusqu’au Groupe de Défense Paysanne qui brillait par son absence !

Ah ! Si l’on avait agité une de ces futiles et creuses questions de politique, une Chambre en furie se serait trouvée là ! Hémicycle bondé et fourmillement dans les couloirs, discussions passionnées et discours retentissants, applaudissements frénétiques, cris, vacarme et pugilat peut-être : rien n’aurait manqué au grand jour.

Mais, il ne s’agissait que de l’agriculture. Le débat fut terne, ce qui n’empêche pas d’ailleurs que le travail fut excellent. Le projet De Monicault fut en effet adopté dans ses grandes lignes et nous pouvons espérer enfin une bonne représentation professionnelle agricole, si le Sénat toutefois s’en désintéresse également.

Mais pourquoi diable nos politiciens, la bouche en coeur et la main sur la poitrine, protestent-ils à l’envi de leur complet dévouement à la classe agricole, de leur attachement à la campagne ? Pourquoi surtout se laisse-t-on encore prendre à ces boniments ?

« La Terre de Bourgogne : la Bourgogne agricole et la Bourgogne rurale réunies. » Dijon, 1922.
Illustration : Vincent van Gogh. « 
La plaine de la Crau. »

Schiller… citoyen français

Schiller

Un des descendants de Schiller, M. de Gleichen, vient de publier sur lui des souvenirs forts intéressants, au milieu desquels on trouve cette amusante anecdote. 

L’oeuvre de Schiller avait provoqué un tel enthousiasme en France que la Convention lui décerna le titre de citoyen français et donna l’ordre de lui expédier son diplôme civique. Or, l’employé chargé de faire l’expédition était un partisan prématuré de la réforme de l’orthographe, car il écrivit l’adresse comme il prononçait le nom et expédia le diplôme civique au nom de Gillé.

Et le document adressé à ce M. Gillé parcourut vainement toute l’Allemagne; et il eut été sans doute perdu si, par le contenu de la lettre, qu’il fallut bien ouvrir, on n’eût compris qu’il s’agissait de Schiller… à qui elle parvint enfin par les soins de M. Campe, de Hambourg, qui était le traducteur et le disciple de Rousseau.

Schiller, du reste, après avoir pris connaissance du diplôme, écrivait avec une certaine ironie, un peu macabre :

« J’ai reçu, il y a quinze jours, le diplôme ratifié par Roland, il y a déjà cinq ans, égaré depuis à Strasbourg. Ce document m’est parvenu du royaume des morts, car Danton et Clavière l’ont signé. La lettre qui l’accompagnait est signée par Roland; Custine s’en chargea pendant sa première campagne allemande. Aucun d’eux n’existe plus. »

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.