France

Schiller… citoyen français

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Schiller

Un des descendants de Schiller, M. de Gleichen, vient de publier sur lui des souvenirs forts intéressants, au milieu desquels on trouve cette amusante anecdote. 

L’oeuvre de Schiller avait provoqué un tel enthousiasme en France que la Convention lui décerna le titre de citoyen français et donna l’ordre de lui expédier son diplôme civique. Or, l’employé chargé de faire l’expédition était un partisan prématuré de la réforme de l’orthographe, car il écrivit l’adresse comme il prononçait le nom et expédia le diplôme civique au nom de Gillé.

Et le document adressé à ce M. Gillé parcourut vainement toute l’Allemagne; et il eut été sans doute perdu si, par le contenu de la lettre, qu’il fallut bien ouvrir, on n’eût compris qu’il s’agissait de Schiller… à qui elle parvint enfin par les soins de M. Campe, de Hambourg, qui était le traducteur et le disciple de Rousseau.

Schiller, du reste, après avoir pris connaissance du diplôme, écrivait avec une certaine ironie, un peu macabre :

« J’ai reçu, il y a quinze jours, le diplôme ratifié par Roland, il y a déjà cinq ans, égaré depuis à Strasbourg. Ce document m’est parvenu du royaume des morts, car Danton et Clavière l’ont signé. La lettre qui l’accompagnait est signée par Roland; Custine s’en chargea pendant sa première campagne allemande. Aucun d’eux n’existe plus. »

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

Le grand duc et le citoyen américain

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voiture-1907

Le grand duc Michel de Russie se promenait l’autre jour en auto sur la route de Napoule. Une autre auto précédait la sienne, et envoyait dans les narines grand-ducales des exhalaisons malodorantes et des images de poussière.

Le grand duc donne des appels de trompe, il fait agir la sirène. Il insiste. L’automobile, continue à marcher à son allure et ne se range pas. Le grand duc prend la troisième vitesse pour dépasser l’incommodante auto. Mais celle-ci prend la troisième aussi et le grand duc ne peut passer.

Enfin les deux véhicules s’arrêtent. Le grand duc descend et dit au propriétaire de l’automobile  irrespectueuse : 

Monsieur… je suis le grand duc Michel de Russie…
Cela m’est tout à fait égal Monsieur.
Vous êtes un impertinent.
Monsieur, je suis citoyen américain, nous sommes en France et je suis libre de…
Monsieur, vous êtes un faquin…
Monsieur, si vous continuez sur ce ton, je vais vous boxer la… figure.

Le grand duc se le tint pour dit, remonta en auto très impérialement et débraya.

Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

« Ma revue. »  Paris, 1907.
Image d’illustration.

Charles X et la routine

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 roi-charles-X

Le roi de France est un homme remarquable, pour son âge. Sa Majesté se lève tous les jours à 7 heures, en hiver comme en été; elle entend la messe à 7 heures et demie, et déjeûne à 8 heures précises : ce repas consiste en viandes, végétaux, et en une bouteille de vin…

A neuf heures, le roi vaque aux affaires; à 10, il donne audience aux ministres et aux gens de cour. Tous ses jours sont invariablement consacrés aux affaires de l’État; il sait tout ce qui se passe aussi bien que ses ministres; il lit les journaux de toutes les couleurs, de toutes les opinions, et même les journaux anglais, et le Standard n’est pas oublié. Il dîne à cinq heures et demie ou six heures, se lève immédiatement après le dîner, fait tous les soirs sa partie de whist, et se retire à dix heures et demie.

Il est rarement indisposé; sa vie régulière et sa sobriété soutiennent sa santé. Il monte à cheval comme un homme de 30 ans, et avec beaucoup de grâce et d’aisance. Il est infatigable à la chasse et joue le whist dans la perfection; c’est presque le seul jeu auquel il s’adonne. Il est très beau joueur, mais il ne met jamais plus d’un louis à la partie. Beaucoup de personnes le croient catholique fanatique, mais on se trompe : le roi serre la main à un protestant avec cordialité. Ses soirées ne sont pas brillantes. Sa Majesté ne parle pas beaucoup; mais quand elle parle, elle a toujours quelque chose d’agréable à dire.

 » Le Pirate : revue hebdomadaire de la littérature et des journaux. » Paris, 1830.
Illustration : Baron François Gérard.

Apothéose des tripes à la mode de Caen

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repas

Les tripes ! Grande invention, qui a plus fait, pour la gloire de la ville de Caen, que tous ses hommes de lettres et ses savants. Que de gens ignorent l’œuvre de Malherbe; on sait bien que Malherbe vint… mais beaucoup ne se sont jamais enquis de ce qu’il est venu faire. Et Auber ! combien de ses admirateurs fervents ne se doutent guère qu’il est né à Caen !

Les tripes, au contraire, elles sont toujours et forcément de Caen, partout, dans tous les pays de la terre, où l’on mange avec des fourchettes. A Calcutta, à Shang-Haï, vous trouvez des écriteaux annonçant qu’on peut se procurer des tripes à la mode de Caen, et je gage qu’au Tonkin, la première création de nos colons sera la fondation d’un restaurant où l’on mangera des tripes, les dimanches !

Donc, en l’honneur des tripes, festoyons; faisons défiler les marmites immenses et les bouteilles innombrables; que les plus convaincus renoncent au Saint-Emilion et au Champagne, pour se consacrer au jus de la pomme; buvons à la prospérité de la Normandie, intimement unie, sous le drapeau de la POMME-A-CIDRE, d’une part à la Picardie et à la Bretagne, d’autre part aux nombreuses colonies des Amis du cidre dans les quatre coins de l’univers !!!

Oui, tripes, poursuivez votre marche triomphale; allez, vous aussi, en voiture; circulez noblement dans les rues de Paris, en exhibant aux passants vos enseignes alléchantes. N’êtes-vous pas le véritable plat national de la France ? Qu’on nous cite donc un mets qui ait pris une extension aussi considérable, aussi universelle ! Est-ce la bouillabaisse de la Provence ? est-ce la gachure du Languedoc ? la galette de sarrazin, les rillettes de Tours, les madeleines de Commercy, ou les pâtés d’Arras ? Puériles concurrences…

Au contraire, les tripes ont envahi Paris et rayonné sur la France; elles ont débordé sur l’étranger et forcé même les murailles de la Chine !

Venez donc, pommiers grands et petits, avec respect et appétit, rendre hommage à ce mets étonnant, qui a fait le tour du monde et unifié les règles de la gastronomie internationale.

 E. Chesnel. « La Pomme et les pommiers. » Société littéraire et artistique de la Pomme… entre Bretons et Normands, Paris, 1884.

Les artifices de la beauté

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couple

Il n’y a que l’oncle Sam pour avoir de ces idées. Les législateurs de l’Etat américain de Géorgie, Etat prohibitionniste s’il en fut, viennent, sur la proposition d’un membre du Sénat, de discuter et voter un bill tendant à réprimer les supercheries de la femme :

Le divorce sera accordé de plein droit au mari qui pourra prouver que sa moitié lui a dissimulé ses faux cheveux, ses fausses dents et les artifices de sa toilette.

Inutile de dire que les femmes de Géorgie sont furieuses, et mettent  en oeuvre toute leur influence pour faire abolir une loi si draconienne. Mais l’oncle Sam est tenace et les législateurs de Géorgie font valoir un précédent. Une loi semblable existait jadis en Angleterre.

Il est douteux qu’elle soit jamais adoptée en France. Les députés qui la voteraient se feraient certainement arracher les yeux par leur légitime !

« Touche à tout : magazine des magazines. »  Paris, 1909.
Illustration : Charles Dana Gibson.

Trial of intent

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napoleon1

Un journal du Midi cite cette réponse inattendue, faite à Aix, en 1926, par une jeune candidate au baccalauréat :

L’examinateur la questionnait en histoire de France. Les réponses de l’élève étant dans l’ensemble correctes, il voulut quand même savoir si la jeune fille ne se fiait pas uniquement à sa mémoire et si elle était capable de réfléchir à quelque question ne se basant ni sur des dates, ni sur des faits précis :

Mademoiselle, maintenant, pouvez-vous me dire pourquoi l’empereur Napoléon Ier haïssait les Anglais ?

La candidate eut un moment d’hésitation; puis, triomphante, elle répondit :

Parce qu’ils le firent mourir à Sainte-Hélène.

Le rédacteur de l’article ne précise pas si l’élève fut reçue pour cet excellent sophisme.

Les bons et les mauvais vers

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arnal

Le poète-acteur Etienne Arnal, dans les rôles de Jocrisse, fit les délices des Parisiens au temps de Louis-Philippe. Il ne se payait pas d’illusions sur la gloire poétique. Mais la naïveté du public l’exaspérait.

Il paria un jour qu’il serait applaudi sur la scène en récitant les vers les plus plats et les plus ineptes. Il composa donc le quatrain le plus stupide qu’il put et, au moment fixé, s’avança vers le public, prit un temps, et de sa voix la plus chaude lança ces vers :

Jamais la peur ne fut de la vaillance,
Mille revers ne font pas un succès :
La France enfin sera toujours la France
Et les Français seront toujours Français…

Il avait à peine fini que la salle éclatait en un tonnerre d’applaudissements. L’acteur dut redire et redire encore ses vers et il pensait en lui-même :

« Donnez-vous donc du mal pour faire de bons vers : on ne les lira pas ! »

« Revue belge. »    J. Goemare, Bruxelles, 1926.